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Vigrand 2-3-27 zrol.

PRÉFACE

DE L'ÉDITEUR.

le

La vérité et l'erreur se partagent cette terre où l'homme ne fait

que passer, où le crime, les souffrances et la mort lui sont des signes certains qu'il est une créature déchue, où la conscience, le repentir et mille autres secours lui ont été donnés par la bonté du créateur pour relever de sa chute, où il ne cesse de marcher vers le terme qui doit décider de sa destinée éternelle, toujours soumis à la volonté de Dieu, qui le conduit selon la profondeur de ses desseins, toujours libre, par sa volonté propre, de mériter la récompense ou le châtiment. Deux voies lui sont donc ouvertes, l'une pourla perte, l'autre pour le salut; voies invisibles

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et mystérieuses dans lesquelles se précipitent les enfans d’Adam, en apparence confondus ensemble,divisés cependant en deux sociétés qui s'éloignent de plus en plus l'une de l'autre, jusqu'au moment qui doit les séparer à jamais. C'est ainsi que saint Augustin nous montre admirablement les deux Cités que le genre humain doit former à la fin des temps, prenant naissance dès le commencement des temps:la Cité du monde et la Cité de Dieu.

Dieuetla Vérité sont une même chose; d'où il faut conclure que toute vérité que l'intelligence humaine est capable de recevoir lui vient de Dieu, que sans lui elle ne connoîtroit aucune vérité, et qu'il a accordé aux hommes, suivant les temps et les circonstances, toutes les vérités qui leur étoient nécessaires. De cette impuissance de l'homme et de cette bonté de Dieu découle encore la nécessité d'une tradition universelle dont

. on retrouve en effet les vestiges plus ou moins effacés chez tous les peuples du monde, selon que l'orgueil de leur esprit et la corruption de leur cæur les ont plus ou moins écartés de la source de toute lumière : car l’Erreur vient de l'homme comme la Vérité vient de Dieu; et s'il ne crie vers Dieu, l'homme demeure à jamais assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort (1).

L'Erreur a mille formes et deux principaux caractères : la superstition et l'incrédulité. Ou l'homme altère en lui l'image de Dieu pour l’accommoder à ses passions, ou par une passion plus détestable encore il

pousse

la fureur jusqu'à l'en effacer entièrement. Le premier de ces deux crimes fut, dans les anciens temps, celui de tous les peuples du monde,

(1) Sedentes in tenebris et umbra mortis.

(Ps. CVI, Io.)

un seul excepté; ils eurent toujours pour le second une invincible horreur, et les malheureux qui s'en rendoient coupables furent long-temps eux-mêmes une exception au milieu de toutes les sociétés. C'est que

cette dernière impiété attaquoit à la fois Dieu et l'existence même des sociétés : le bon sens des peuples l'avoit pressenti; et en effet, lorsque la secte infâme d'Epicure eut étendu ses ravages au milieu de l'empire romain, on put croire un moment que tout alloit rentrer dans le chaos. Tout étoit perdu sans doute, si la Vérité elle-même n'eût choisi ce moment pour descendre sur la terre et poury converser avec les hommes (1). Les anciennes traditions se ranimèrent aussitôt, purifiées et sanctifiées par des vérités nouvelles; la société, qui déjà n'étoit plus qu'un cadavre prêtà se dissoudre, re

(1) Et cum hominibus conversatus est. Baruch.

11, 38.

prit le mouvement et la vie; et ce principe de vie que lui avoient rendu les traditions religieuses ne put être éteint ni par les révolutions des empires ni par une longue suite de ces siècles illettrés qu'il est convenu d'appeler barbares. Les symptômes de mort ne reparurent qu'au quinzième siècle, qui est appelé le siècle de la renaissance : c'est alors

que

la raison humaine, reprenant son antique orgueil, qu'on avoit cru pour jamais terrassé par la foi, osa de nouveau scruter et attaquer les traditions. Les superstitions du paganisme n'étant plus possibles, ce fut l'incrédulité seule qui tenta ce funeste combat: 'elle démolit peu à peu l'antique et merveilleux édifice élevé

par

la Vérité même, et ne cessant de nier, les unes après les autres, toutes les croyances religieuses, c'est-à-dire tous les rapports de l'homme avec Dieu, elle continua de marcher ainsi au milieu d'une corraption tou

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