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MORALE

OU LA

PHILOSOPHIE DES MOEURS

PAR

acer,
N. MATTER

Conseiller honoraire de l'Université, ancien Inspecteur général des Bibliothèques

publiques, etc.

PARIS

GRASSART, LIBRAIRE-ÉDITEUR

3, rue de la Paix, et rue Saint-Arnaud, 4

1860

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PRÉFACE.

La Philosophie de la religion demande, comme complément naturel, la Philosophie des moeurs. Une critique bienveillante l'a dit avec toute l'autorité de la science: l'affinité de ces deux études est évidente et chacune d'elles est incomplète sans l'autre.

Je n'ai donc pas besoin d'insister sur ce point. Mais il est peut être utile, dans l'état actuel de la pensée publique, de dire un mot sur le rang que la morale doit y occuper.

A ne regarder que les apparences, la morale, objet d'hommages unanimes au sein de toutes les nations, n'a rien à désirer : elle est la plus indépendante, la plus inattaquable de toutes les sciences ; nul ne peut se la soumettre, nul se soustraire à son autorité.

Cependant les deux plus grandes puissances qui règnent sur la pensée générale montrent de temps à autre, plus clairement qu'il ne le faudrait peutêtre, le peu de portée de cette appréciation, plus fastueuse, ce semble, que réelle.

En effet, la religion, qui dit franchement la morale sa fille, la traite systématiquement comme telle, et joint à la prétention de lui avoir donné le jour celle de la former selon ses fins et de l'établir dans le monde selon ses vues, sans trop d'égards pour ses droits ou ses cris : ses droits sont qualifiés de rationalisme, quand ils sont trop hardis, - de naturalisme, dès qu'ils sont trop vifs.

La politique, quand elle est bien inspirée, se déclare la fille de la morale, cela est vrai ; mais elle la traite à son tour comme la traite la religion. Et dans ses moments d'humeur, elle en taxe les leçons les plus pures de délicatesses, de raffinements auxquels l'amour de la science peut avoir raison de tenir dans la sphère de l'abstraction, mais dont il faut savoir s'affranchir dans le monde des réalités, celui des affaires. A ce point de vue, les nations elles-mêmes, si pleines de respect pour les principes dans les rapports publics et leurs paroles ostensibles, procèdent, le cas échéant, avec de singulières restrictions et d'étranges licences dans les plus grands actes.

C'est là un fait trop ordinaire pour que je m'arrête à le relever, et j'ai dû le signaler plus d'une fois dans «L'histoire des doctrines morales et politiques des trois derniers siècles.» Or, il ne se conçoit pas de démentis plus cruels que ces coups portés par la religion ou la politique à la saine doctrine, et rien ne paraît plus légitime que

de s'élever, au nom de la morale, contre les envahissements de la religion et l'omnipotence de la politique. On doit considérer, toutefois, que ce n'est pas la trop grande vigueur de l'une ou de l'autre, soit leur état d'usurpation, soit leur despotisme, qui font le plus de mal à la science des mours; que ce sont.

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