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du reste des hommes, n'est-il pas ravi de vous faire plaisir?

LA DAME.

Ce prince croit que votre seul plaisir est de le voir et d'être aimé de lui.

CLÉMENCE.
Quoi ! sans vous donner d'autres

marques amitié !

de son

LA DAME.

Les princes sont gâtés dès leur enfance; à peine peuvent-ils entendre qu'on leur dit que le souverain bonheur est de les voir; ils forment leur idée sur ce principe, et ensuite leur opinion et leur conduite '.

AURE.

Je commence à comprendre, en effet, que le plus court est de tout quitter pour s'attacher à eux, et qu'ensuite on peut être fort heureux en partageant toute leur grandeur.

LA DAME.

Ajoutez aussi qu'il faut partager leurs maux, souffrir de leurs défauts, de leur humeur, s'intéresser à ce qui les touche.

LUCIE.

On pourroit ne les pas tant aimer.

LA DAME.

Il n'y a rien de si cruel que de sacrifier sa vie,

1 Mme de Glapion dit à peu près la même chose dans ses entretiens avec Mme de Maintenon. Voyez Lettres historiques et édifiantes, t. II, p. 370 et 456.

ses soins et tout son temps pour quelqu'un qu'on

n'aime pas.

CLAIRE.

En vérité, madame, vous me persuaderez à la fin qu'il n'y a rien de plus malheureux que la faveur, et qu'il faut y renoncer pour vivre seule.

LA DAME.

On n'en est pas maîtresse; quand on a été si élevée, la chose ne peut être que rude; vous êtes comme disgraciée, tout le monde vous insulte; cette faveur qui n'a pu vous satisfaire, a bien su vous gâter, et vous ne trouvez plus que des contradictions et même des persécutions, d'autant plus sensibles, que vous avez été accoutumée à des flatteries et à des complaisances, dont la privation se fait plus sentir que : la jouissance.

CLÉMENCE. Pourquoi des persécutions?

LA DAME.

C'est que vous avez attiré l'envie en vous élevant au-dessus des autres, et ils veulent s'en venger quand ils n'ont plus rien à espérer de vous.

CLAIRE.

Quel remède donc à un état si triste ?

LA DAME.

Le remède unique et général c'est la piété.

guer

du reste des hommes, n'est-il pas ravi de vous faire plaisir?

LA DAME.

Ce prince croit que votre seul plaisir est de le voir et d'être aimé de lui.

CLÉMENCE. Quoi ! sans vous donner d'autres marques de son amitié !

LA DAME.

Les princes sont gâtés dès leur enfance ; à peine peuvent-ils entendre qu'on leur dit que le souverain bonheur est de les voir; ils forment leur idée sur ce principe, et ensuite leur opinion et leur conduite '.

AURE.

Je commence à comprendre, en effet, que le plus court est de tout quitter pour s'attacher à eux, et qu’ensuite on peut être fort heureux en partageant toute leur grandeur.

LA DAME.

Ajoutez aussi qu'il faut partager leurs maux, souffrir de leurs défauts, de leur humeur, s'intéresser à ce qui les touche.

LUCIE.

On pourroit ne les pas tant aimer.

LA DAME.

Il n'y a rien de si cruel que de sacrifier sa vie,

1 Mme de Glapion dit à peu près la même chose dans ses entretiens avec Mme de Maintenon. Voyez Lettres historiques et édifiantes, t. II, p. 370 et 456.

ses soins et tout son temps pour quelqu'un qu'on

n'aime pas.

CLAIRE.

En vérité, madame, vous me persuaderez à la fin
qu'il n'y a rien de plus malheureux que la faveur, et
qu'il faut y renoncer pour vivre seule.

LA DAME.

On n'en est pas maîtresse; quand on a été si élevée,
la chose ne peut être que rude; vous êtes comme
disgraciée, tout le monde vous insulte; cette faveur
qui n'a pu vous satisfaire, a bien su vous gâter, et
vous ne trouvez plus que des contradictions et même
des persécutions, d'autant plus sensibles, que vous
avez été accoutumée à des flatteries et à des com-
plaisances, dont la privation se fait plus sentir que :
la jouissance.

CLÉMENCE.
Pourquoi des persécutions ?

LA DAME.

C'est que vous avez attiré l'envie en vous élevant
au-dessus des autres, et ils veulent s'en venger quand
ils n'ont plus rien à espérer de vous.

CLAIRE.
Quel remède donc à un état si triste ?

LA DAME.

Le remède unique et général c'est la piété.

CONVERSATION XLIX!,

SUR L'HABITUDE.

MARIE.

On nous dit tous les jours que la coutume rend tout facile; d'où vient donc que nous avons tant de peine à faire ce que nous devons?

ÉLÉONORE.
C'est que nous ne le faisons pas tous les jours.

BLANCHE. Nous faisons pourtant tous les jours la même chose.

EUPHROSINE.

Et l'on nous dit aussi tous les jours la même chose.

BLANDINE.

Mais on ne nous diroit pas tous les jours la même chose si nous voulions faire ce qu'on nous dit.

ATHÉNAÏS.
Et pourquoi ne le faisons-nous pas ?

ÉLÉONORE.
C'est que nous l'oublions trop facilement.

1 Cette Conversation et les deux suivantes n'étaient destinées qu'aux enfants de la classe rouge.

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