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à ton gré et à en payer d'avance la moitié, à peu près cent mille francs.

Albert. Très volontiers. Le seul embarras, c'est que cent louis de rente en terres ne se vendent pas du jour au lendemain, et ces cent mille francs .... tu seras obligé, mon cher ami, de me les avancer.

Maxence, avec embarras.
Une telle confiance!.... j'en suis heureux.

Albert, avec franchise. Je l'ai pensé.... car moi, à ta place.... (le regardant.) Eh! mais qu'as-tu donc? d'où vient ce trouble... ma demande serait-elle indiscrète ? Je la retire. (avec émotion.) C'est qu'il me semblait que de bonnes terres étaient des cautions suffisantes pour un camarade d'enfance.... pour un ami.... (avec indignation.) Sans compter mon honneur.. à moi!....

Mavence, vivement. Ah! n'achève pas ! plutôt te dire la vérité tout entière que de te laisser une pareille pensée.... Ces cent mille francs que tu me demandes et qu'il y a cinq ans j'aurais été heureux, non pas de 'te 'prêter, mais de 'te donner. je ne les ai pas !

Albert.
Toi!

Maxence. Silence! nul encore ne le sait! mais cette spéculation que j'entreprends avec tant d'ardeur est mon seul espoir de salut. Si je réussis, j'échappe à la ruine, à la misère!

Albert.
Tu en serais là... toi, avec ta fortune....

Maxence. J'ai tout engagé, mes terres, mes châteaux .... en secret! et ce qui me reste .... je le dois; mais jusqu'à présent, l'éclat de mon nom, la certitude de mes richesses.... ont éloigné tous les soupçons .... il est aisé, à un homme comme il faut, d'obtenir un grand crédit.

Albert.
C'est-à-dire de tromper.

Maxence. Non.... que je réussisse et tout sera payé, et je t'élèverai avec moi jusqu'à cette fortune....

Albert. A laquelle je renonce! elle coûte trop cher. Pour le moment, parlons seulement de toi! tu as donc beaucoup de créanciers ?

Maxence. Mais oui.... ce n'est pas le nombre qui m'inquiète .... les petits se taisent et attendent .... mais les grands, les riches, c'est autre chose.... un, surtout.... un homme du grand monde qui, pour une centaine de mille francs, me tient dans sa dépendance, qui peut me relever ou me perdre! Et pour me délivrer de lui, à qui m'adresser? à ma sœur? impossible! elle est mineure; et d'ailleurs, son inflexible subrogé-tuteur, M. César Desgaudets ....

Albert, vivement.
Desgaudets, dis-tu ?

Marence.
Le plus avare des millionnaires !

Albert, se fouillant.
Il me semble bien sur la carte de tout-à-l'heure....

2

Maxence. Honnête homme du reste!.... et ma sœur, que je ne pouvais garder avec moi, se trouve à merveille chez ce vieux et respectable capitaliste.

Albert, regardant la carte. C'est bien cela.... croiras-tu, mon ami, que ce matin, j'ai presque sauvé la vie à ce M. César Desgaudets.

Maxence.
En vérité!

Albert.
Et dis-moi, si je lui demandais un service....

Maxence. Il te le refuserait. Il est si ladre, si avare, qu'il n'a pas de train de maison, pas de voiture.... il va à pied.

Albert.
Je le sais bien !

Maxence. Il a, au fond de la Chausée d'Antin, un hôtel superbe qu'il laisse périr faute de réparations! Il se complait au milieu des ruines, et il y a du danger, pour les visiteurs, à franchir son escalier.

Albert. Bah! quand on a gravi les remparts de Constantine.... je me risque....

Maxence.
A tenter l'assaut?

Albert.
Oui, mon ami!

Maxence. Attends, attends .... nous irons ensemble! j'ai justement, ce matin, à parler d'affaires à M. Desgaudets ....

non pour mon compte, mais pour celui de la compagnie; et toi?

Albert.
Moi, je vais lui demander cent mille francs!

Maxence.
Cent mille francs!.... pour toi?

Albert.
Non, pour un ami!

Maxence.
Comment?

Albert, lui tendant la main.
Ne le devines-tu pas ?

Maxence, la lui serrant.
Ah! Albert!

Albert.
Viens ....

Maxence. Quoi! tu aurais l'audace d'affronter, pour moi, ce cœur dur, cet Arabe!

Albert, riant. Les Arabes!.... j'y suis fait, tu le sais bien! Ce sera une razzia! Viens! viens! te dis-je! (II l'entraine.)

III.

LES FEMMES DU MONDE.

(Cormon, E. Grangé et G. de Montheau.)

PERSONNAGES.

Madame de Saint-Prix, grande dame, faisant de la peinture par

vanité.
Madame de Lucenay, élégante.
Madame de Lestrelle, dame patronesse.
Blondeau, journaliste.
Ropiquet, professeur de philosophie. protecteur de
Gustave Didier, jeune peintre.
Joseph, domestique de Madame de Saint-Prix.

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