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posés par des religieux indiens; et l'inspection seule de ces caractères montre quelle variété la langue chinoise pouvait offrir à la transcription. Mais cette richesse même était un danger, ainsi qu'on l'a vu plus haut; et cette facilité du choix m'a fait qu'embarrasser, loin de servir. Du reste, les cinq alphabets régulièrement classés doivent paraître très-clairs, comparativement aux dix autres qui, bien que revêtus aussi d'une sorte d'autorité officielle, n'en présentent pas moins la plus déplorable consusion. Les différentes classes de lettres en sanscrit n'y sont plus séparées, et il est impossible de se rendre aucun compte de la succession de ces articulations, qui n'ont plus entre elles la moindre analogie. Dans ces dix alphabets, il n'y a que quarante-deux signes au lieu de quarante-sept lettres qui composent l'alphabet indien; on y a omis le plus grand nombre des voyelles et des diphthongues; tantôt il n'y a qu'un signe pour plusieurs lettres; tantôt, et à l'inverse, une seule lettre a plusieurs signes correspondants. Cet arrangement, qui se répète dans la plupart des alphabets du syllabaire !, paraît assez ancien, tout inexplicable qu'il est, puisqu'il se trouve déjà dans le dictionnaire de Fa-yun au xII° siècle. Le compilateur a eu beau prendre le soin, à la suite de chacun des quarante-deux signes, de citer un mot sanscrit, reproduit phonétiquement, et traduit exactement, la concordance qu'il donne n'en reste pas moins très-obscure : et, tout en prétendant expliquer l'alphabet sanscrit, il a omis environ la moitié des lettres, sans doute parce qu'elles n'avaient pas à son gré d'équivalent suffisant en chinois*. Quoi qu'il en soit, cet arrangement, qui ne répond à aucun de ceux que les commentateurs indiens ont imaginés pour la classification des lettres, fit fortune, à ce qu'il semble, et il se trouve répété jusqu'à neuf fois dans le syllabaire de Khien-long. Les caractères sont changés pour chaque alphabet; mais la confusion resta la même, et personne ne songea à la corriger. M. Stanislas Julien a cependant tiré grand parti de ces documents par les nombreux homophones qu'ils lui ont fournis *. Ainsi, c'est par les recueils spéciaux de concordances chinoises et

' M. Stanislas Julien (Méthode pour déchiffrer et transcrire les mots sanscrits, p. 17) a reproduit les quarante-deux signes chinois qui composent cet alphabet, et il les a fait suivre d'un commentaire qui les éclaircit un à un, en donnant l'exemple sanscrit avec la traduction chinoise. Il faut voir, par l'explication du signe 38°, quelles recherches cette concordance a exigées de M. Stanislas Julien. — * Ceci n'excuse pas le désordre de l'alphabet du Fan-i-ming-i-tsi; l'insuffisance des articulations chinoises aurait pu faire qu'on laissât sans transcription certaines lettres sanscrites ; mais elle ne justifie pas un arrangement incompréhensible. — * Méthode pour chiffrer et transcrire les noms sanscrits, etc. page 23.

sanscrites, et par les alphabets harmoniques qu'ont essayé de dresser les Chinois eux-mêmes, que M. Stanislas Julien a pénétré peu à peu sur ce terrain jusqu'alors inaccessible, et qu'il a su s'y établir en maître. Mais, outre ces ressources, qui sont les principales, il en cite encore trois autres, qu'il convient de ne pas omettre : c'est la traduction chinoise du Lotus de la bonne loi; la traduction chinoise du Lalitavistára 1, et enfin le grand dictionnaire bouddhique, Mahâvyoutpatti, en quatre langues, sanscrit, tibétain , chinois et mongol. On trouve dans ces trois ouvrages, et surtout dans le dernier, que la bibliothèque de Saint-Pétersbourg a prêté à notre savant compatriote une quantité de concordances qui vinrent accroître celles qu'il avait déjà conquises par les alphabets et par les recueils spéciaux ?

Telles sont les sources diverses auxquelles M. Stanislas Julien a puisé, et dont il a su faire un si excellent usage. Maintenant, il nous reste à montrer, dans un second article, quels sont les résultats les plus généraux qu'il a obtenus, et les traits essentiels de la méthode qu'il en a extraite.

BARTHÉLEMY SAINT-HILAIRE. (La suite à un prochain cahier.)

· Le Lotus de la bonne loi a été traduit du sariscrit en français par Eugène Burnouf, et c'est dans les dhâraņis ou formules magiques (Lotus de la bonne loi, p. 238 et suiv. ch. xxi) que M. Stanislas Julien a trouvé le plus de transcriptions importantes. La nature de ces formules auxquelles la superstition met tant de prix, exigeait impérieusement qu'on les reproduisît le plus fidèlement possible. Quant au Lalitavistára, traduit du tibétain en français par M. Ph. Ed. Foucaux, la traduction chinoise offrait une multitude de concordances précieuses dans les noms propres, dont la forme était également bien connue en sanscrit et en chinois. Il y avait de plus cet alphabet harmonique dont j'ai dit plus haut quelques mots.' On a dit avec raison que cet ouvrage est d'un prix inestimable pour la nomenclature bouddhique ; et c'est grâce à la bienveillance de M. de Noroff, ancien ministre de l'instruction publique, que M. Stanislas Julien a pu l'emprunter à la bibliothèque de l'Université de Saint-Pétersbourg et en prendre une magnifique copie, « en se faisant aider, « faute de temps, par M. Ph. Ed. Foucaux. » Cette copie ne forme pas moins de deux volumes in-f". Dans un des chapitres du Mahůvyoutpatti se trouve une longue liste d'un millier de mots sanscrits, commençant par un nombre, et figurés en caractères chinois phonétiques. C'est là un secours considérable, analogue à celui que M. Stanislas Julien, au début de ses travaux, avait tiré d'un ouvrage en cinquante livres, intitulé : Dictionnaire des mots bouddhiques

, qui commencent par un nombre (San-thsang-fa-sou; yoyez Histoire de la vie de Hiouen-thsang, préface, page xxu). Une édition du Mahâvyoutpatti serait un immense service rendu aux études bouddhiques. M.Wassilieff f'a promise (voir le Journal des Savants, cahier de février 1861, page 77), et la copie qui est en la possession de M. Stanislas Julien ne restera pas stérile entre ses mains.

NOUVELLES LITTÉRAIRES.

INSTITUT IMPÉRIAL DE FRANCE.

ACADÉMIE DES SCIENCES.

Dans sa séance du 13 mai, l'Académie des sciences a élu M. Liebig à la place d'associé étranger vacante par la mort de M. Tiedemann.

La même Académie, dans sa séance du 20 mai, a élu M. Daubrée à la place vacante, dans la section de minéralogie, par la mort de M. Cordier.

ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLYTIQUES.

M. T. Grélerin, membre de l'Académie des sciences morales et politiques, est mort à Paris le 16 mai

LIVRES NOUVEAUX.

FRANCE.

Discours académiques, suivis des discours prononcés pour la distribution des prix au concours général de l'Université et devant diverses sociétés religieuses, et de trois essais de philosophie littéraire et politique, par M. Guizot. Paris, imprimerie de Bonaventure et Ducessois, librairie de Didier, 1861, in-8° de IV-424 pages.

M. Guizot a réuni dans ce volume tous les discours qu'il a prononcés, de 1836 å 1861, dans les séances publiques de l'Académie française et de l'Académie des sciences morales et politiques, ainsi que les rapports dont il a été chargé, à diverses époques, par cette dernière Académie, à l'occasion des concours qu'elle avait ouverts. L'illustre écrivain a joint à ce recueil : 1° Deux discours qu'il a prononcés, en 1838 let 1851, le premier à Caen, dans une séance publique de la société des antiquaires de Normandie; de second à Falaise, à l'occasion de la cérémonie qui eut tieu dans cette ville, le 26 octobre 1851, pour l'érection de la statue de Guillaume le Conquérant ; 2° Ses discours, comme ministre de l'instruction publique, à la distribution des prix du concours général de l'Université en 1833, 1834 et 1835, et à la rentrée de l'école normale de Paris en 1836; 3° Les discours qu'il a prononcés, de 1836 à 1861, dans les réunions publiques de diverses sociétés protestantes de Paris et de Nimes. Enfin, ce volume contient en outre trois essais de philosophie littéraire et politique écrits en 1826 pour prendre place dans une Encyclopédie progressive, dont l'exécution n'a pas été poursuivie. Ces trois essais ont pour sujets les mots : Encyclopédie, Abrégé, Elections.

La vie politique de M. Royer-Collard, ses discours et ses écrits, par M. de Barante, de l'Académie française. Paris, imprimerie de Bourdier, librairie de Didier, 1861, 2 volumes in-8° de 514 et 545 pages.- M. de Barante s'est proposé, dans ce nouvel ouvrage, de donner une connaissance exacte et complète des sentiments, des opinions et du caractère de l'homme illustre dont il fut l'ami. Les discours et les écrits de M. Royer-Collard y sont encadrés dans une biographie développée , qui est en même temps une intéressante histoire politique du premier empire, de la restauration et des premières années du règne de Louis-Philippe.

La Fontaine et Buffon, par Damas-Hinard. Paris, imprimerie de S. Raçon, librairie de Perrotin, 1861, in-12 de 143 pages. — Au début de son livre, l'auteur en expose ainsi le sujet : Malgré tant d'éloges donnés à La Fontaine, il y a en«core, si je ne m'abuse, quelque chose à dire; il y a un côté fort intéressant par - lequel on n'a pas suffisamment considéré le fabuliste. C'est par ce côté-là que je

Yoandier. Sous le poëte incomparable, sous l'artiste merveilleux, je voudrais « faire voir le philosopher an regard étendu et pénétrant, l'observateur de la nature « humaine, et, en particulier, 1 wamrateur des animaux. Cette étude est ingénieuse, et on y rencontre souvent des pensées lluv u gnetes et des remarques d'un goût délicat. Au milieu de très bonnes pages de critique litterais, ons signalerons une appréciation développée du Discours à Mm* de la Sablière, où La Fontaine coinbat le système de Descartes sur les « bêtes - machines. » Dans son admiration pour le génie de notre grand fabuliste, l'auteur va bien loin en le préférant à Molière lui-même comme peintre de la nature humaine et de la société française de son temps. Cette opinion sera sans doute contestée. En lisant, à la fin du volume, le parallèle que le critique établit entre La Fonlaine et Buffon, on pourrait aussi trouver plus que sé. vère le jugement porté par M. Damas - Hinard sur le célèbre naturaliste, auquel il refuse tout mérite d'observation et même de style! Mais ces réserves n'ôtent rien d'essentiel à la valeur d'un livre plein d'intérêt, que nous recommandons à l'altention de tous les amis des lettres.

Etude sur les champs sacrés de la Gaule et de la Grèce, et, en particulier, sur celui des Séquanes, avec une carte, par Charles Toubin. Besançon, imprimerie de Dodivers; Paris, librairie de Dumoulin, 1861, in-8° de 111-1 20 pages. - Cette élude se compose de trois parties fort distinctes, unies entre elles par le lien d'une idée principale. L'auteur fait d'abord la description d'un plateau situé à l'est de Poligny

dans le voisinage de Salins, et que couvre une grande quantité de tumuli paraissant indiquer l'emplacement d'une grande bataille; il recherche ensuite dans quel temps a dû se passer cet événement et quels peuples ont dû y prendre part Selon lui, le plateau de Moydon aurait été le théâtre d'une victoire décisive des Eduens sur les Séquanes, remportée bien avant l'invasion romaine, et qui aurait assuré aux premiers la suprématie sur les derniers. M. Toubin s'attache ensuite à prouver que Molain, village situé sur le plateau dont il vient d'être parlé, était le mediolanum ou centre religieux et politique de la nation séquame. Cette recherche amène l'auteur à étudier les conditions d'existence de ces champs sacrés chez différents peuples de l'antiquité. Il s'efforce de prouver qu'il y en avait en Grèce et dans les pays voisins, et il n'hésite pas à en conclure que la civilisation de ces contrées est d'origine druidique. Il s'attache, en outre, à établir la communauté d'origine des peuples désignés † les historiens de l'antiquité sous les noms d'Hyperboréens, Cimmériens et Pélasges. Dans cette partie de son travail, qui renferme d'ailleurs des vues ingénieuses, on trouvera peut-être que l'auteur a appuyé ses déductions sur des étymologies bien hasardées. — Dans sa troisième étude, M. Toubin se livre à des recherches pour déterminer l'emplacement de la regio media totius Gallia dont parle César. ll rejette l'opinion qui place à Chartres ce point central, situé, d'après les commentaires, # finibus Carnutum, et il le reporte à l'est jusqu'à Lieusaint, près de la forêt de énart.

Néographisme oriental. Nouvelle méthode pour faciliter la première étude de l'arabe, par M. Beuzelin, ancien curé de la Madeleine, à Paris. Imprimerie de madame veuve Belin, à Saint-Cloud; librairie d'Eugène Belin, à Paris, in-8° de 192 pages. Les premières difficultés qu'éprouvent les commençants dans la lecture des langues sémitiques et surtout la grande diversité de signes alphabétiques qui

distingue ces langues, si rapprochées d'ailleurs par l'identité de leurs racines et

l'analogie de leurs formes grammaticales, avaient inspiré à feu M. l'abbé Beuzelin la pensée d'appliquer à ces idiomes un système de transcription identique, qui, tout en conservant à chacun d'eux leur physionomie propre, fit mieux ressortir les traits de ressemblance qu'ils ont entre eux et les différences qui les distinguent. L'auteur s'est servi à cet effet des lettres de l'alphabet romain, dont quelques-unes seulement ont été légèrement modifiées pour les approprier à leur nouvelle destination. Après avoir rapidement comparé, dans son introduction l'alphabet, dont il se sert avec les alphabets latin, grec, russe, hébreu, arabe, persan, turc et sanscrit, il applique à l'arabe sa méthode de transcription, et, s'attachant à aplanir pour le lecteur les premières difficultés, il l'amène par degrés à lire facilement cette langue dans ses caractères originaux. L'ouvrage de M. Beuzelin renferme une grammaire élémen

taire où le verbe arabe est traité, toutefois, avec d'assez grands développements, et

quelques textes transcrits d'après le système de l'auteur. Cet ouvrage n'est qu'une préparation à l'étude de l'arabe, mais les juges compétents la considéreront sans doute, selon le vœu modeste de l'auteur lui-même, « comme une sorte d'initia« tion utile pour lire plus vite et avec plus de profit les ouvrages composés pour l'en« seignement des langues orientales. » Les éditeurs se proposent de publier prochainement une Nouvelle méthode pour faciliter la première étude du texte hébreu, ouvrage de M. l'abbé Beuzelin, conçu sur le même plan que le travail précédent. Histoire des États d'Artois depuis leur origine jusqu'à leur suppression en 1789. par François Filon, professeur d'histoire au collége d'Arras. Paris, imprimerie de Paul Dupont, librairie de Aug. Durand, 1861, in-8° de 123 pages. — Cet ouvrage, cou

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