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lement je dirai, par reconnoissance, que j'en dois la plus grande partie à Pilpay, sage indien. Son livre a été traduit en toutes les langues. Les gens du pays le croient fort ancien, et original à l'égard d'Esope, si ce n'est Ésope luimême sous le nom du sage Locman. Quelques autres m'ont fourni des sujets assez heureux. Enfin, j'ai tâché de mettre en ces deux dernières parties toute la diversité dont j'étois capable.

Il s'est glissé quelques fautes dans l'impression. J'en ai fait faire un errata ; mais ce sont de légers remèdes pour un défaut considérable. Si on veut avoir quelque plaisir de la lecture de cet ouvrage, il faut que chacun fasse corriger ces fautes à la main dans son exemplaire, ainsi qu'elles sont marquées par chaque errata, aussi bien pour les deux premières parties que pour les dernières.

1. L'errata des deux premiers volumes se trouve sur un feuillet séparé, qui, par cette raison, manque à beaucoup d'exemplaires : on le place ordinairement après la table des matières du premier volume. L'errata de la troisième partie est à la fin de cette présace, et celui de la quatrième partic est à la fin de la table des matières et du volume. (W.)

Outre un errata pour chacune des quatre parties de l'édition de 1678, revue et publiée par La Fontaine, il y a fait faire quelques cartons, soit pour ajouter un vers à un autre qui se trouvait sans rime, soit pour en changer un par une correction très-heureuse. Il n'est pas besoin de dire que toutes ces fautes, remarquées par La Fontaine dans l'édition de 1678, ont été corrigées dans celle-ci avec la plus scrupuleuse exactitude.

MADAME DE MONTESPAN'

L'apologue est un don qui vient des immortels;

Ou si c'est un présent des hommes, Quiconque nous l'a fait mérite des autels :

Nous devons tous tant que nous sommes

Ériger en divinité Le sage par qui fut ce bel art inventé. C'est proprement un charme : il rend l'âme attentive,

Ou plutôt il la tient captive,

Nous attachant à des récits
Qui mènent à son gré les cours et les esprits.
O vous qui l'imitez, Olympe, si ma muse
A quelquefois pris place à la table des dieux,
Sur ses dons aujourd'hui daignez porter les yeux;
Favorisez les jeux où mon esprit s'amuse.

1. Françoise-Athénais de Rochechouart de Mortemart, marquise de Montespan, née en 1641, morte le 28 mai 1707, à l'âge de soixante-six ans. Sa liaison avec Louis XIV avait commencé en 1668, et dura près de quinze ans, jusqu'en 1683.

Le Temps, qui détruit tout, respectant votre appui ,
Me laissera franchir les ans dans cet ouvrage :
Tout auteur qui voudra vivre encore après lui

Doit s'acquérir votre suffrage.
C'est de vous que mes vers attendent tout leur prix :

Il n'est beauté dans nos écrits
Dont vous ne connoissiez jusques aux moindres traces.
Eh! qui connoît que vous 1 les beautés et les grâces?
Paroles et regards, tout est charme dans vous.

Ma muse, en un sujet si doux ,

Voudroit s'étendre davantage :
Mais il faut réserver à d'autres cet emploi,

Et d'un plus grand maître ? que moi

Votre louange est le partage.
Olympe, c'est assez qu'à mon dernier ouvrage
Votre nom serve un jour de rempart et d'abri;
Protégez désormais le livre favori
Par qui j'ose espérer une seconde vie :

Sous vos seuls auspices ces vers
Seront jugés, malgré l'envie,

Dignes des yeux de l'univers.
Je ne mérite pas une faveur si grande;

La fable en son nom la demande :
Vous savez quel crédit ce mensonge a sur nous.
S’il procure à mes vers le bonheur de vous plaire,
Je croirai lui devoir un temple pour salaire :
Mais je ne veux bâtir des temples que pour vous.

1. Que vous, si ce n'est vous... C'est là un emploi fréquent de ce mot à l'époque de La Fontaine : « Qui en connoîtra qu'eux-mêmes? » dit Pellisson (Consid. sur le procès de Fouquet). - « Qui l'auroit pu porter à ce changement, que la force de la vérité? » dit Arnauld (Apoloy. pour les catholiques d'Angleterre).

2. Ce grand maître était Louis XIV.

FABLES

DE

LA FONTAINE

LIVRE SEPTIÈME.

FABLE PREMIÈRE.

LES ANIMAUX MALADES DE LA PESTE.

Un mal qui répand la terreur,

Mal que le ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom),
Capable d'enrichir en un jour l’Achéron,

Faisoit aux animaux la guerre.
Ils ne mouroient pas tous, mais tous étoient frappés :

On n'en voyoit point d'occupés

1

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A chercher le soutien d'une mourante vie ;

Nul mets n'excitoit leur envie;
Ni loups ni renards n'épioient
La douce et l'innocente proie;
Les tourterelles se fuyoient;

Plus d'amour, partant plus de joie.
Le lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,

Je crois que le ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune.

Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux;
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents

On fait de pareils dévouements.
Ne nous flattons donc point; voyons sans indulgence

L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,

J'ai dévoré force moutons.

Que m'avoient-ils fait? nulle ossense ;
Même il m'est arrivé quelquefois de manger

Le berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut : mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi;
Car on doit souhaiter, selon toute justice,

Que le plus coupable périsse.
Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse.
Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché! Non, non. Vous leur fites, seigneur,

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1.

Labitur, infelix studiorum, atque immemor herbæ,
Victor equus, fontesque av titui

Virg., Georg., III, 498.

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