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moderne, sur la langue japonaise. M. le docteur Hoffmann, qui se disposait lui-même à publier une grammaire japonaise, fut chargé par le ministre des colonies de son pays d'éditer l'œuvre de M. Curtius. Il jugea en même temps nécessaire d'y ajouter des éclaircissements, et de le perfectionner par des additions succinctes.Ainsi le premier auteur avait constamment rendu les mots japonais en lettres européennes; à ce mode de prononciation figurée, le savant professeur a joint généralement la transcription du japonais en caractères indigènes, conformément à l'orthographe admise pour la langue écrite. Nous citerons encore, parmi les améliorations apportées par M. Hoffmann, une théorie nouvelle et approfondie des pronoms et des verbesjaponais, que l'ancienne méthode assimilait à nos verbes européens, ce quiétait, pour les nouveaux étudiants, une source d'illusions grammaticales et quelquefois d'insurmontables difficultés. Une introduction sur l'écriture japonaise et un chapitre sur les noms de nombre sont entièrement dus à la plume de M. Hoffmann, qui se propose de développer dans sa propre grammaire, dont la publication est prochainement attendue, les principes établis par lui dans celle-ci. L'ouvrage est terminé par une table analytique des matières. M. Léon Pagès ne s'est pas borné à rendre, par une traduction consciencieuse, l'œuvre de MM. Curtius et Hoffmann accessible aux savants de la France et à ceux des autres parties de l'Europe qui ne sont pas étrangers à notre langue, mais il l'a enrichie d'un assez grand nombre de notes nouvelles, et il se propose de livrer prochainement à l'impression un Dictionnaire japonais français, traduit du Dictionnaire japonais-portugais publié à Nagasaki par les missionnaires jésuites, en 16o3.

Légende d'Ilvala et Vâtâpi, épisode du Mahâbhârata, traduit pour la première fois du sanscrit en français, par Ph. Ed. Foucaux. Paris, imprimerie de Ch. Bonnet, librairie de B. Duprat, 1861, broch. in-8° de 16 pages. — En attendant une traduction complète du Mahâbhârata, promise en Allemagne par M. Goldstucker, de zélés indianistes continuent à en détacher quelques épisodes pour les faire connaître au public européen. C'est ainsi que M. Foucaux a successivement publié le Striparva, le Mahaprasthanika et le Kairata-Parva. Le fragment qu'il fait paraître aujourd'hui contient l'histoire du mariage du sage pénitent Agastya, et son triomphe sur les maléfices de l'asoura Ilvala et de son frère Vâtâpi. Le savant professeur compare ensuite ce récit avec une autre forme de la même légende qui se trouve dans le Râmâyana (Aranya Kânda), et qu'il reproduit d'après la traduction italienne de M. Gorresio.

Revue archéologique, ou recueils de documents et de mémoires relatifs à l'étude des monuments, à la numismatique et à la philologie de l'antiquité et du moyen âge, publiée par les principaux archéologues français et étrangers, et accompagnée de planches gravées d'après les monuments originaux. Nouvelle série, deuxième année, première livraison. Janvier 1861, in-8° de 96 pages. - Ce nouveau volume de la Revue archéologique promet d'offrir, au même degré que les précédents, l'intérêt varié et la solide érudition qui ont fait la réputation de cet excellent recueil. La première livraison s'ouvre par un article de M. Alexandre Bertrand, sur les tombelles d'Auvenay (Côte d'Or), qui présentent tous les caractères des tombes celtiques, et paraissent avoir été élevées pour ensevelir des Helvètes. Vient ensuite une note de M. F. Chabas, de Châlon-sur-Saône, sur un poids égyptien de la collection de M. Harris, d'Alexandrie, puis la suite et la fin d'un savant travail de M. Cerquand sur les harpies. On remarque encore un article de M. L. Moland, intitulé, Charlemagne à Constantinople et à Jérusalem; c'est une très-bonne analyse de quelques-uns des poêmes du cycle carlovingien, suivie d'ex

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traits intéressants du manuscrit de l'Arsenal no 283 (ms. fr. belles lettres). Plus loin, M. le général Creuly, interprétant une inscription récemment découverte à Bougie, nous donne une dissertation pleine de recherches sur les Quinquégentiens et les Barbares, anciens peuples d'Afrique. Enfin, M. E. Miller clôt dignement cette livraison par l'explication du nom d'artiste AAŽIMOE, inscrit sur un des vases peints du Musée du Louvre.

Archives de l'art français, recueil de documents inédits relatifs à l'histoire des arts en France, publié sous la direction de M. Anatole de Montaiglon. Dixième année. Paris, imprimerie de Pillet, librairie de Dumoulin, 1860, in-8° de 336 pages. Ce volume complète la première série d'un recueil important dont nous avons plusieurs fois entretenu les lecteurs de ce journal. Les Archives de l'art français comprennent, pour cette première série, douze volumes, dont six renferment les documents proprement dits et les six autres l'Abecedario, de Mariette. Il reste encore à paraître la fin du supplément de l’Abecedario, une notice sur Mariette et une table générale.

Nouvelle biographie générale, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, avec les renseignements bibliographiques et l'indication des sources à consulter, publiée par MM. Firmin Didot frères, sous la direction de M. le D' Hoefer, tome XXXIII (MALD-MARTIAL). Paris, imprimerie et librairie de Firmin Didot, 1861, in-8° de 512 pages (1023 colonnes). - MM. Didot poursuivent avec une grande activité la publication de leur Biographie générale, et l'ouvrage s'améliore à mesure qu'il avance vers. son terme. Ainsi, dans le XXXIIIo volume, le dernier paru, on trouve beaucoup moins de ces articles écourtés, rédigés à la hâte, qu'on était surpris de rencontrer dans les précédents volumes, au milieu des travaux, biographiques les plus sérieux. Nous avons remarqué, dans ce nouveau volume, un grand nombre d'excellentes notices, parmi lesquelles nous citerons surtout celles qui sont signées de MM. Ambroise-Firmin Didot, Noël Desvergers, Hoefer, Louvet, Rathery et Vallet de Viriville.

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ANGLETERRE:

History of the united Netherlands, from the death of William the Silent to the synod of Dort, by John Lothorp Motley, D. C. L. London, John Murray, 1860, vol. I", x11-532 pages, vol. II, 563 pages. - Histoire des Pays-Bas unis, de la mort de Guil. laume le Tacitarne jusqu'au synode de Dort, par M. J. Lothorp Motley, correspondant de l'Institut de France, auteur de l'Histoire de la fondation de la république de Hollande. — M. J. L. Motley continue l'quvre qu'il, a commencée avec tant de succès , et, après avoir raconté la lutte des Pays-Bas contre l'Espagne et la fondation de la République hollandaise, il poursuit avec ardeur cette admirable histoire, où les peuples qui veulent être libres peuvent trouver tant d'exemples et d'encouragements

. Les deux volumes que nous avons sous les yeux ne comprennent que six années, de 1584 à 1590, c'est-à-dire de l'assassinat de Guillaume le Taciturne jusqu'à la défaite de l'Invincible Armada. Grâce à la victoire des Anglais, la République. de Hollande fut sauvée; et les efforts de l'Espagne, quelque grands qu'ils fussent, étaient désormais condamnés à une honteuse impuissance. Ces deux volumes seront suivis de deux autres, qui conpléleront le nouvel ouvrage de M. Motley, et qui s'étendront jusqu'au synode de Dort, aux approches de la guerre de Trente ans. Les sources où l'auteur a puisé sont celles dont il s'était déjà servi, et dont il a fait un

si excellent usage. Il a mis à contribution les archives des papiers d'État et les ma-
nuscrits du British Museum, à Londres, la correspondance de la famille d'Orange-
Nassau, à la Haye, la partie des archives de Simancas dont nous avons les origi-
naux à Paris, dans le dépôt des Archives de l'Empire, et la correspondance de
Philippe II avec ses ministres, dont il se trouve une copie complète à Bruxelles, d'a-
près les originaux de Simancas. Une portion considérable de ces matériaux était
tout à fait inédite, et l'Histoire des Pays-Bas unis n'en acquiert que plus de valeur et
de nouveauté. Nous croyons que ce second ouvrage ne sera pas accueilli avec moins
de faveur que le premier. Après ces deux entreprises déjà bien difficiles, M. Motley
se propose d'en aborder une plus difficile encore : c'est l'histoire de la guerre de
Trente ans. La paix de Westphalie, qui termina ce terrible conflit, assura du même
coup l'indépendance des Pays-Bas , qui n'avaient cessé de combattre depuis quatre-
vingts ans. C'est un bien grand sujet que va traiter M. Motley ; mais les deux ouvres
qu'il a déjà accomplies répondent du talent et du zèle qu'il apportera à la tâche
ardue qu'il se donne, et ou l'approbation du public savant ne lui manquera pas.

BELGIQUE.

TABLE.

Pages.

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DES SAVANTS.

MARS 1861.

LEs DEUx JEUNEs FILLEs LETTRÉEs (P'ing-Chân-Ling-Yéno), roman traduit du chinois par M. Stanislas Julien, 2 vol. in-18,

xvIII-361, 33 1 pages. — Paris, Didier et Co.

En publiant la traduction d'un roman chinois, M. Stanislas Julien s'est proposé tout à la fois et de donner aux sinologues un utile secours pour leurs difficiles études, et de nous faire intimement connaître les mœurs d'un très-singulier pays. Ce second objet nous touche plus particulièrement; car, pour juger de l'autre, il faudrait posséder une science que, par malheur, nous n'avons pas. Mais, du point de vue littéraire, le roman des Deux jeunes filles lettrées est fait pour nous intéresser vivement; et il n'est guère de lecture qui puisse nous mieux initier à certains détails de la vie et de la société chinoises. La guerre, même avec ses triomphes, nous fera très-peu comprendre ces secrets, qui se dérobent à l'examen des étrangers les plus sagaces; et nous aurions beau occuper par nos armes victorieuses toutes les provinces du Céleste Empire, nous pourrions y camper durant des siècles entiers, sans faire cette conquête délicate.Au contraire, elle est aisée dans le nouvel ouvrage de M. Stanislas Julien; et c'est une heureuse coincidence qui le fait paraître au moment même où des événements si con

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sidérables appellent sur l'Empire du Milieu l'attention du monde occidental. Dans le cadre étroit de l'histoire de deux jeunes filles, douées d'un rare talent de poésie, et de deux beaux jeunes gens, qui, poètes comme elles, gagnent leur cœur et leur main, nous pourrons voir clairement et sans peine une face du génie de ce peuple bizarre, et le raffinement merveilleux de ses goûts intellectuels. Qui se serait douté, sans les romans chinois déjà connus, qu'à l'autre extrémité de l'Asie, dans des contrées que nous jugeons tout au moins à demi barbares, le culte des lettres fût aussi passionné et aussi général qu'il a jamais pu l'être parmi nous? Qui se serait douté que, là-bas aussi, le vrai mérite fût soumis à tant d'épreuves pour être apprécié tout ce qu'il vaut, et qu'il eût à lutter, là comme ailleurs, contre les médiocrités jalouses et les intrigues, qu'on aurait pu croire le privilége de sociétés qui passent pour les seules civilisées et les seules polies? M. Stanislas Julien n'a pu découvrir ni le nom de l'auteur, ni la date de ce nouveau roman; mais, comme la scène est placée sous le règne d'un empereur qui régnait de 1522 à 1566 de notre ère !, cette composition ne peut point être fort ancienne, et elle représente un état de société qui doit être encore aujourd'hui à peu près le même, grâce à l'immobilité presque absolue des coutumes et des rites. On change peu en Chine, ou, du moins, on change moins vite, et les occupations des beaux esprits ne sont pas plus variables que le reste. Il paraît, d'ailleurs, que le roman des Deux jeunes filles lettrées jouit d'une grande réputation, et qu'il est entre les mains de toutes les personnes qui se piquent de goût. Cependant l'auteur en est demeuré inconnu, et il ne semble pas qu'on ait rien fait pour percer l'anonyme sous lequel il est caché. C'est qu'en Chine, à ce que nous apprend M. Stanislas Julien, on rougit presque de faire un roman; et l'auteur dissimule son nom avec un soin qui ne vient pas de sa modestie. La seule littérature avouée est celle qui s'applique à étudier les écrivains classiques, et qui ne demande ses modèles qu'à l'antiquité la plus vénérée et la plus haute. Or le genre du roman est trop récent et trop frivole pour être honoré au même degré par la gravité des mandarins. Il est vrai qu'on n'en compose pas moins une multitude de ces ouvrages légers; surtout on ne les lit pas avec moins de faveur, et les Chinois ont tout autant be

' D'ordinaire, les auteurs de romans indiquent scrupuleusement, et dès leurs

- premières pages, l'empereur sous lequel se passent les événements qu'ils racontent.

L'auteur des Deux jeunes filles lettrées n'a pas pris ce soin ; mais, à défaut d'un empereur, il nomme des écrivains dont on sait la date précise; et c'est ainsi que M. Stanislas Julien a pu établir celle que nous citons d'après lui.

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