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III.

LES DEUX RENARDS.

PERSONNAGES.

Le narrateur.
Le vieux renard.
Le jeune renard.

Le narrateur. Deux renards entrèrent la nuit par surprise dans un poulailler; ils étranglèrent le coq, les poules et les poulets : après ce carnage, ils apaisèrent leur faim. L'un qui était jeune et ardent, voulait tout dévorer; l'autre, qui était vieux et avare, voulait garder quelques provisions pour l'avenir. Le vieux disait :

Le vieux renard. Mon enfant, l'experience m'a rendu sage; j'ai vu bien des choses depuis que je suis au monde. Ne mangeons pas tout notre bien en jour. Nous avons fait fortune; c'est un trésor que nous avons trouvé, il faut le ménager

Le narrateur.
Le jeune répondit:

Le jeune renard. Je veux tout manger pendant que j'y suis, et me rassasier

pour huit jours: car pour ce qui est de revenir ici, chansons! Il n'y fera pas bon demain; le maître, pour venger la mort de ses poules, nous assommerait.

Le narrateur.
Après cette conversation, chacun prend son parti.

Le jeune mange tant qu'il meurt. Le vieux qui croit plus sage de modérer ses appétits et de vivre d'économie, veut le lendemain retourner à sa proie et est assommé par le maître.

Ainsi chaque âge a ses défauts; les jeunes gens sont fougueux et insatiables; les vieux incorrigibles dans leur avarice.

IV.

L'ABEILLE ET LA MOUCHE.

PERSONNAGES.

Le narrateur.
L'abeille.
La mouche.

Le narrateur. Un jour, une abeille aperçut une mouche auprès de sa ruche.

L'abeille.
Que viens-tu faire ici?

Le narrateur.
lui dit-elle d'un ton furieux.

L'abeille. Vraiment, c'est bien à toi, vil animal, à te mêler avec les reines de l'air!

La mouche.
Tu as raison,

Le narrateur.
répondit froidement la mouche:

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La mouche. on a toujours tort de s'approcher d'une nation aussi fougueuse que la vôtre.

L'abeille.
Rien n'est plus sage que nous,

Le narrateur.
dit l'abeille:

L'abeille. Nous seules avons des lois et une république bien policée; nous ne broutons que des fleurs odoriférantes; nous ne faisons que du miel délicieux, qui égale le nectar. Ote-toi de ma présence, vilaine mouche importune, qui ne fais que bourdonner, et chercher ta vie sur le fumier.

La mouche.
Nous vivons comme nous pouvons,

Le narrateur.
répondit la mouche:

La mouche. La pauvreté n'est pas un vice; mais la colère en est un grand. Vous faites du miel qui est doux, mais votre cæur est toujours amer; vous êtes sages dans vos lois, mais emportées dans votre conduite. Il vaut mieux avoir des qualités moins éclatantes, avec plus de modération.

V.

LA PATIENCE ET L'ÉDUCATION

CORRIGENT

BIEN DES DÉFAUTS.

PERSONNAGES.

Le narrateur.
L'ourse.
La corneille.

Le narrateur. Une ourse avait un petit ours qui venait de naitre. Il était horriblement laid. On ne reconnaissait en lui aucune figure d'animal: c'était une masse informe et hideuse. L'ourse, toute honteuse d'avoir un tel fils, va trouver sa voisine la corneille, qui faisait un grand bruit par son caquet sous un arbre.

L'ourse.
Que ferais-je,

Le narrateur.
lui dit-elle,

L'ourse. ma bonne commère, de ce petit monstre ? j'ai envie de l'étrangler.

La corneille.
Gardez-vous en bien,

Le narrateur.
dit la causeuse:

vous.

La corneille. j'ai vu d'autres ourses dans le même embarras que

Allez: léchez doucement votre fils; il sera bientôt joli, mignon, et propre à vous faire honneur.

Le narrateur. La mère crut facilement ce qu'on lui disait en faveur de son fils. Elle eut la patience de le lécher longtemps. Enfin il commença à devenir moins difforme, et elle alla remercier la corneille en ces termes :

L'ourse. Si vous n'eussiez modéré mon impatience, j'aurais cruellement déchiré mon fils, qui fait maintenant tout le plaisir de ma vie.

Le narrateur. Oh! que l'impatience empêche de biens, et cause de maux !

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