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prononcer ce double w? à l'anglaise ou à l'allemande ? Si on sait l'allemand, on n'a pas besoin de l'indication; on prononcera donc le ro à l'anglaise, et l'on aura quelque chose comme B'toou. Nous voilà assurément beaucoup plus loin du son véritable que si l'on avait prononcé tout simplement à la française Bééthovène. Une autre grammaire, et des plus célèbres, nous apprend que le nom du cardinal Ximenès (Khiménès) doit sonner comme celui de Chimène, la fiancée du Cid, dans Corneille.

Nous avons donc cru non-seulement utile, mais indispensable, de faire connaître à nos jeunes lecteurs le son que les diverses nations de l'Europe civilisée donnent aux lettres de l'alphabet, de manière à ce qu'ils puissent lire les noms propres. Il ne s'agit pas, bien entendu, de leur enseigner la prononciation exacte de certains sons spéciaux, de l’l forte ou de l'y grave des Russes ou des Polonais, par exemple ; du ch allemand après une voyelle forte ou après une voyelle faible; ni surtout de noter tous les caprices de l'orthographe anglaise. Nous avons dû nous borner à indiquer une prononciation approximative et telle qu'elle peut sortir facilement d'une bouche française. A l'exception de l'h aspiré qui n'existe plus pour nous que sur le papier, - à Paris du moins,- il n'est presque pas de son des langues européennes qui ne se trouve, à quelques nuances près, dans la nôtre. Les personnes qui prononcent ss en avançant la langue contre les dents, rendent, sans s'en douter , le son du z espagnol ou du th fort des Anglais, et le paysan de la Normandie prononce l’y grave comme un Russe de Moscou.

Les trois sections que comprend ce volume sont indépendantes, il n'est nullement nécessaire d'avoir achevé l'étude de l'une pour commencer celle de l'autre. Il sera bon d'alterner, au contraire, et de faire marcher de front deux ou trois de ces études, en consacrant une leçon tour à tour à chacune d'elles. Il y a avantage, pour l'orthographe usuelle surtout, à n'être pas apprise d'un bout à l'autre sans interruption.

Des Questionnaires détaillés sur chaque leçon précèdent les exercices. A l'appui des questions qui y sont contenues, on devra chaque fois faire écrire ou prononcer tous les mots difficiles de la leçon. Ce n'est que par des répétitions multipliées que l'on peut parvenir à fixer dans l'esprit ces notions éparses qui composent l'orthographe d'usage.

Ici comme dans la première partie, tout ce qui est imprimé en plus petits caractères pourra être passé à une première étude; plus tard même, il sera le plus souvent inutile de l'apprendre; il suffira, pour l'élève, de le lire et d'en rendre compte.

Le Résumé, au contraire, est destiné à être appris par ceur dans les mêmes conditions que celui de la première partie. Quant aux récits placés en tête, ils ont moins d'importance dans ce volume que dans le premier et le troisième; ce qu'il y a de plus important ici, ce sont les nombreux exercices d'application, qui doivent tous être faits avec le plus grand soin.

L'Orthographe est la partie à la fois la plus aride et la plus indispensable de la Grammaire. Mais c'est l'introduction à la littérature. On peut lui appliquer ce que Bernardin de Saint-Pierre dit du malheur :

« Elle ressemble à la montagne noire de Bember aux extrémités du royaume brûlant de Lahore : tant que vous la montez, vous ne voyez devant vous que de stériles rochers; mais quand vous êtes au sommet, vous apercevez le ciel sur votre tête, et à vos pieds le royaume de Cachemire. o

LA

GRAMMAIRE EN ACTION.

SECONDE PARTIE.

ORTHOGRAPHE.

SECTION I.

ORTHOGRAPHE GRAMMATICALE.

INTRODUCTION.

157.-L'ORTHOGRAPHE est l'art d'écrire converablement les mots d'une langue.

Il y a dans toutes les langues des mots invariables qui ne s'écrivent jamais que d'une manière, et des mots variables, dont la terminaison change suivant les circonstances. Dans ces mots variables même, il y a une partie qui ne change jamais et qu'on appelle le radical.

L'art d'écrire les mots invariables et la partie invariable des autres mots, constitue l'Orthographe USUELLE.

L'art d’écrire la partie variable des mots constitue l'Orthographe GRAMMATICALE.

- 1

II

Nous parlerons d'abord de celle-ci, comme étant la plus facile.

Nous placerons en tête quelques règles qui sont d'un usage continuel sur l'emploi des lettres et des accents.

QUELQUÈS LOIS GÉNÉRALES.

LES DEUX RENARDS.

Deux renards entrèrent la nuit par surprise dans uñ poülailler; ils étranglèrent le coq, les poules et les poulets : après ce carnage, ils apaisèrent leur faim. L'un, qui était jeune et ardent, voulait tout dévorer; l'autre, qui était vieux et avare, voulait garder quelque provision pour l'avenir. Le vieux disait : « Mon enfant, l'expérience m'a rendu sage : j'ai vu bien des choses depuis que je suis au monde. Ne mangeons pas tout notre bien en un seul jour. Nous avons fait fortune; c'est un trésor que nous avons trouvé, il faut le ménager. » Le jeune répondit : « Je veux tout manger pendant que j'y suis, et me rassasier pour huit jours : car, pour ce qui est de revenir ici, chansons, il n'y fera pas bon demáin; le maître, pour venger la mort de ses poules, nous assommerait. » Après cette conversation, chacun prend son parti. Le jeune mange tant, qu'il se crève, et peut à peine aller mourir dans son terrier. Le vieux, qui se croit bien plus sage de modérer ses appétits et de vivre d'économie, veut le lendemain retourner à sa proie, et est assommé par le maître.

Ainsi chaque åge à ses défauts : les jeunes gens sont fougueux et insatiables dans leurs plaisirs; les vieux sont incorrigibles dans leur avarice.

FÉNELON.

I.

LETTRES.

158. Lorsque le c doit avoir le son de l's, on le marque

d'une cédille devant a, 0, U. Phidias, en pésant l'or employé pour la statue de Minerve, effaça les soupçons que l'on avait conçus contre lui.

159. Lorsque le g a le son du j, on le fait toujours suivre d'un é devant les mêmes lettres a, 0, U. Ne mangeons pas tout notre bien en un seul jour...

On obligea Pigeon de payer la gageure. Lorsque cette lettre g se trouve placée devant e ou i, et qu'elle doit avoir le son mouillé ou le son dur, on la fait suivre d’un u. Les jeunes gens sont fougueux.

Pourquoi vous fatiguer à déguiser votre ame? 160. La lettre q est suivie d'un u devant toutes les voyelles. L'un qui était jeune et ardent voulait tout dévorer.

Quand quelqu'un nous déplait, il a tort, quoi qu'il fasse. 161. – Le j n'est jamais suivi de l’i ni de l’y, à moins que ces lettres ne soient précédées d'une apostrophe. Autrement on se sert de g. Les vieux sont incorrigibles dans leur avarice.

Ce gibier a son gîte aux carrières de gypse.
J'imite les poteaux, j'indique le chemin;

Ne demandez pas que j'y passe. 162. — Le son l mouillé s'écrit il quand il termine le mot, ill quand il ne le termine pas. Deux renards entrèrent la nuit par surprise dans le poulailler.

Le bétail est couché tout près de la muraille.
Les treillis de l'enclos ploient sous les fruits vermeilz.

· L's, placé entre deux voyelles, sonne comme un z; il faut le doubler lorsqu'il doit avoir le son fort. Ils apaisèrent leur faim..., Le maitre nous assommerait.

De la moisson la saison est venue. 164. - Devant b, P, m, on met un m au lieu d'une n.

Comblez mes humbles veux; emmenez-moi, dit-elle.
Trois mots composés font exception :
Bonbon, embonpoint, néanmoins (néant moins).

163.

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