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Mayenne. Eh! que m'importe? Ai-je besoin de leurs pouvoirs ? Me faut-il leur permission pour lever des hommes et de l'argent? Je ne faisais le bon apôtre que pour ôter prétexte à de nouvelles mutineries. Après tout, , mes amis, qu'ils me secourent ou qu'ils me traversent, la fin sera la même. Nous en serons quittes pour nous faire tuer; mais quant à sauver la ville, n'y pensons plus, c'est un rêve!

La duchesse. Messieurs, messieurs, n'écoutez pas mon frère; vous savez s'il est bon prophète! Rien ne me remet en espérance comme de le voir désespéré.

Mayenne, lui donnant un écrit.
Eh bien! voici de quoi vous réjouir. Lisez, ma

seur.

La duchesse, après avoir lu. Les politiques veulent surprendre à minuit la porte Saint-Jaques? .... Quel grand malheur, du moment que vous le savez! Envoyez-y monsieur de la Châtre avec une cornette; ou plutôt découvrez les traitres et faites sur eux un bel exemple.

Mayenne. Admirable conseil! Il faudrait emprisonner la moitié de la ville.

Villeroy. Voyez, Madame, si ce message sera plus heureux; c'est un religieux qui m'a prié de vous le remettre.

La duchesse. Donnez. Ah! c'est de Bourgoin. (Elle lit.) „Madame la Duchesse, vos væux seront comblés; le ciel nous envoie un

sauveur. Si vous êtes à neuf heures au Louvre, vous saurez tout: bonne espérance.“ Eh

bien ! Messieurs, eh bien! mon frère, n'avais-je pas raison?

Mayenne. Propos de moine, propos de femme, c'est tout un. Suivez-moi, Messieurs; je retourne au faubourg.

La duchesse. Eh quoi! Vous m'abandonnez, Villeroy? Votre main au moins jusqu'à ma chaise. (Ils sortent).

V.
LES MÉCONTENTS.

(P. Mérimée.)

PERSONNAGES.

Le Comte des Tournelles.
Mademoiselle des Tournelles, sa sæyr.
Le Lieutenant Edouard de Nangis, son cousin.
Le Baron de Machicoulis.
Le Comte de Fierdonjom
Le Marquis de Malespine.
Le Chevalier de Thimbray.
Bertrand, dit Sans - Peur, ancien officier vendéen.
François, domestique.
Un Gendarme.

La scène se passe dans un salon du château des Tournelles, dans un départe

ment voisin de la Vendée, en 1810.

SCENE I.

Mademoiselle des Tournelles. Le comte des Tournelles.

Melle des Tuurnelles. Eh bien! mon frère, l'instant approche; vos terreurs se dissipent-elles ?

Le comte. Mes terreurs !.... dites mes inquiétudes; et franchement, la circonstance les autorise. Conspirer dans ce temps-ci, car nous conspirons ! Je ne sais si vous comprenez ce qu'il y a de danger à conspirer dans un temps comme le nôtre, et sous une police aussi soupçonneuse que celle de l'empereur.

Melle des Tournelles.
Et la gloire, si nous réussions!

Le comte. C'est un grand mot, voilà tout. Au reste, puisque nous nous sommes engagés un peu légèrement dans cette affaire, tâchons de la conduire avec prudence. Conpirons, à la bonne heure, puisque vous le voulez, mais ne nous compromettons pas.

Melle des Tournelles. Mais rappelez-vous donc les glorieux priviléges dont jouissaient vos ancêtres. N'est-ce pas une chose qui crie vengeance que le comte des Tournelles ne soit pas le gouverneur de sa province, lui cont les aïeux entretenaient des hommes d'armes et se faisaient payer un

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