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ON S'ABONNE
Aux Librairies de Canoin, rue Cannebière; - MINGARDOX, rue de l'Arbre,

Bør-ESTELLON, boulevard Dugommier, et Lebon, rue Paradis, 43.

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Favorin fut lié avec Plutarque d'une étroite amitié. Il faut évidemment rapporter au séjour de Favorin en Grèce les

ions qui s'établirent entre les deux philosophes. Plutarque, en effet, passa dans la Grèce la plus grande partie de sa longue carrière. Il était né à Chéronée, petite ville de Béotie, célèbre par la victoire que Philippe de Macédoine remporta sur les Athéniens et les Thébains. Il voyagea beaucoup dans sa jeunesse. Il visita l'Egypte, l'Asie, l'Italie. Il vint à Rome deux fois ; il y enseigna même avec succès, comme le témoigne une circonstance flatteuse qu'il a complaisamment rappelée : un jour qu'il faisait en grec une leçon de philosophie, on remit à l'un de ses auditeurs, Arulenis Rusticus, une lettre de l'empereur. Rusticus ne voulut pas l'ouvrir avant que Plutarque eût cessé de parler (1).

Mais après ses voyages, il résolut de se fixer à Chéronée, sa patrie. « J'habite une petite ville, écrivait-il, et j'y demeure volontiers, pour qu'elle ne devienne pas plus petite encore (2).» Il y menait, du reste, une existence très-enviable. Appartenant à une famille riche et honorée, il vivait largement, entouré de ses enfants, de ses parents, de ses nombreux amis. Ses concitoyens avaient pour lui la plus grande considération. On lui conféra les premières dignités municipales, et il eut même à remplir la charge de prêtre d'Apollon à Delphes.

Nous voyons d'ailleurs, par les détails autobiographiques

(1) Ouvres morales, De la Curiosité.
(2) Vies parallèles, Démosthène, ch. II.

consignés dans ses oeuvres, qu'il quittait assez souvent sa chère Chéronée. Il prend part aux grandes solennités que célèbre la Grèce. Il vient à Athènes pour la fête des Muses, à Eleusis pour les mystères. Il assiste à Corinthe aux jeux isthmiques, à Delphes, aux jeux pythiques. Il se rend à Hyampolis dans la Phocide pour les Élaphébolies. Il va, l'été, prendre les eaux aux Thermopyles ou à Ædepsus, dans l'ile d'Eubée. Partout on le recherche, on l'invite, on le fête. Il reçoit l'hospita lité chez les plus grands personnages : à Athènes, chez le stratége Ammonius; à Corinthe, chez Sospis, agonothète, ou Lucanius , grand-pontife ; à Delphes, chez l'agonothète Petræus ou chez Callistrate, épimélète des Amphyctyons.

Tous ces déplacements, toutes ces excursions tournent au profit de la philosophie et de la rhétorique. En tout lieu comme en toute occasion, on disserte sur les thèses les plus diverses. Il n'y a rien qui ne soit matière à philosopher.

Une curieuse anecdote, racontée par Aulu-Gelle, montre jusqu'où allait cette continuelle immixtion de la philosophie. Plutarque fait un jour donner le fouet à un de ses esclaves, très-mauvais sujet, mais qui, à force d'entendre des dissertations philosophiques, en avait retenu quelques bribes. Celui-ci geint d'abord sous les coups ; il se défend d'avoir mérité le châtiment, il proteste de son innocence. Puis, la douleur devenant plus vive, il se met à crier et il interpelle son maître. « Plutarque n'agit pas en philosophe; n'a-t-il pas honte de se montrer à ce point irascible, après avoir si souvent raisonné sur les tristes effets de la colère, après avoir écrit un si beau traité sur la patience ? (1) Mais il ne conforme pas sa conduite aux préceptes de son livre, lui qui cède ainsi à l'emportement de sa colère et fait accabler de coups un malheureux serviteur. »

Plutarque lui répond avec beaucoup de calme et de dou

(1) Ilepi dopynolas. Plutarque dit dans ce traité « qu'il vaut mieux laisser, par un excès d'indulgence, les esclaves devenir pires, que de se dégrader soi-inème par la colère et la cruauté, en voulant les corriger. )

ceur : « A quoi juges-tu, vaurien, que je suis en colère ? Estce à l'air de mon visage, à l'intonation de ma voix, à ma façon de m'exprimer ? » Et le philosophe entreprend de décrire tous les symptômes par lesquels la colère se manifeste ; mais il a soin de dire auparavant à l'esclave qui frappait : « Pour toi, continue ton office, pendant que ton camarade et moi nous philosopherons ensemble (1). »

Nous avons tout lieu de croire qu'il y eut entre la personnalité de Plutarque et celle de Favorin de nombreuses ressemblances.

Ayaut des goûts et des aptitudes semblables, ils embrasserent l'un et l'autre la même carrière. Car il nous paraît évident que Plutarque fut, comme Favorin, un rhéteur doublé d'un philosophe. Parmi les morceaux dont se composent ses OEuvres morales, il y en a beaucoup qui sont certainement des dissertations déclamées en public, peut-être retouchées ensuite.

Une passion leur est commune et les rapproche : c'est leur désir incessant de s'initier à toutes les connaissances, d'approfondir tous les sujets. Ils se ressemblent encore par l'importance et la variété de leurs écrits. Plutarque, dans ses @uvres, est tour à tour historien, philosophe, moraliste, physicien, naturaliste. Nous ne possédons, relativement aux ouvrages de Favorin, que des indications bien incomplètes. Nous verrons pourtant qu'il écrivit des livres de nature trèsdiverse. Nous avons d'ailleurs, à cet égard, le témoignage formel de Suidas, qui dit de notre philosophe : « Il prit Plutarque pour modèle et rivalisa avec lui par le nombre infini des ouvrages qu'il composa (2). »

Ces similitudes ne pouvaient que leur inspirer une mutuelle sympathie. Plutarque était sans contredit plus âgé que Favo

(1) Nuits attiques, liv. I, ch. XXVI.

(2) Αντεφιλοτιμείτο και ζήλον είχε πρός Πλούταρχον τον Χαιρω νέα ες το των συνταττομένων βιβλίων άπειρον.

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