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Luynes avait vu de bonne heure qu'il n'y avait pas de sérieux obstacle entre un tel personnage et lui, et qu'il pouvait acquérir l'illustre épée en y mettant le prix. ll avait gagné le cœur du vieux guerrier en remplaçant le blâme, au moins officiel, que Richelieu avait jeté sur sa conduite de 16 17, par une approbation déclarée. Lesdiguières n'avait encore qu'un brevet de duc et pair; Luynes lui en fit accorder le plein et entier effet, et la lettre royale venait d'être enregistrée avec éclat au parlement. C'est pour sa réception de duc et pair que Lesdiguières était alors à Paris. Son gendre Créqui, le futur maréchal, duc, ambassadeur de France à Rome, avait été justement et habilement compris dans la récente promotion des chevaliers de l'ordre, et déjà se négociait le mariage qui s'accomplit quelques mois plus tard, en mai 162o, entre une des nièces de Luynes, Anne du Roure, mademoiselle de Combalet, et l'un des fils de ce même Créqui, le comte de Canaples. Enfin, pour enlever tout à sait aux protestants un protecteur tel que Lesdiguières, Luynes lui fit offrir de rétablir pour lui le titre et les fonctions de connétable de France, s'il voulait se faire catholique. Ce n'est pas que déjà peut-être, comme on l'en accusait, Luynes, poussé par ses instincts ambitieux et, dit-on, aussi par Condé !, ne songeât pour luimême à cette charge éminente, mais il eut le bon sens de comprendre alors qu'il n'avait pas assez fait pour y prétendre, que c'était un assez grand pas de la faire rétablir, que Lesdiguières était vieux, et qu'il valait mieux lui succéder un jour que de lui donner le mortel déplaisir de voir un autre passer avant lui. La proposition fut donc faite au vieux maréchal; mais, soit que sa conversion ne fût pas † mûre et que le respect humain le retînt devant l'assemblée de Loudun, ou qu'il ne jugeât pas la proposition sérieuse, Lesdiguières la déclina, disant en riant qu'il ne se ferait catholique que pour être pape*.

« questo matrimonio si è contratto con la dispensa della Santità di nostro Signore « concessa per un breve speciale. .. .. Si fà dunque giudizio che. .. .. la dispensa « di S. S. sarà stata concessa per qualche considerazione particolare. » — " Benti« voglio, dépêche du 4 décembre 1619 : « S'è parlato assai e creduto che Louines « fosse contestabile, e Condé parimente, che fà ora del suo scorporato, gli ha « messa in testa questa ambizione quanto ha potuto. Ma io ho inteso da buona « parte che egli non si vuol metter a nuovi colpi d'invidia, e farà bene, perche po« trebbe temerne l'ultima sua rovina. Quest è il primo uffizio della corona, che « comanda agli eserciti, e che non puo esser levato senon colla vita. ... . D * Bentivoglio et l'ambassadeur vénitien s'accordent pour affirmer que la charge de connétable fut offerte alors à Lesdiguières. Bentivoglio, dépêche du 12 février 162o : « Prima che il marescial di Dighieres venisse alla corte si parlô assai che « egli venisse per farsi cattolico e per esser poi dichiarato gran contestabile, et in

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On conçoit quel fut dans la commission le poids de l'opinion de Lesdiguières et l'influence qu'exerça Luynes sur l'esprit naturellement modéré du vieux maréchal. On examina avec équité et sagesse les diverses demandes de l'assemblée de Loudun, et sur celles auxquelles elle s'était réduite on en choisit trois qui furent immédiatement accordées : 1° la prolongation pour trois années encore des places de sûreté entre les mains des protestants; prolongation, déjà plus d'une fois renouvelée, et qui semblait rendre définitif un état purement provisoire et qui jamais n'avait été donné que comme tel*; 2° l'entrée de deux nouveaux conseillers protestants dans le parlement de Paris pour fortifier et compléter la chambre dite de l'Édit parce qu'elle avait été instituée par l'édit de Nantes; 3° le gouvernement de Lectoure, place importante du midi, ôté au comte de Fontrailles, qui s'était fait catholique, et donné à un pro

« effetto io ho inteso da parte sicura che di ciò fu introdotta pratica con lui al suo « arrivo. Ma egli in somma ha voluto procedere da buon ugonotto. » Ambassadeur vénitien, dépêche du 18 février : « Fra le negoziationi che qui sono state tenute di « far disciogliere l'assemblea di Lodun, d'invitare la regina madre di venir in « Parigi, e di far partir consolato con belle parole l'ambasciator dell' Imperatore, « non s'è omesso già dal signor di Louines di gettar buoni fondamenti per riuscire « un giorno contestabile, dignità la maggiore che sia in Francia, sospirata da « maggiori prencipi e che vien accompagnata da altrettanta autorità quanto isquisita « sopra l' ordinario deva essere la virtù di colui che la pretende.. ... Era anche « andato per mente al prencipe di Condé e a Louines che per addimesticare la « dignità di contestabile in Francia, et acciò non paresse cosa nuova........ « essersi fatta rissorgere l'introduzione di carica tale, che fosse stato bene crear « contestabile il marescial Dighieres, il quale vecchio assai poco tempo l'havrebbe « goduta, et il luogo ben presto poi sarebbe stato vacuo per Louines. .. , ma « finhora dissegni tali sono andati fallaci perche Dighieres ha detto ridendo a chi di « ciô gli n'ha parlato, che non si farebbe cattolico per manco che per essere papa. » —" L'édit de Nantes, ni dans ses articles généraux, ni dans ses articles particuliers, ne parle point de places de sûreté; c'est le premier brevet annexé à l'édit qui porte : « Sa Majesté, outre ce qui est contenu en l'édit ... leur a accordé et permis que « toutes les places, villes et châteaux qu'ils tenoient jusqu'à la fin du mois d'août « dernier, èsquelles y aura garnison, demeureront en leur garde, sous l'autorité et « obéissance de Sadite Majesté, par l'espace de huit ans. .. Et ce terme de huit an« nées expiré, combien que Sa Majesté soit quitte de sa promesse pour le regard « desdites villes, et eux obligés de les lui remettre, § elle leur a encore ac« cordé et promis que, si ès-dites villes elle continue après ledit'temps d'y tenir « garnison ou y laisser un gouverneur pour commander, elle n'en dépossédera point « celui qui s'en trouvera pourvu pour y en mettre un autre. » C'était là évidemment une mesure transitoire, et, après vingt années, il eût été bien temps, si les circonslances l'eussent permis, de rendre à la.puissance publique des places de guerre dont il y en avait cent, l'historien de l'Edit de Nantes le reconnaît, qui « étoient • capables d'attendre une armée. »

testant. Lesdiguières et Châtillon trouvèrent que ces trois points, fort difficiles à faire accepter aux catholiques et au parlement, devaient suffire à l'assemblée; de leur côté, Condé et Luynes déclarèrent, au nom du roi, que l'exécution aurait lieu dans l'espace de six mois. D'un commun accord, on avait écarté l'article auquel l'assemblée tenait le plus après la prolongation des places de sûreté, celui qui demandait de retirer l'édit royal pour la restitution des biens ecclésiastiques en Béarn, le roi ayant montré, à cet égard, une volonté inflexible; seulement, il avait été dit qu'on ne procéderait à l'exécution de cet édit qu'un mois après l'entier accomplissement des trois points précités, et même qu'avant de rien innover en Béarn le roi voudrait bien entendre encore les représentations des protestants du pays. L'assemblée de Ioudun, en secret excitée, ne se montra point satisfaite : elle demanda, en outre, que, si, les six mois écoulés, les trois points accordés n'étaient pas exécutés, elle eût le droit de se réunir de nouveau, sans avoir besoin d'en obtenir la permission du roi. Pour en finir, Condé et Luynes eurent la faiblesse de le promettre; très grande faute, comme l'avenir le fera voir; car d'abord, on ne devait pas admettre un seul moment que le roi pût manquer à l'engagement contracté; ensuite, on devait prévoir qu'on pouvait toujours élever des difficultés sur l'exécution plus ou moins parfaite des points stipulés, qu'ainsi l'assemblée de Loudun avait là sous la main un suffisant prétexte pour se con voquer elle-même, se réunir où il lui plairait, à la Rochelle peut-être, comme déjà elle y avait songé, et de là, si les circonstances lui étaient favorables, en appeler à la raison dernière des peuples et des rois. Pour descendre à une promesse semblable, il fallait que Luynes vît bien avancées, comme elles l'étaient en effet, les menées de la reine mère, et qu'il voulût, en ce moment, éviter à tout prix une rupture avec les protestants. C'était là une véritable victoire pour l'assemblée de Loudun; elle voulut l'assurer et l'achever. Les chefs du parti, sachant encore mieux ue Luynes où en étaient leurs affaires, et la reine mère bien près d'éclater, poussaient tout à l'extrême pour amener une crise générale, où ils espéraient trouver leur compte, l'abaissement de la royauté et la ruine de son défenseur. Ils ne se tinrent donc pas pour battus par l'accord conclu à Paris; ils agitèrent de nouveau l'assemblée, qui ne s'était pas encore dissoute, et lui soufflèrent une prétention nouvelle, où perçaient leurs desseins. L'assemblée se plaignit qu'on ne lui eût fait qu'une promesse verbale, et elle réclama un écrit, un brevet, comme on disait, où il fût expressément reconnu que, si les trois ar

ticles convenus n'étaient point exécutés, elle était autorisée à se réunir,
sans convocation royale, pour délibérer sur l'inexécution de ces trois
articles. C'était demander à la royauté de s'avilir aux yeux des peuples
en donnant des gages contre elle-même. Luynes, qui s'était montré si
patient, se révolta : il déclara qu'il avait bien promis, au cas que les
trois articles ne fussent pas encore exécutés, d'agir de tout son pouvoir
auprès du roi pour faire obtenir à l'assemblée la permission de se réu-
nir, mais qu'il n'entendait pas engager le roi, qu'il n'engageait que lui,
qu'il ne donnerait rien d'écrit, et que sa parole valait brevet 1. L'assem-
blée ne se rendit pas, et elle refusa de se séparer, jusqu'à ce que Du
Plessis Mornay, sur l'invitation du roi, que lui porta le duc de Montba-

beau-père de Luynes, intervînt dans ce déplorable débat, et invitât
l'assemblée à s'en reposer sur la parole de ceux qui représentaient l'au-
torité royale. Il fallut même que Louis XIII, indigné et poussé à bout,
montât à cheval et s'avançât jusqu'à Orléans ?. L'assemblée céda enfin,
elle présenta ses candidats à la députation, parmi lesquels le roi en choisit
deux, le vicomte de Favas, et Chalas, avocat de Nîmes; puis elle se
sépara, le 26 mars 1620, emportant dans son cæur un confus amas
de prétentions aveugles, de colères fanatiques, d'ambitions trompées
mais non pas vaincues.

V. COUSIN.
(La suite à un prochain cahier.)

zon,

· Mercure françois, 1620. Sur la réiterative demande d'avoir par écrit la per-
« mission de se pouvoir rassembler dans six mois en cas de l'inexécution des trois
« articles promis, M. de Luynes leur dit qu'il ne leur en seroit rien donné par écrit,
« mais leur promit de moyenner de tout son pouvoir envers Sa Majesté la dite
« permission au cas que les choses promises ne fussent exécutées. » Un peu plus
tard, comme nous le verrons, Du Plessis Mornay, rappelant au duc de Montbazon
la commission qu'il en avait reçue, prête ce mot à Luynes : « A quoi adjoustoit
« M. le duc de Luynes que, puisque sa parole y estoit intervenue, il la feroit valoir
brevet. Voilà ses propres termes. » (Ibid. p. 443.) – Bassompierre, ibid.

TABLE.

Révolte de Stenka Razine, par M. Kostomarof. (Article de M. Mérimée.).
Précis de l'histoire de l'astronomie chinoise. (3•'article de M. Biot.)....
Le duc et congétable de Luynes. (38 article de M. Cousin.)....

Pagas.
389
420
437

PIN DE LA TABLE.

DES SAVANTS.

AOÛT 1861.

INDIscHE ALTERTHUMsKUNDE, l'Archéologie indienne, par M. Christian Lassen, professeur ordinaire de langue et de littérature sanscrite à l'université royale de Bonn, 1" vol. 1847; 2° vol. 1849-1852 ; 3° vol. 1858; première moitié du 4° vol. 1861 ; en allemand, grand in-8°. — Bonn, Londres et Leipsick ".

PREMIER ARTICLE,

En entreprenant d'écrire l'histoire ancienne de l'Inde, M. Christian Lassen s'est donné une des tâches les plus ardues et les plus utiles que l'érudition ait à se proposer. Voilà vingt ans passés qu'il y travaille avec un zèle que les années ne ralentissent en rien. Son premier volume paraissait en 1847, et le commencement du quatrième a paru tout récemment. L'œuvre approche certainement de son terme, sans que l'on puisse encore assigner l'époque où elle sera terminée. Mais nous ne voulons pas attendre davantage pour en rendre compte, et ce qui est publié est bien assez considérable et assez digne d'estime pour mériter un examen spécial et approfondi. Nous espérons que M. Cbristian Lassen remplira toute la carrière qu'il s'est prescrite; mais son travail, dût-il même rester au point où il en est parvenu, n'en subsisterait pas

" Le premier volume se compose de 862 pages, plus un appendice de CvIII pages et une courte préface; le second se compose de 1 182 pages, plus un appendice de LII pages; le troisième se compose de 1 199 pages; enfin, la première moitié du h" volume en a 528.

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