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MARIE.

Croyez-vous que nous eussions moins de peine si nous prenions de bonnes habitudes ?

ÉLÉONORE. On le dit, et même que nous n'en aurions plus du tout.

MARIE.

Essayons pour voir si nos maîtresses ont raison.

BLANDINE.

Il faut que je m'applique pendant quelques jours à bien prononcer.

BLANCHE. Et moi à avoir bonne grâce.

EUPHROSINE. Et moi à parler plus haut.

ATHÉNAÏS. Et moi à regarder si vous tiendrez toutes vos résolutions.

CONVERSATION L.

SUR L'ESPRIT DU MONDE.

ANASTASIE.

Je suis ravie de vous voir, mesdemoiselles, et je vous assure que j'avois beaucoup d'impatience d'être avec vous.

ALPHONSINE.

Ce que vous dites, mademoiselle, est-il bien sincère ? et est-il possible que vous aimiez mieux être ici qu'à Versailles ?

HENRIETTE.

J'ai peine à le croire, car je suis persuadée qu'on s'y divertit mieux qu'ici.

ANASTASIE.

Rien n'est plus différent, mesdemoiselles, que l'idée qu'on se fait des plaisirs, et de ce qu'ils sont en effet.

MARCELLE.

Mais, mademoiselle, n'avez-vous pas vu le Roi, un palais magnifique et mille personnes d'importance ?

ANASTASIE.

Oui, mademoiselle, et je ne vous dis pas que dans ces moments-là je me sois ennuyée, mais le plaisir des yeux n'est que pour la première fois, et l'on s'accoutume fort vite à voir ce qu'il y a de plus beau.

ALPHONSINE.

Et quelle nouveauté trouvez-vous donc ici, et qui voyez-vous à quoi vous ne soyez pas accoutumée ?

ANASTASIE. Je vois un ordre qui m'a fait passer la journée fort vite; une occupation succède à une autre; nous apprenons tous les jours quelque chose de nouveau; nous avons une entière liberté dans nos divertisseURSULE. Comment accommodez-vous ce dessein, mesdemoiselles, avec l'humilité chrétienne ?

AGLAÉ. Vous avez raison, mademoiselle, et je n'y pensois pas; je ne veux plus étre préférée aux autres, mais je veux cultiver mon esprit, afin de mieux faire mon devoir.

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MARIE.

Que sais-je à quoi la Providence me destine? je veux augmenter le mien, pour m'en mieux servir.

FIN DU PREMIER VOLONE.

l'on auroit en particulier, et jouir de la société de ses amis.

LA DAME. On n'a plus d'amis quand on est en faveur : la place qu’on occupe devient l'objet de l'envie, et chacun veut en profiter; plus de société, plus de li-berté, plus de simplicité; tout devient habileté, desseins, complaisances forcées, flatterie sans mesure et aigreur dans le fond.

CLÉMENCE. Au moins la famille ne peut manquer, et on peut jouir de sa faveur avec ses proches.

LA DAME.

On devient étranger dans sa propre famille ; votre frère est votre espion et se joint aux cabales qui veulent obtenir quelque chose de vous.

CLÉMENCE. Mais ne seroit-il pas raisonnable d'avancer sa famille ?

LA DAME.

Oui, mais il est impossible de les contenter; leur idée va toujours plus loin que la raison et même la possibilité, de sorte que l'on souffre par la peine que i'on a d'obtenir des grâces pour eux, et par celle de ne les voir jamais satisfaits'.

CLAIRE.

Ce prince qui vous aime assez pour vous distin

1 Ces plaintes expriment le ressentiment de Mme de Maintenon pour les ennuis que lui avait causés son frère; elles sont vraies, mais il faut avouer qu'elles sont peu charitables et tout à fait déplacées.

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