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LENO. LSR

TORK Le présent volume fait suite aux deux précédemment publiés par l'auteur : Séjour chez le Grand-Chérif, et Cinquante jours au Désert, qui tous deux ont paru l'année dernière. Il complète le voyage exécuté par lui en Arabie, dans le Soudan oriental, en Nubie, et ramène le lecteur au Caire, qu'ils avaient quitté ensemble, auteur et lecteur, six mois auparavant. Sur ces six mois, ils en ont passé trois au désert, un et demi sur le Nil, et la moitié d'un sur la mer Rouge; tout cela pour ne faire guère plus de douze cents lieues , trois ou quatre journées de chemin de fer. Ce n'est pas aller vite , d'accord; mais c'est là vraiment voyager, tandis qu'en chemin de fer on est lancé comme un projectile du point de départ au point d'arrivée.

On a fait observer à l'auteur qu'une carte eût été nécessaire pour qu'on pût le suivre dans ses diverses pérégrinations, tant en Asie qu'en Afrique. Cette observation est parfaitement juste, et il y avait bien pensé lui-même; mais cette carte n’existant pas, il s'agissait d'en dresser une nouvelle appropriée à la circonstance. Malheureusement la perte de sa vue lui a rendu ce travail impossible, quoiqu'il en eût réuni les éléments. Il espère, grâce aux offres obligeantes qui lui ont été faites de plusieurs côtés, et les yeux d'autrui suppléant les siens, pouvoir plus tard réparer cette omission forcée.

Dès la publication du premier volume de cette relation, des turcophiles, plus ou moins désintéressés et à coup sûr peu clairvoyants ou peu sincères, ont accusé l'auteur de parti pris contre les Turcs. Le parti pris est bien plutôt de leur côté, vu qu'il faut être aveugle ou fermer les yeux volontairement, pour ne pas voir que la Turquie, celle d'Europe en particulier, est une société en dissolution. Bien loin d'avoir infirmé le jugement formulé il y a dix-huit mois par l'auteur, les faits lui ont donné une éclatante confirmation, et ces faits ne l'ont point surpris, puisqu'il les avait prévus, annoncés même, et qu'ils sont d'ailleurs dans la force des choses. On perd son temps à réparer une maison qui tombe en ruine : car, tandis qu'on la relève d'un côté, elle s'écroule d'un autre. Cel engouement des Turcs succédant, pour le rappeler en passant, à l'engouement des Grecs, est une plaisanterie infiniment trop prolongée. Il serait temps qu'on voulůt bien voir les choses comme elles sont, et qu'on ne s'acharnât pas en pure perte à des reconstitutions impossibles. Galvaniser les morts n'est point les ressusciter; loin de là, c'est constater que la vie les a quittés pour toujours.

Paris, le 25 avril 1858.

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