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Comédie - 1662

NOTICE

'ÉCOLE DES FEMMES, représentée le 26 décembre 1662 au

de ,

mais elle lui valut aussi de vives attaques des précieuses, des prudes, des tartufes. Boileau prit la défense du poète, qui plaida lui-même sa cause dans la Critique de l'École des femmes et l'Impromptu de Versailles.

Le premier acte et le second acte sont imités de la Précaution inutile de Scarron et du Jaloux de Michel Cervantès. La Quatrième Nuit de Straparole a fourni le sujet des deux actes sui

vants.

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ACTE Ier. Arnolphe, qui a pris le nom de monsieur de La Souche,' élève une pupille, Agnès, qu'il veut épouser. Un jeune homme, Horace, dont le père était l'ami d'Arnolphe, aime secrètement Agnès, et en fait la confidence d Arnolphe, qu'il ne connait pas sous le nom de La Souche.

ACTE II. Arnolphe interroge Agnès, qui lui avoue avoir eu plusieurs entretiens avec Horace pendant une absence de son tuteur Arnolphe se décide d presser son mariage avec Agnès.

ACTE III. Arnolphe rencontre une fois encore Horace, qui ui dit qu'Agnès, en lui jetant une pierre par la fenêtre, y avait joint un billet, dont il donne lecture au jaloux.

ACTE IV. – Arnolphe fait la leçon à ses domestiques et leur enjoint de rouer de coups Horace s'il se présente au logis; il apprend en même temps, de la bouche même d'Horace, que le galant a pu s'introduire auprès d'Agnes et se propose de l'enlever la nuit suivante.

ACTE V. Horace a été battu, mais a conirefait le mort et a réussi à emmener chez lui Agnès; il demande de Arnolphe, qu'il ne soupçonne toujours pas d'être le tuteur jaloux, de la recevoir chez lui. En même temps on retrouve le père d'Agnès, et la jeune fille, à la grande confusion d'Arnolphe, épouse Horace.

VERS DE L'ÉCOLE DES FEMMES FRÉQUEMMENT CITÉS

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Qui rit d'autrui
Doit craindre qu'en revanche on rie aussi de lui.

(I, 1.)
(Que) l'argent est la clef de tous les grands ressorts.

(I, iv.)
Du côté de la barbe est la toute-puissance.

(III, 11.)
Le mari, dans ces cadeaux,
Est toujours celui qui paye.

(III, 11.)
La place m'est heureuse à vous y rencontrer.

(IV, vi.)
Le moyen de chasser ce qui fait du plaisir?

(V, Iv.)

Une sotte en sait plus que le plus habile homme.

(V, iv.)

Dans le monde on fait tout pour ces animaux-là.

(V, Iv.) Un bonheur continu rendrait l'homme superbe, Et chacun a son tour, comme dit le proverbe.

(V, viii.)

MADAME,

Je suis le plus embarrassé homme du monde, lorsqu'il me faut dédier un livre ; et je me trouve si peu fait au style d'épitre dédicatoire que je ne sais par où sortir de celle-ci. Un autre auteur qui serait en ma place trouverait d'abord cent belles choses à dire de Votre Altesse Royale, sur ce titre de l'Ecole des femmes, et l'offre qu'il vous en ferait. Mais, pour moi, Madame, je vous avoue mon faible. Je ne sais point cet art de trouver des rapports entre des choses si peu proportionnées ; et, quelques belles lumières que mes confrères les auteurs me donnent tous les jours sur de pareils sujets, je ne vois point ce que Votre Altesse Royale pourrait avoir à démêler avec la comédie que je lui présente. On n'est pas en peine, sans doute, comment il faut faire pour vous louer. La matière, Madame, ne saute que trop aux yeux ; et, de quelque côté qu'on vous regarde, on rencontre gloire sur gloire, et qualités sur qualités. Vous en avez, Madame, du côté du rang et de la naissance, qui vous font respecter de toute la terre. Vous en avez du côté des grâces, et de l'esprit et du corps, qui vous font admirer de toutes les personnes qui vous voient. Vous en avez du côté de l'âme, qui, si l'on ose parler ainsi, vous font aimer de tous ceux qui ont l'honneur d'approcher de vous : je veux dire cette douceur, pleine de charmes, dont vous daignez tempérer la fierté des grands titres que vous portez; cette bonté toute obligeante, cette affabilité généreuse que vous faites paraître pour tout le monde. Et ce sont particulièrement ces dernières pour qui je suis, et dont je sens fort bien que je ne me pourrai taire quelque jour. Mais encore une fois, Madame, je ne sais point le biais de faire entrer ici des vérités si éclatantes ; et ce sont choses, à mon avis, et d'une trop vaste étendue, et d'un mérite trop relevé, pour les vouloir renfermer dans une épitre et les mêler avec des bagatelles. Tout bien considéré, Madame, je De vois rien à faire ici pour moi que de vous dédier simplement ma comédie, et de vous assurer, avec tout le respect qu'il m'est possible, que je suis,

DE VOTRE ALTESSE ROYALE,

MADAME,

Le très bumble, très obéissant

et très obligé serviteur,

J.-B. P. MOLIERE.

1. Madame, Henriette d'Angleterre, première femme de Monsieur, duc d'Orléans, frère de Louis XIV.

PRÉFACE

Bien des gens ont frondé d'abord cette comédie ; mais les rieurs ont été pour elle, et tout le mal qu'on en a pu dire n'a pu faire qu'elle n'ait eu un succès dont je me contente.

Je sais qu'on attend de moi dans cette impression quelque préface qui réponde aux censeurs et rende raison de mon ouvrage ; et sans doute que je suis assez redevable à toutes les personnes qui lui ont donné leur approbation pour me croire obligé de défendre leur jugement contre celui des autres ; mais il se trouve qu'une grande partie des choses que j'aurais à dire sur ce sujet est déjà dans une dissertation que j'ai faite en dialogue, et dont je ne sais encore ce que je ferai.

L'idée de ce dialogue, ou, si l'on veut, de cette petite comédie ', me vint après les deux ou trois premières représentations de ma pièce.

Je la dis, cette idée, dans une maison od je me trouvai un soir, et d'abord une personne de qualité, dont l'esprit est assez connu dans le monde, et qui me fait l'honneur de m'aimer, trouva le projet assez à son gré, non seulement pour me solliciter d'y mettre la main, mais encore pour l'y mettre lui-même, et je fus étonné que deux jours après il me montra toute l'affaire exécutée d'une manière, à la vérité, beaucoup plus galante et plus spirituelle que je ne puis faire, mais où je trouvai des choses trop avantageuses pour moi; et j'eus peur que, si je produisais cet ouvrage sur notre théâtre, on ne m'accusat d'abord d'avoir mendié les louanges qu'on m'y donnait. Cependant cela m'empêcha, par quelque considération, d'achever ce que j'avais commencé. Mais tant de gens me pressent tous les jours de le faire que je ne sais ce qui en sera ; et cette incertitude est cause que je ne mets point dans cette préface ce qu'on verra dans la Critique, en cas que je me résolve à la faire paraître. S'il faut que cela soit, je le dis encore, ce sera seulement pour venger le public du chagrin délicat de certaines gens; car, pour moi, je m'en tiens assez vengé par la réussite de ma comédie; et je souhaite que toutes celles que je pourrai faire soient traitées par eux comme celle-ci, pourvu que le reste suive de même.

1. Molière parle ici de la Critique de l'Ecole des femmes, jouée cinq mois après l'Ecole das femmes

1662

ACTE PREMIER

SCÈNE PREMIÈRE : CHRYSALDE, ARNOLPHE

CHRYSALDE.

Vous venez, dites-vous, pour lui donner la main ?

ARNOLPHE.

Oui, je veux terminer la chose dans demain.

CHRYSALDE.

Nous sommes ici seuls, et l'on peut, ce me semble,
Sans crainte d'être ouïs, y discourir ensemble.
Voulez-vous qu'en ami je vous ouvre mon cour?
Votre dessein pour vous me fait trembler de peur ;
Et, de quelque façon que vous touriez l'affaire,
Prendre femme est à vous un coup bien téméraire.

ARNOLPHE.

Il est vrai, notre ami, peut-être que chez vous
Vous trouvez des sujets de crainte pour chez nous
Et votre front, je crois, veut que du mariage
Les comes soient partout l'infaillible apanage.

CHRYSALDE.

Ce sont coups du hasard, dont on n'est point garant 1,
Et bien sot, ce me semble, est le soin qu'on en prend.
Mais, quand je crains pour vous, c'est cette raillerie
Dont cent pauvres maris ont souffert la furie :
Car enfin vous savez qu'il n'est grands ni petits
Que de votre critique on ait vus garantis ;
Que vos plus grands plaisirs sont, partout où vous êtes
De faire cent éclats des intrigues secrètes...

ARNOLPHE.

Fort bien : est-il au monde une autre ville aussi
Où l'on ait des maris si patients qu'ici?

1. Garant : responsable.

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