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COMPLÈTES

DE JACQUES-HENRI-BERNARDIN

DE

SAINT-PIERRE,

MISES EN ORDRE ET PRÉCÉDÉES DE LA VIE DE L'AUTEUR,

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A PARIS,
CHEZ MÉQUIGNON-MARVIS, LIBRAIRE,

RUE DE L'ÉCOLE DE MÉDECINE, NO 3.

M. DCCC. XX.

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Si j'ose dire ce que je pense , c'est aux plantes, et sur-tout à leurs racines , qui leur fournissent des fils, des cordes, des arcs, que les Sauvages doivent les premiers modèles des spirales de leurs meubles, et de leur écriture hiéroglyphique. Je suis d'autant plus porté à adopter cette opinion, que les Chinois, le peuple le plus ancien de la terre, y ont puisé leur premier alphabet. Suivant Kircher, c'est des formes des racines, auxquelles ils attribuent les plus grandes vertus des plan

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tes, qu'ils ont composé les premières lettres qui servirent à l'écriture vulgaire et à faire des livres. Ils y joignirent ensuite d'autres alphabets, formés d'étoiles, d'ailes d'oiseaux, de tortues , de coquillages, de vermisseaux, de reptiles, de poissons, suivant les sujets qu'ils voulaient traiter. Ils groupaient plusieurs de ces animaux pour exprimer le ca· ractère d'un objet. Par exemple, voulaientils offrir l'image de la rapidité d'un fleuve qui se précipite comme un torrent , ils représentaient plusieurs poissons qui nageaient dans différents sens. Le cours ordinaire d'un fleuve était rendu par un seul poisson nagcant dans une seule direction. Une agrégation d'animaux forma un caractère , désigné aujourd'hui par des points ou par de simples traits. C'est, suivant Kircher, seule différence qui existe entre leurs caractères anciens et leurs caractères modernes : ainsi, une lettre est chez eux une pensée. Ils eurent, dans l'origine, seize alphabets, qui n'en composent plus qu'un seul aujourd'hui; mais celui de la végétation est le plus ancien et le fondement de tous les autres.

C'est à la forme des racines des plantes qu'il faut attribuer, à mon avis, ces grands traits déliés, roulés et enchevêtrés qu'on trouve dans leur écriture et dans celle des autres peuples de l'Orient, qui adoptèrent sans doute les mêmes modèles. Nous retrouverions, peut-être, ces caractères radicaux dans nos lettres romaines ; car les trois jambes de l’M , les deux perpendiculaires de i’N, les deux inclinées de l’A, les deux renversées du V, de l’X, le Z, etc., ressemblent aux racines végétales de l'alphabet chinois. Les lettres E, F, I, L, Y, représentent peutêtre des tiges d'arbres , les unes toutes nues, les autres avec des branches, d'autres avec des racines , d'autres avec des branches et des racines. Notre T sur-tout est une abréviation du fameux Tau des Égyptiens. Ilimite, comme lui, le tronc d'un arbre avec ses branches horizontales, désigné ainsi dans les caractères de la Chine t. Cette forme de croix qui, suivant nos voyageurs les plus éclairés, représente un arbre dans l'écriture chinoise, a fait imaginer bien des commentaires à quelques missionnaires, qui ont cru y voir

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