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Ursule.
Je crois bien que j'en jouis.

Eugénie, écrivant.
O vous qui nous faites joyeuses !

Ursule, à la vieille cousine. Vous voyez, mademoiselle Eugénie aussi en est joyeuse ....

Oh! c'est une vraie mousse ! Si la princesse Krakinoski voyait ça!

La vieille cousine, dictant.
Aujourd'hui, nous n'avons, ma mère, à souhaiter
Que ....
(A Ursule.) Du sucre râpé et de la fleur d'orange ....

Eugénie, s'arrêtant.
Comment ?.... mais ça ne rime pas....

Ursule, regardant le saladier.
Je ne sais pas si ça rime, mais ça monte joliment!

Eugénie, répétant.
Aujourd'hui, nous n'avons, ma mère, à souhaiter.

La vieille cousine, dictant.
Pour vous, que de pouvoir toujours nous rendre
heureuses,
Pour nous, que de le mériter.

Eugénie, écrivant. C'est justement ce que je pensais; mais c'est vous ma cousine, qui avez fait la strophe.

Ursule, Et l'entremets. (Prenant le saladier.) Maintenant je me charge du reste. (A Eugénie.) Ah! mademoiselle, sans votre cousine je ne serais jamais sortie de mon plat. (Elle sort par la droite.)

Eugénie, à part. Ni moi de mes vers. (A la vieille cousine.) Je ne sais comment vous remercier.

La vieille cousine. De vous avoir aidée à rimer vos sentiments ?.... Eh! ma chère enfant, l'important est de les avoir et de les prouver par ses actions.

Eugénie. Et quand je pense que je n'avais jamais entendu parler de votre talent!

La vieille cousine. Oh! je garde pour moi mes poésies de mirlitons. Par ce qu'on fait des quatrains pour les fêtes, les mariages ou les baptêmes, il ne faut pas se croire une Muse, sans quoi tous les poëtes du Fidèle berger seraient des Apollons!

Eugénie, d’un ton senti. Votre modestie, ma cousine, est une leçon pour moi, et j'en profiterai.

La vieille cousine. A la bonne heure, ma belle; mais votre mère peut arriver, hâtez-vous de terminer vos dispositions.

Eugénie.
J'y vais.

La vieille cousine.
Si madame Langlois revient, je la retiendrai.

Eugénie.
Merci. Ah! chère cousine, sans votre arrivée nous

en serions jamais tirées! (Elle sort par la droite.)

ne nous

SCENE XIII.

La vieille cousine, seule. Allons, voilà une nouvelle amie que je me suis faite.... Maintenant j'ai des intelligences dans la place

mais il reste encore à gagner le commandant . Précisément, le voici !

SCENE XIV.
Mme Langlois, entrant par le fond, La vicille cousine.

Mme Langlois.
Je viens de tout régler pour vous au bureau.

La vieille cousine. Mille grâces! mon excellente madame Langlois; mais nous avons nous-mêmes à régler quelque chose.

Mme Langlois.
Quoi donc ?

La vieille cousine. Commençons par nous asseoir et causons. (Elle sasseoit à droite.)

Mme Langlois, prenant un siège.
Volontiers.

La vieille cousine. Vous avez été bien surprise, n'est-ce pas, quand une lettre vous a annoncé que j'arrivais.

Mme Langlois.
J'avoue que je ne m'attendais pas au plaisir....

La vieille cousine. De recevoir une vieille cousine que vous connaissiez pas, ou plutôt que vous connaissiez trop! car depuis quinze années vous avez dû voir assez souvent le nom de Duroc sur des papiers timbrés !

Mme Langlois. Monsieur votre frère ne a point, en effet, épargné les procès.

La vieille cousine. Et le pire, c'est qu'il les a gagnés; de sorte que le plus clair des biens que vous avez en Bretagne est devenu sa propriété.

Mme Langlois.
Et se trouve aujourd'hui la vôtre!

ne

nous

La vieille cousine. Naturellement; j'en ai trouvé tous les titres dans sa succession. (Elle tire des papiers de sa poche.) Et les voici je vous les apporte.

Mme Langlois, un peu sèchement. Je ne vois pas quel intérêt peuvent avoir pour moi, des papiers qui m'ont dépouillée d'une partie de ce que je possédais.

La vieille cousine. Pardon; mais, en les examinant, j'en ai trouvé un perdu, oublié.... un vieil acte que mon frère ne connaissait point sans doute et qui prouve votre bon droit.

Mme Langlois.
Que dites-vous? se peut-il?

La vieille cousine, présentant un papier.
Lisez plutôt.

Mme Langlois, prenant le papier. Ah! oui voilà bien la pièce que j'ai tant cherchée, et faute de laquelle mon procès a été perdu.

La vieille cousine.
Heureusement qu'elle est retrouvée.

Mme Langlois. Hélas ! c'est trop tard, mademoiselle, la décision des juges est irrévocable.

La vieille cousine.
Vous croyez?

Mme Langlois.
Le procès a été jugé en dernier ressort.

La vieille cousine. Je pense que vous vous trompez, ma chère madame Langlois.

Mme Langlois.
Hélas ! je ne suis que trop certaine ....

La vieille cousine. Et moi je vous dis que quand une injustice a été commise, entre honnêtes gens, il reste toujours un tribunal qui peut casser les arrêts.

Mme Langlois.
Lequel ?

La vieille cousine. La conscience, madame Langlois! (Elle se lève; madame Langlois l'imite.) C'est elle qui m'a dit qu'il fallait venir vous apporter cette preuve, et que si les autres ne pouvaient rien au jugement qui vous avait dépouillé de vos biens, c'était à moi de le révoquer.

Mme Langlois.
Comment ?

La vieille cousine, allant vers la cheminée à gauche.

En renonçant au bénéfice d'une iniquité, en détruisant les titres qui me donnent un droit sur ce qui doit vous appartenir.

Mme Langlois. Est-ce possible ? (La vieille cousine jette les papiers dans le feu.)

Ah! que faites-vous ? La vieille cousine, prenant les pincettes pour pousser les papiers

dans la flamme.

Eh bien! vous le voyez, je fais du feu! on dit qu'il purifie tout.... j'espère qu'il emportera les mauvais souvenirs de cette vilaine affaire.

Mme Langlois, lui prenant les mains.
Ah! ma cousine, un tel désintéressement!....

La vieillle cousine. Du tout, je vous rends des biens qui vous appartiennent, et je m'assure votre amitié qui ne m'appartenait pas.... il est clair que c'est moi qui gagne au marché.

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