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plausible l'histoire birmane, à partir de la fin du ivo siècle jusqu'à nos jours; mais cette histoire, comme on le peut penser, n'est pas beaucoup plus intéressante que celle des autres pays hindous. M. Chr. Lassen a d'ailleurs réuni soigneusement tont ce que l'on sait sur les constitutions, si le mot n'est pas trop ambitieux, de Siam, de Laos, de Camboge, de la Cochinchine, du Tonkin et du Birman'. Le peuple birman, qui est très-zélé pour la religion bouddhique, en a tiré ce grand avantage que l'instruction primaire est fort répandue dans le pays, et qu'il n'y a guère d'enfants à qui les prêtres n'enseignent tout au moins à lire et à écrire.

Quant à l'archipel indien, on a pour Java d'assez nombreuses et d'assez utiles inscriptions ?. Elles prouvent que, dans cette île, qui a reçu toute sa civilisation de l'Inde, le bouddhisme florissait pendant le vno siècle, sans que la religion brahmanique eût disparu ou fût supprimée. A cette époque, un des rois les plus puissants de Java se nommait Adityadharma, et il avait étendu sa domination jusqu'à Sumatra, qui lui était soumise. Mais Jaya n'était guère moins divisée et troublée que l'Inde elle-même, et le peu qu'on sait de son histoire atteste, comme pour Ceylan, de longues guerres intestines entre les petits souverains qui se disputent le pouvoir

. Vers la fin du xmo siècle, l'île entière est réunie sous la main d'un prince plus habile et plus guerrier que les autres, nommé Outtoungadéva. Mais, après son règne, qui semble avoir duré vingt ans (de 1290 à 1310), l'anarchie recommence. Puis, vers le milieu du XV° siècle, l'unité est rétablie par un roi nommé Ankavidjaya , qui, non-seulement fait la conquête de Java entière, mais qui porte ses armes victorieuses sur toutes les îles qui l'entourent, et se rend maître de presque tout l'archipel indien. C'est sous le règne de ce prince que l'islamisme commença à s'introduire à Jaya ; mais il fallut plus de cent ans encore à la religion nouvelle pour devenir dominante, et ce ne fut qu'en 1478 qu'une dynastie musulmane remplaça les dynas

M. Chr. Lassen, Indische Alterthumskunde , t. IV, p. 425 à 459. C'est surtout à la constitution de Siam et à celle du Birman que l'auteur s'est arrêté; on retrouve dans l'une et dans l'autre bien des traces de l'organisation, ou, si l'on veut, de l'anarchie indienne. — Ces inscriptions sont, en général, écrites en caractères kavis; mais elles sont en sanscrit. La plus ancienne remonte à l'an 656 (l'an 578 de l'ère javanaise, qui est celle de Çalivahana). Elles ont été publiées et interprétées par M. R. H. 'Th. Friederich , dans les Mémoires de la Société de Batavia, t. XXVI. M. Chr. Lassen a rectifié quelques-unes des explications qui avaient été données. Il faut consulter aussi l'Histoire de Java, par Thomas Standford Raffles. (Indische Alterthumskunde, t. IV, p. 462 et suiv.)

ties indigènes, qui avaient résidé si longtemps à Madjapahit, leur capitale *. M. Chr. Lassen termine ce qui concerne l'archipel indien par des observations sur la religion de Java, qui était presque toute védique; sur le système des castes, qui a subsisté jusqu'aujourd'hui; sur la littérature kavie, qui est en grande partie, comme la langue elle-même, une imitation indienne*. Je ne suivrai pas l'auteur dans ces détails, quelque curieux qu'ils soient. Ils achèvent l'histoire ancienne de l'Inde, telle que M. Chr. Lassen l'a comprise, et il ne me reste plus qu'à présenter quelques réflexions générales sur l'ensemble des faits qui viennent de se dérouler sous nos yeux. Ce sera l'objet d'un dernier article, en attendant le complément de l'ouvrage, qui sans doute ne tardera pas.

BARTHÉLEMY SAINT-HILAIRE.

(La suite à un prochain cahier.)

LE DUC ET cONNÉTABLE DE LUYNEs.
sIxIÈME ARTICLE*.

Si la confiance de Marie de Médicis était extrême et allait jusqu'à l'aveuglement, il faut avouer qu'en effet toutes les chances de succès semblaient en sa faveur. Elle s'était préparée de longue main à la guerre, et elle ne manquait ni d'armes ni d'argent; elle avait beaucoup reçu du roi, et elle avait fait à Paris des emprunts considérables; la comtesse de Soissons passait pour lui avoir prêté deux cent mille écus, et, sans parler de ce qu'elle pouvait tirer du grand-duc de Toscane, du duc de Lorraine et du duc de Savoie, ses secrets alliés, Mayenne tenait à sa disposition ce qu'il avait pris dans les caisses publiques sous le prétexte de payer les garnisons des places de Guyenne*. Comme nous l'a

" M. Chr. Lassen, Indische Alterthumskunde, t. IV, p. 5o6. — * Id. ibid. 517. M. Chr. Lassen a surtout insisté sur le régime des castes à Java et à Bali. — * Voyez, pour les cinq premiers articles, le Journal des Savants, cahiers de mai, juin, juillet, septembre et octobre. — * Bentivoglio, 15 juillet : « Dalla parte della « regina si fanno tutte le provisioni necessarie alla guerra, e s'intende ancora che

vons vu, et quoi qu'en dît le prince de Condé, tout le parti protestant, nombreux et hardi, répandu d'un bout de la France à l'autre, et maître de plus de cent places fortes, était prêt à se lever sur la foi des promesses de la reine mère, et dans l'espoir que sa reconnaissance ou sa faiblesse lui laisserait faire un nouveau pas vers l'accomplissement du fameux plan de 1611?. Le duc de Rohan, si puissant dans le Poitou, dont il était gouverneur, dans l'Aunis, où il possédait Saint-Jean-d'Angély, dans une grande partie du midi, à Nîmes, à Castres, à Montauban, était presque ouvertement déclaré. La Force et ses enfants, qui avaient encore entre les mains le Béarn, poussés à toutes les témérités par la peur de perdre leur vieil ascendant, n'attendaient que le signal; et, du haut de la forteresse de Sedan, le vieux duc de Bouillon, avec ses deux fils déjà dignes de lui et formés à son école, tout en se ménageant avec la cour, selon son usage, et sans prendre part à l'entreprise, la favorisait de tous ses vœux, bien résolu à la seconder, si elle réussissait, et à se joindre aux victorieux. D'autre part, la conspiration des grands seigneurs catholiques, formée et entretenue avec soin par le duc de Savoie et par Victor-Amédée, donnait à Marie de Médicis plus de la moitié de la France, une suite continue de places et de provinces liées

«ella sia provista assai bene di denari, scoprendosi che n'abbia avute di buone « sommie in prestito da diversi qui in Parigi, oltre a duecento mila scudi che si tien a per fermo che la contessa di Soesson le abbia prestati. Questi del re non stanno a senza sospetto che il gran duca non gliene abbia somministrati. , Ambassadeur vénitien, 9 juin : a Blenville gli porta trenta mila scudi in contante, et al tesoriere « della regina che stà qui fu data un' assegnatione di duecento mila franchi. Questi «sono quanti denari che ha hayuti la regina madre doppo l'accordato, e si va qui « molto ritenuto in dargli denari perche si dubita che possa impiegarli in dar qual« che disturbo; ma con tutto ciò dicesi che alla regina non manchino denari perche « si fa conto che le siano stati mandati da Parigi da trecento mila scudi levali sotto * nome di diversi particolari interessati seco, con Umena e con monsů d'Epernone; «e per questo rispetto s'è fatto l'altro giorno un comandamento a tutti i notari « di questa cillà che non debbono far più nessun istromenlo all' avvenire per esįraa here denari fuori di Parigi che passi la somma di dieci mila franchi, e mentre la « somma fosse più alta debbono, prima di stipular la scrittura, notificarla al luogo« tenente civile quale poi tiene ordine di andarsene subito a dar conto al consiglio. Ma questa provisione manco gioverà perche restano modi a mille inganni, oltre

che a si è scoperto che la regina ha strettissime intelligenze col duca di Lorena e di Sau voia..... Il duca di Umena li sumministrarà denari anche egli, il quale ha trat« tenute le ricette del re che si cavano dalla Ghienna sotto preleslo di pagar presidii « nelle sue piazze. .... La regina madre ha compro armature per due mille uomini, « dicesi per servitio delle sue piazze; ma ciò viene qui interpretato in altro senso e « molto geloso. Cinquième article, octobre, p. 631, note 2. - * Troisième article, juillet, p. 443, et quatrième article, septembre, p. 522.

entre elles et s'appuyant les unes sur les autres pendant deux cents lieues, depuis les extrémités de la Normandie jusqu'au delà de la Garonne. Le duc de Longueville, gendre de la comtesse de Soissons, disposait de la Normandie tout entière ou par lui-même ou par les siens. Rouen, capitale de la province, à trente lieues de celle du royaume, la menaçait, tandis que, par un autre côté, le duc agitait la Picardie, son ancien gouvernement, où il avait bien des créatures. Il avoisinait ainsi à la fois Dreux et la Ferté-Bernard, qui appartenaient au comte de Soissons, et Alençon, qui appartenait à la reine mère.Alençon mène droit au Mans, où dominait le maréchal de Bois-Dauphin, engagé dans la conspiration, et le Maine confine à l'Anjou. Là, Marie de Médicis était établie en souveraine; elle y possédait, avec la ville et le château fort d'Angers, la petite ville de Chinon, qui garde la route d'Orléans, et les Ponts-de-Cé qui couvrent Angers et désendent le passage de la Loire.Aux alentours, Loches était au duc d'Épernon, et le Vendômois au duc de Vendôme. Le duc de Rohan, le duc de laTrémouille, le duc de Rouannès donnaient ensemble la loi dans le Poitou, qui touche à l'Aunis; et l'Aunis, le Poitou et l'Anjou faisaient corps en quelque sorte avec la Saintonge et l'Angoumois du fidèle et habile duc d'Épernon, adossé à la Guyenne et au duc de Mayenne. Celui-ci venait d'être rejoint par un nouveau mécontent, le maréchal de Roquelaure; il comptait bien sur le concours du gouverneur de Fronsac, François d'Orléans, comte de Saint-Paul et duc de Fronsac, oncle du duc de Longueville, et sur celui du gouverneur de Blaye, le marquis d'Aubeterre. Bordeaux était le centre d'un puissant gouvernement, avec un parlement renommé, et avec le château Trompette, l'arsenal de la province, rempli de canons, de poudre et de munitions de toute espèce. Si la Guyenne avait devant elle, comme un rempart bien difficile à forcer, la Saintonge, l'Angoumois, l'Aunis, le Poitou et l'Anjou, elle donnait aussi la main, par Montauban et Agen, au Languedoc, dont le gouverneur était ce brave et infortuné duc Henri de Montmorency, l'héritier et le dernier représentant des deux grands connétables, digne d'eux par ses talents militaires, cœur intrépide et généreux, mais faible esprit, que poussaient incessamment du côté de la reine mère les conseils passionnés de sa femme, fille de Virginio Orsini, le cousin de Marie de Médicis : influence fatale, qui plus tard perdra Montmorency, et égarera le vainqueur de Veillane jusqu'à le faire entrer dans un complot déplorable contre son pays et contre son roi, avec la reine mère, le duc d'Orléans et l'Espagne, et l'enverra suivre Chalais et précéder Cinq-Mars sur les échafauds de Richelieu. En même temps que Mayenne espérait attirer à luil'incertain

gouverneur du Languedoc, il communiquait par Bergerac avec La Force, qui lui offrait une arrière-garde assurée. Ajoutez qu'en dehors de la ligne que nous venons de tracer, et sur d'autres points de la France, la conspiration comptait d'utiles auxiliaires. A Belle-Isle, en Bretagne, le duc de Retz était prêt à appuyer le mouvement de l'Anjou et du Poitou, et il avait promis de conduire lui-même à Angers un petit corps de quinze cents hommes. A Metz, l'un des fils du duc d'Épernon , Bernard, marquis, depuis duc de La Valette, qui commandait au nom de son père, maître de la forteresse, dominait la ville et pouvait tenter une sérieuse diversion en Champagne, surtout lorsque Barbin, qui, grâce aux sollicitations ardentes de la reine, était sorti de prison et s'était empressé de mettre sa capacité, son courage et son activité au service de sa bienfaitrice, aurait envoyé à La Valette les renforts de troupes qu'il lui préparait en Allemagne et dans le pays de Liége, cette pépinière d'excellents soldats. Enfin le duc de Savoie-Nemours, le correspondant et le principal complice de Victor-Amédée , faisait faire des levées dans le Génevois 1.

C'était assurément là une ligue habilement et profondément conçue, et bien autrement redoutable qu'aucune de celles que, depuis la mort de Henri IV, avant et pendant le maréchal d'Ancre, les protestants et les grands eussent jamais formée pour abaisser et soumettre la couronne;

Pour ce fidèle relevé des forces du parti de la reine mère, voyez, entre autres témoignages authentiques, le Mercure françois, 1620, p. 273 et 274, et les exacts mémoires de Pontchartrain, déjà plusieurs fois cités, p. 308 et suiv. Nous nous bornons à donner ici ce passage de l'ambassadeur vénitien, sans doule fort incomplet, mais précieux, parce qu'il est d'une main étrangère et impartiale, et représente l'opinion des meilleurs juges. Dépêche du 7 juillet : « Veramente tutto il fiore de' capitani e a de' signori stà adesso a devotione della regina madre. Presso di lei e del suo par« tito vi sono sette prencipi, Soissone, Nemur, Vendomo, il cavaliere suo fratello

gran priore di Francia, Umena, Longavilla, San-Paolo. Dei duchi sono Momorensi, « Epernone, Rohan, Roannes , Tramoglie, Retz, Sugli, e si crede anco Buglione « coopertamente, tanto più che hora si trova egli grandemente piccato e offeso perche a a Brante, fratello di Louines, sia stata data madama di Lusemburg in moglie, che « a punto ieri si fece questo sposalitio, la quale ere promessa ad un figliuolo di detto • Buglione fin nel tempo del fù re e ne tiene promessa scritta e sottoscritta di mano

di Henrico quarto, la quale scrittura pare sia stata mostrata qui dall' agente di Bu«glione come ad arte per far palese il torto che gli è stato fatto; aggiugnesi a ciò che a si tratto molto alle strette di maritar una figliuola di Buglione nel marchese della « Valetta (projet de mariage qui ne s'exécuta pas), segno che vi è buona intelligenza « con Epernone. Ha medesimamente la regina dalla sua il marescial di Boidofin, bra« vosissimo e valorosissimo. Ha monsù di Villars, governatore di Hayre di Grace, « fratello uterino del duca di Umena, Ha il marchese d'Obterre, governatore di Blaia, « piazza considerabile, elc. etc. >

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