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Charles-Quint.
Ah! je ne supporterai pas un tel outrage!

François I. Prouvez-le donc! Vous avez une arme au côté et d'Albret me donnera la sienne; l'épée à la main, et vidons ici notre querelle, en chevaliers, avec Dieu pour juge !.... et un gentilhomme pour témoin.

Charles-Quint. Je conçois, en effet, sire, que ce parti vous conviendrait; mais la victoire me fût-elle assurée, je demanderais à Votre Majesté la permission de ne pas la priver d'une existence qui m'est aussi chère qu’utile; quant à la mienne, je la tiendrai en précieuse et digne garde pour vous prouver que, sans vous égaler en prétendu héroïsme, on peut vous surpasser en renommée. Pendant que vous resterez immobile et enchainé .... j'avancerai toujours, toujours, et ne m'arrêterai dans ma marche, que lorsque l'Europe entière m'appartiendra, à commencer par la France. Adieu! (il sort.)

SCÈNE V.
Henri, François I.

Henri.
La France, à lui!.... jamais!

François I. Tu dis vrai. S'il croit, en me tenant captif, tenir la France enchainée, s'il espère lui imposer des sacrifices pour ma rançon, il se trompe, il n'aura rien. Son prisonnier lui échappera.

Henri.
Comment !

car il

François I, se mettant à écrire.
Attends, attends.

Henri.
Sire, que voulez-vous faire ?

François 1. Henri, veille bien sur cet écrit, dérobe-le à tous les yeux. Défends - le au prix même de ton sang, faut qu'il parvienne entre les mains de ma mère, de Louise de Savoie, régente de France !

Henri.
Je vous le promets... Mais qu'est-ce donc?

François I.
Tiens! Tiens ! Je te le confie.

Henri.
Ah! Votre acte d'abdication ?

François I.
En faveur de mon fils, le Dauphin. Et maintenant,
Charles - Quint aura beau faire, le roi n'est plus à
Madrid, il est en France.

Henri.
Sire! Sire!

François 1. Non. François I n'est plus rien.... qu'un simple gentilhomme, qu'on pourra torturer peut-être, mais dont la main ne peut plus signer de traité, et qui, du fond de sa prison, peut s'écrier encore: Que Dieu sauve la France!

II.

LA LIGUE.

(L. Vitet.)

PERSONNAGES.

Le Comte de Villequier, Gouverneur de Paris.
Le Duc Henri de Guise.
La Duchesse de Montpensier, sa sœur.
d'Espignac, Gentilhomme du duc de Guise.
Le roi Henri llI.
La reine Louise de Vaudemont, sa femme.
Catherine de Médicis, reine-mère.
L'abbé ďElbenne.
Maréchal de Biron.
Colonel Alphonse d'Ornano.
Crillon, officier supérieur au service du roi.

L'action se passe à Paris, en 1588.

SCÈNE I, chez le duc de Guise.
La duchesse de Montpensier, le duc de Guise,

d'Espignac.

Guise. Monsieur d'Espignac, êtes-vous allé au Louvre ce soir?

d' Espignac. Oui, monseigneur, je m'y suis présenté; mais le roi ne recevait pas.

La duchesse.
L'entrevue de ce matin lui aura donné la migraine.

d'Espignac. Il y avait grand désordre au château. Croiriez-vous, monseigneur, qu'on n'avait pas encore allumé une seule bougie à la nuit close ?

Guise. Si c'est ma présence qui leur donne tant de souci, je ne les comprends vraiment pas. Suis-je donc un homme si dangereux ?

La duchesse. Pas tant de modestie, seigneur duc. Je vous assuré que si j'étais Henri de Valois, vous me feriez une peur horrible.

Guise. S'il a peur, ce n'est pas faute d'être bien gardé. J'ai compté hier trois cents hallebardiers pour le moins, rangés en haie dans son vestibule.

La duchesse. Oui; mais j'aurais encore mieux aimé votre cortége que le sien. (Entre le comte de Villequier.) Ah! vous voilà, monsieur de Villequier; vous venez bien tard.

Villequier. Je viens peut-être encore trop tôt, madame, car je n'apporte pas de bonnes nonvelles.

Guise.
Et quelles nouvelles ?

Villequier. Le roi, malgré mes prières, vient de donner ordre à toutes les troupes cantonnées dans les faubourgs d'entrer demain en ville à la pointe du jour.

Guise.
Et que veut-il donc faire ?

Villequier. On l'a si bien endoctriné, qu'il a dessein, quand la ville tout entière sera comme emprisonnée par ses soldats, de saisir les principaux bourgeois et de s'assurer de votre personne, monseigneur; vous devinez sans peine ce qu'il compte faire d'eux et de vous. Votre péril m'a semblé si grand, que je suis venu en toute hâte vous en avertir.

Guise. Grand merci, mon cher Villequier: mais que doisje faire, à votre avis ?

Villequier. Quand on n'est pas en état de tenir tête à l'orage, on doit, je crois, chercher les moyens de s'en mettre à l'abri; à votre place, monseigneur, je prendrais le parti de m'éloigner de la ville, ne fût-ce que de deux lieues.

La duchesse.
Y pensez-vous, Villequier, quitter la ville !

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