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Ersch, mis en ordre et accompagné de tables par le docteur C. A. Geissler. 3° édit., 1 vol. in-8°, 284 pp. Leipzick, Brockhaus, 1850.

« Je ne pouvais me dissimuler que je réussirais difficilement à substituer à « la classification primitive un autre ordre aussi convenable et qui donnât à tous « les intéressés une place dont ils fussent tant soit peu satisfaits; car, parmi « tous ceux qui s'occupent de science, il n'en est pas peut-être qui soient aussi

partagés, aussi divisés de principes, de vnes et d'opinions, que les philosophes. « Il en a toujours été ainsi, comme l'atteste l'histoire de la philosophie, mais à « aucune époque cette division n'a été plus grande que de notre temps, et, chez « aucun peuple, elle ne s'est montrée, à un aussi haut degré, que chez la nation alle« mande, où la philosophie, pendant les cent années qui viennent de s'écouler, s'est « montrée si florissante, que les étrangers , non sans une certaine intention d'iro

nie, nous ont nommé un peuple de philosophes. Mais aussi quelles discordes, quelles « dissensions règnent dans la philosophie de ce peuple de philosophes! Combien « d'écoles se sont formées parmi nous dont chacune s'imagine être en possession « exclusive de la vérité, et jette, du haut de sa grandeur, un regard de mépris et « d'insulte sur ses rivales, qui, de leur côté, se bercent de la même illusion. » Ainsi s'exprime, dans son avant-propos, l'ordonnateur de ce Manuel, que nous recommandons au lecteur désireux de s'édifier sur la fécondité de la littérature philosophique en Allemagne depuis un siècle. Il y trouvera la liste de plus de dixhuit cents auteurs et d'au moins quatre mille ouvrages. Malheureusement, grâce au scrupule trop bien motivé du docteur Geissler, il est assez difficile de s'orienter d'abord dans ce catalogue, véritable dédale où nulle indication ne renseigne le lecteur, ni sur les idées des auteurs, ni sur la valeur de leurs æuvres. Nous ne citons donc le Manuel bibliographique que comme une nomenclature très complète des hommes et des livres, mais où l'on ne trouvera rien de plus que le nom des uns, et la date, le prix et le nombre d'éditions des autres.

Les chiffres qui accompagnent le titre de la plupart des ouvrages qui suivent, indiquent le numéro d'ordre qu'ils portent dans le Manuel.

2. Histoire de la Philosophie moderne, depuis la renaissance des lettres, précédée d'un abrégé de la philosophie ancienne, par J. G. Buhle, professeur de philosophie à Goettingue, 1800-04. 6 vol. in-8° (13').

On peut adresser deux reproches principaux à l'æuvre de Buhle. Le premier, c'est le défaut de méthode, ou plutôt l'exagération de la méthode chronologique, d'où il résulte que les systèmes sont présentés dans un ordre arbitraire qui ne permet pas de saisir le lien qui les rattache les uns aux autres. En second lieu, l'étendue donnée à l'exposition des doctrines n'est pas assez mesurée sur leur importance. Ainsi, Bâcon occupe tout au plus dix pages, Descartes soixante-dix à peine, et Reid n'est qu'indiqué; tandis que Bruno, Marsile Ficin, Gassendi, ont chacun des articles de cent à deux cents pages. Néanmoins, cet ouvrage ne laisse pas que d'être éminemment utile, par l'exactitude irréprochable et l'abondance des résumés et des extraits qu'il renferme. Il a été traduit par le docteur Jourdan (Paris, Fournier, 1816, 7 vol.). M. Cousin en a fait, à cette occasion, un compterendu qu'on trouvera dans les Fragments philosophiques, 4e édit., Tome IV, p. 180.

3. Manuel de l'Histoire de la Philosophie, par W. G. Tennemann. Leipzick, 1829 (146).

Cet excellent manuel a conquis, dès son apparition, une réputation justement méritée. Il a obtenu en Allemagne cinq éditions de 1812 à 1829. Les trois dernières ont été successivement améliorées et publiées par M. Amédée Wendt, professeur à Goettingue. On rencontre dans ce livre la connaissance approfondie des sources, la critique et l'emploi raisonné et prudent des matériaux amassés par l'érudition, enfin l'intelligence philosophique arrivée assez haut dans la science elle-même pour voir clair dans son histoire. Élève de Kant, Tennemann est si bien établi dans le point de départ de son maître, la psychologie, qu'il est parfois d'une sévérité excessive vis-à-vis de l'ontologie et du mysticisme, mais il ne tombe cependant jamais dans la partialité et l'injustice , et il est difficile de reproduire avec plus de fidélité et de précision les vrais caractères des systèmes et leurs tendances générales. Peut-être pourrait-on se plaindre aussi de retrouver trop souvent dans les formes de cet ouvrage les formes, la terminologie et la langue de la philosophie kantienne. Tels sont les mérites et les défauts de Tennemann d'après M. Cousin, qui a fait de son Manuel une traduction à laquelle il a joint une remarquable préface. Cette traduction, publiée pour la première fois en 1829, a obtenu en 1839 une seconde édition qui, comme la dernière édition allemande , conduit l'histoire de la philosophie jusqu'en 1830.

Tennemann a publié aussi une grande Histoire de la Philosophie de beaucoup de mérite. Elle forme 11 vol. in-8°. Leipzick, 1798-1819 (14a).

4. Histoire de la Philosophie, considérée dans les principales phases de son développement, par Ernest Reinhold, 3e édit. Jéna, 1845, 2 vol. in-8° ( 24).

Cette histoire est incontestablement l'une des meilleures que possède l'Allemagne. La philosophie allemande depuis Kant, y est particulièrement traitée d'une manière très complète : elle remplit tout le second volume, qui a plus de huit cents pages. M. Reinhold , qui appartient lui-même à la nouvelle école critique, termine son livre par l'exposé de ses vues personnelles.

5. Développement historique de la Philosophie speculative, depuis Kant jusqu'à Hégel, par H. M. Chalibaeus, 4e édit. Dresde et Leipzick, 1848 (158).

Exposé lucide des systèmes, fondé sur une connaissance approfondie de ceux-ci et accompagné d'excellentes remarques critiques sur leurs côtés défectueux. Ce livre, écrit sous forme de leçons adressées à un auditoire de gens du monde aussi bien que de savants, sans parti pris et avec une rare impartialité, est un des meilleurs guides pour s'orienter dans la philosophie moderne.

6. Documents pour servir à concilier les contradictions de la Philosophie moderne, ou Histoire critique de cette Philosophie, depuis Descartes et Locke jusqu'à Hégel, par J. H. Fichte (fils), 2e édit. Sulzbach, 1841 (130).

On trouvera dans ce volume une analyse claire et à la portée de tout esprit éclairé, des différents systèmes nés dans les temps modernes. L'auteur se propose comme but de faire ressortir le résultat d'ensemble du mouvement philosophique, en essayant de montrer que les divers éléments de ce mouvement se rattachent les uns aux autres comme les membres d'un seul tout.

7. Histoire de la Philosophie, par H. C. W. Sigwart, 3 vol. in-8°. Stuttgart, Cotta, 1844 (32).

Cet ouvrage se fait remarquer par une sérieuse étude et une savante et consciencieuse appréciation des sources. Il présente un lumineux tableau de l'histoire de la philosophie européenne, depuis ses origines en Grèce jusqu'au temps présent. Le dernier volume est consacré aux systèmes issus de la pensée de Kant. Enfin, mérite bien rare en Allemagne aujourd'hui, l'auteur ne se laisse dominer dans ses jugements par aucune théorie exclusive.

8. Essai d'un Exposé scientifique de la Philosophie moderne, par J. E. Erdmann, 3 vol. in-8°. Riga et Leipzick, 18341848 (132).

Cette histoire se distingue entre toutes celles qui ont vu le jour en Allemagne, par la clarté, l'ordre et l'enchaînement rigoureusement systématique de l'exposition. Les deux premiers volumes et la première partie du troisième ont seuls paru. L'auteur est hégélien modéré.

9. a. Histoire des derniers systèmes de la Philosophie en Allemagne, depuis Kant jusqu'à Hégel, par C. L. Michelet, professeur à l'Université de Berlin. 2 vol. in-8°. Berlin, 1837-38 (159).

6. Histoire du Développement des derniers systèmes philosophiques de l'Allemagne, avec des considérations spéciales sur la lutte actuelle entre Schelling et l'école de Hegel, par le même. 1 vol. in-8°. Berlin, 1843 (1905).

M. Michelet est, en même temps, l'un des plus célèbres et des plus fougueux partisans de Hégel; il admet les conséquences les plus extrêmes qu'enferme la pensée du maître; il appartient, en un mot, à la gauche hégélienne la plus avancée. C'est dire que ses appréciations sont très contestables sous plus d'un rapport. Cependant ses ouvrages offrent de l'intérêt et méritent d'être consultés. Le dernier, qui n'est que la reproduction d'un cours fait à Berlin en 1842, est particulièrement d'une lecture assez curieuse : il donnera une idée de l'extrême animosité que M. de Schelling a suscitée contre lui parmi les adeptes de l'hégélianisme.

10. La Philosophie allemande, depuis Kant jusqu'à nos jours, considérée dans son développement scientifique et dans ses rapports avec la situation politique et sociale actuelle, par C. Biedermann, 2 vol. in-8°. Leipzick, 1843 (163).

L'auteur, comme l'indique le titre, examine surtout les systèmes au point de vue de leur utilité pratique et de la fécondité plus ou moins grande des applications auxquelles ils se prêtent. Cette utilité est pour lui la mesure de leur valeur. Nous ne dirons pas ici jusqu'à quel point ses recherches sont heureuses, mais nous mentionnerons le talent avec lequel il sait développer une théorie pour la résumer ensuite dans ses points fondamentaux et caractéristiques.

11. Les Penseurs de l'Allemagne depuis Kant (Deutschlands Denker seit Kant), 1 vol. in-8°. Dessau, 1851.

Ce volume est une des revues les plus récentes de la philosophie allemande. Ce n'est guère qu'à ce titre que nous le mentionnons ici. L'auteur, qui garde l'anonyme, ne fait qu'analyser brièvement les doctrines, à peu près dans l'ordre de leur apparition , en donnant peu ou point de place à la critique. Mais en revanche, après avoir complaisamment exposé les théories impies et subversives de tout ordre social, émises par Strauss, Feuerbach et Ruge, il se prononce énergiquement en leur faveur, et prétend que la philosophie hégélienne, ayant dit son dernier mot par ces apôtres de l'absolu, pénètre de plus en plus dans la conscience du peuple, est mûre pour la pratique, et ne peut tarder de se traduire en fait. Dieu nous en préserve!

12. Le Livre de la Sagesse, ou Exposé des systèmes des plus célèbres penseurs de tous les temps. 2 vol. in-8°. Leipzick, Avenarius, 1851.

Ce livre, anonyme aussi, est dû, selon le prospectus qui l'a précédé, à une

des con

plume d'une certaine réputation. Nous le croyons sans peine. Plus bref que

le précédent dans ses analyses, il est néanmoins plus substantiel. Il est distribué avec beaucoup de méthode, et écrit avec une élégante simplicité. Il s'ouvre par sidérations générales sur la philosophie et son histoire, et embrasse celle-ci lout entière depuis les sept sages jusqu'aux derniers penseurs d'outre-Rhin. L'auteur adopte la doctrine de Schopenhauer, récemment reprise et développée par Reiff et Planck, et clôt son livre par ces mots : « La philosophie de l'avenir, méta

physique de la volonté, sera le couronnement de la sagesse. »

C

B. Ouvrages français.

1. Histoire comparée des Systèmes de Philosophie, considérés relativement aux principes des connaissances humaines, par J. M. de Gérando. Deuxième partie. Histoire de la Philosophie moderne, à partir de la renaissance des lettres jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, 4 vol. in-8°. Paris, Ladrange, 1847.

Ce livre parut pour la première fois en 1804. A cette époque, où le système de la sensation transformée régnait encore sans contestation, l'érudition philosophique élait presque abandonnée. L'Histoire comparée se distinguait honorablement de toutes les productions d'alors, par la nature même du sujet, l'étendue des rccherches et la modération des jugements. Cet ouvrage ne formait que trois volumes. Vingt ans après, en 1823, M. de Gérando commença la publication d'une seconde édition tellement modifiée et augmentée, qu'elle pouvait passer pour une @uvre toute nouvelle. Les quatre premiers volumes parurent seuls alors : ils s'arrêtaient à la renaissance des lettres. M. Cousin constata (1) que la manière d'apprécier et de présenter les systèmes et les hommes y avait beaucoup gagné en impartialité et en élévation, et qu'un spiritualisme un peu vague encore à la vérité, avait succédé au condillacisme indécis de la première édition.

Ce spiritualisme s'est épuré dans les derniers volumes de l'ouvrage, qui n'ont été publiés qu'après la mort de l'auteur, par son fils et sur ses manuscrits. Les éloges mérités par la première partie le sont à plus juste titre encore par la seconde, qui touche plus particulièrement au sujet de nôtre ouvrage. Aussi y renvoyons-nous spécialement comme au guide que nous avons souvent suivi dans la partie de notre travail, relative à la période qui s'étend depuis la renaissance jusqu'à Kant. On ne peut d'ailleurs que gagner infiniment à la lecture et à la méditation d'un livre dont l'auteur, qui unissait à une haute intelligence le plus noble caractère et le cæur le plus généreux, a dit : « Ce travail se lie au but « de ma vie : il entre essentiellement dans la recherche de la propagation du vrai

(1) Fragm. phil., 4e édit., Tom. IV, p. 282.

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