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« et du bon et de leur alliance. » Et plus loin : « Faire briller le flambeau de la

vérité, faire exhaler les parfums du bon sur la terre et dans la postérité, voilà « mon but, mon seul but (1). »

2. Précis de l'Histoire de la Philosophie, publié par MM. de Salinis et de Scorbiac, je édition. 1 vol. in-18. Bruxelles, 1845.

Ce petit manuel est trop connu pour qu'il soit nécessaire de le juger. Il est devenu classique dans nos universités, et la consécration du succès lui suffit trop bien pour qu'il ait besoin d'autre recommandation.

3. Dictionnaire des Sciences philosophiques, par une société de professeurs et de savants. 5 vol. en 10 livraisons : les neuf premières ont paru. Paris, Hachette, 1844-61.

Ce Dictionnaire est le résumé substantiel des vues de l'école française actuelle. C'est l'encyclopédie la plus complète que nous connaissions des sciences relatives à l'homme intellectuel et moral. Sans juger ce livre qui ne pourrait être apprécié en quelques lignes, et dans lequel se rencontrent tous les noms qui se sont fait connaître, chez nos voisins, par des travaux philosophiques de quelque mérite, nous nous bornerons à citer ici la conclusion de l'article consacré à la philosophie allemande par M. Ad. Franck, membre de l'institut et directeur du recueil :

: « Une admiration aveugle serait aussi déplacée qu'un injuste dédain ; il nous siérait mal, à nous en particulier, de nous laisser aller à l'engouement et à une imitation servile, quand l'insuffisance de ces doctrines est reconnue par les Allemands eux-mêmes; mais nous répéterons, au sujet de la philosophie allemande en général, ce que nous avons dit plus haut du dernier de ses systèmes : pour la dépasser il faut la connaître, et par conséquent l'étudier sérieusement. » Maintes fois, dans le cours de notre livre, nous aurons occasion de renvoyer aux remarquables articles, consacrés dans le Dictionnaire aux principaux penseurs de l’Allemagne.

4. Essai théorique et historique sur la génération des connaissances humaines, par M. Guill. Tiberghien, professeur de philosophie à l'Université libre de Bruxelles. 1 vol. in-8°. Bruxelles, 1844.

Cet ouvrage est le développement du mémoire de l'auteur, couronné par le jury du concours universitaire. M. Tiberghien expose sa théorie d'après le système

(1) Histoire comparée, Tom. I. Avertissement.

de Krause. La partic historique embrasse toutes les spéculations philosophipues, depuis les conceptions de l'Orient jusqu'à notre temps. Ce travail, qui fait autant d'honneur à la science de l'auteur qu'à sa haute et remarquable intelligence, nous a surtout été utile pour l'étude de la doctrine de Krause, doctrine dont M. Tiberghien aujourd'hui l'un des soutiens les plus distingués.

5. Histoire de la Philosophie allemande, depuis Leibnitz jusqu'à Hégel, par le baron Barchou de Penhoën, 2 vol. in-8°. Paris, 1836.

Cet ouvrage a le mérite d'être le premier qui ait révélé à la France l'ensemble des doctrines philosophiques de l'Allemagne. Avant lui, la philosophie germanique n'avait donné lieu qu'à un fort petit nombre de publications, et encore ces publications, marquées d'un caractère de spécialité, ou se restreignaient aux théories d'un penseur isolé, ou ne saisissaient même ces théories que dans leurs applications à l'histoire, à l'art, à la nature, sans toucher à leur essence propre. M. Barchou de Penhoën s'est proposé de faire mieux. Il a voulu montrer le lien des systèmes divers, leur génération successive, et par-là présenter, en un tout complet, la période philosophique qu'il a embrassée. Son but principal est de contribuer à établir entre la France et l'Allemagne une alliance philosophique d'autant plus désirable à ses yeux, que la philosophie de l'avenir doit revêtir la forme d'un large éclectisme qui procéderait non par juxtaposition, mais par assimilation. Cet éclectisme devrait donc s'assimiler les résultats réalisés de la philosophie du XVIIe siècle, – la philosophie allemande des cinquante dernières années, les nouvelles doctrines sociales qui marquent déjà les premières années de notre siècle, enfin les sciences mathématiques. Nous ne pouvons nous prononcer ici sur la valeur de cette idée que l'auteur ne développe pas, parce que, comme luimême l'avoue, la forme générale de cette philosophie future est encore inaperçue de lui. Mais ce que nous pouvons signaler, c'est le remarquable talent d'exposition dont il fait preuve. Le système d'Hégel, si rebelle à se présenter sous une forme facilement saisissable, est surtout résumé avec une habileté particulière. Ajoutons que le style de M. Barchou de Penhoën, est assez attrayant pour faire oublier l'aridité trop souvent inhérente à son sujet.

6. Histoire de la Philosophie allemande, depuis Kant jusqu'à Hégel, par J. Willm, inspecteur de l'Académie de Strasbourg. Ouvrage couronné par l'Institut, (Académie des sciences morales et politiques). 4 vol. in-8°. Paris, Ladrange, 1846.

L'éminente distinction qu'a obtenue ce livre, suffit pour attester sa valeur. Nous nous bornons à résumer les conclusions de M. de Rémusat, rapporteur de l'Académie. Les doctrines, examinées dans ce mémoire, ont été exposées avec développement, avec exactitude, avec intelligence, et sous ce rapport, c'est un ouvrage sérieusement instructif... Sans doute on aurait pu désirer que l'auteur s'emparât avec plus d'autorité des doctrines qu'il étudie, mais un tel procédé serait moins sûr et n'inspirerait pas une aussi entière confiance que celui qui a été suivi. Il est impossible de n'être pas frappé de la connaissance très étendue que l'auteur a montrée de la langue, de l'histoire et des monuments de la philosophie allemande. Il est pénétré de son esprit et il le reproduit avec une consciencieuse fidélité. Quant à l'appréciation, elle est en général digne d'un juge éclairé; mais elle n'est pas toujours assez décisive. L'auteur semble hésiter à juger les doctrines au fond; il les apprécie en elles-mêmes plus que dans leur vérité absolue. On sent constamment qu'il aime beaucoup l'Allemagne et la philosophie, et qu'il lui en coûterait de dire tout ce qu'il en pense. Il s'est décidé cependant par moments, et à la fin il a exprimé une conclusion générale d'une juste sévérité. D'ailleurs, l'opinion philosophique qui règne dans tout cet écrit, n'est pas équivoque. L'auteur se pro. nonce pour un rationalisme psychologique, qui respecte et raffermisse, en leur donnant une base scientifique, les principes généraux de la raison humaine et les croyances fondamentales de la morale et de la religion. En résumé, c'est un bon ouvrage, et un ouvrage utile, qui atteste un excellent esprit et dont la publication est très désirable dans l'intérêt des connaissances philosophiques.

7. De la Philosophie allemande, rapport à l'Académie des sciences morales et politiques, précédé d'une introduction sur les doctrines de Kant, Fichte, Schelling et Hégel, par C. de Rémusat, membre de l'Institut. 1 vol. in-8°. Paris, Ladrange, 1845.

L'introduction de ce volume est égale, sinon supérieure en importance, au rapport même qui en fait le fond, et qui porte sur le concours dont M. Willm fut lauréat. L'honorable rapporteur n'écrit pas, comme il le dit lui-même, une histoire de la philosophie. Il ne cherche qu'à réunir quelques obscrvations générales que suggèrent les points principaux des quatre plus grands systèmes que l'Allemagne moderne ait produits. Il voudrait préparer par-là tout lecteur français à les mieux comprendre pour les mieux juger. Il se propose surtout d'être clair, et, pour y réussir, il traduit, autant que possible, dans le langage ordinaire, quelques idées fondamentales que les Allemands se plaisent à envelopper dans les obscurités d'une langue digne de la scolastique. Esprit juste, sage et ferme, M. de Rémusat ne pouvait manquer d'atteindre son but. Son travail, aussi remarquable par la pensée que par la forme, est un de ceux que nous avons étudié avec le plus de sympathie et le plus de fruit. Tout en reconnaissant que la philosophie française doit s'éclairer des lumières et s'enrichir des idées de la philosophie allemande, il conclut cependant que celle-ci ne réalise, à ses yeux, ni comme vérité, ni comme science, l'idéal de la philosophie. Nous sommes heureux de trouver occasion de déclarer, dès maintenant, que nos idées s'accordent, en ce point capital, avec celles d'un homme aussi éminent par l'intelligence qu'honorable par le caractère.

8. De l'État de la Philosophie moderne en Allemagne, par N. Moeller, professeur honoraire à l'Université catholique de Louvain. 1 vol. in-8°. Louvain, 1843.

Ce volume est la réunion d'articles écrits pour la Revue de Bruxelles, et dont la plupart ont été insérés dans ce recueil. Il offre d'abord un aperçu sommaire de la philosophie moderne en dehors de l'Allemagne, et présente ensuite l'analyse des systèmes germaniques depuis Leibnitz jusqu'à la dernière phase de la philosophie de Schelling. L'auteur se proposait de compléter ce travail par un exposé du système de Hegel, ainsi que de la philosophie catholique de Gunther, Windischmann et Goerres ; mais il n'a pas jusqu'ici donné suite à ce projet.

9. Examen critique de la Philosophie allemande, depuis Kant jusqu'à nos jours, par J. Steininger, professeur de mathématiques et de physique à Trèves. Bruxelles, Muquardt, 1841.

M. Steininger déclare n’être pas philosophe mais mathématicien : on s'en aperçoit surtout à la grosse querelle qu'il cherche à Kant, à propos des principes des mathématiques et de la physique générale. Kant croyait que ces principes étaient des propositions synthétiques à priori. C'est là, d'après M. Steininger, ce qui a ruiné son système, et il ne cesse de le lui reprocher. L'auteur de l'Examen critique est aussi sévère vis-à-vis des autres penseurs allemands, et nous pourrions ajouter, de la science philosophique en général. Selon lui, il a été impossible jusqu'ici d'établir un système de connaissances philosophiques proprement dites, qui ne soit pus une illusion. Il conclut, en offrant pour planche de salut à l'esprit humain, un empirisme auquel il nous semble impossible qu'on se rallie.

LIVRE I.

COUP-D'OEIL SUR LA PHILOSOPHIE EN EUROPE

DEPUIS LE MOYEN-AGE

JUSQU'A LA FIN DU XVIIIC SIECLE.

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