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se trompent. Les Hommes en général ont trop d'amour-propre, pour se persuader qu'ils ne sont pas dignes d'étre aimés, & pour connoître les défauts qui peuvent les rendre moins aimables que leurs Rivaux. Je pense que la cause or. dinaire de la Jalousie, c'est l'idée que les Hommes ont du caractère des Femmes. Ils savent qu'elles sont en général inconstantes légères, capricieuses, & ils craignent les fuites de leur caractère changeant & inquiet. Ne voit-on pas tous les jours des Femmes quitter des Amans aimables, & les facrifier à des Imbéciles ? De pareils exemples qui sont fréquens suffisent pour allarmer le cour de l'Homme le plus prévenu en fa faveur. Plus j'y pense, & plus je suis persuadé que de dix Jaloux, c'est beaucoup s'il s'en trouve un qui le soit par la connoissance de fon peu de mérite.

Tout Amant Jaloux aime plus qu'un autre. Je tiens non seulement pour vraye, mais pour incontestable la Maxime: qu’oiz ne peut qimer fans être Jaloux. Quiconque fait tout son bonheur d'une chose, ne peut s'empêcher de craindre de la perdre. L'exclusion de la Jalousie dans un E 2

caur

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ceur amoureux y admet bientôt l'indifférence.

LA Jalousie augmente l'Amour & lui donne de nouvelles forces. Il est difficile à un Amant Jaloux de fe guérir de sa Passion. Ce qui sembleroit devoir l'aider à rompre ses chaines, c'est ce qui les rend plus fortes. L'Amour, dit le tendre & ingénieux Ovide, qui est nouri par la fiance, dure long-tems. Si vous cherchez à vous en défaire, coinmencez par bannir la crainte. Celui qui appréhende de ne pas jouir toujours de fa Maitrelle, & qu'un autre ne la lui enlève , pouroit à peine être guéri par -les remèdes de Machaon. Une Mère qui a deux Enfans, a d'ordinaire plus de tendresje & de crainte pour celui qui est à la guerre.

QUELQUE-FOIS la Jalousie n'est fondée que sur l'orgueil, & sur l'amour-propre. Il y a bien des Maris qui ne sont point Amoureux, & qui cependant sont très Jaloux. Ils craignent qu'on ne leur enlève le coeur de leur Femme, non pas à cause qu'il leur est cher mais parce qu'iis croyent que leur honeur est attaché à sa conservation. Une pareille Jalousie peut aisément se guérir par la réflexion; & la

en a

raison qui n'a presqu'aucun pouvoir sur les Jaloux que fait l’Amour beaucoup sur ceux qui ne le font que par vanité,

To'UT Mari Jaloux doit penser que la plus - part des grands Hommes font tombés dans le prétendu malheur qu'il craint. Lucullus, Céfar, Pompée, Ca. ton , Antoine, & tant d'autres, dont les noms sont presqu’qusli fameux,ont été dans le cas des Maris trompés, sans que leur gloire en ait été diminuée. Le jugement de La Fontaine sur le Cocuage est plus vrai qu'on ne pense.

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Quand on le fait , c'est peu de chose;
Quand on l'ignore , ce n'est rien.

Les Gens qui font Jaloux par vanité fondent ordinairement leur Jalousie sur la nécessité d'éviter les plaisanteries qui suivent le Cocuage. Foible prétexte que celui-là ! puisque leur Jalousie précipite le mal qu'ils craignent au lieu de l'empêcher , & ne sert qu'à le rendre plus connu. Charon dit dans son vieux Langage quelque chose de fort fensé à ce sujet : mais le Monde le fait, en parle. Eh! de qui ne parle-t-on pas en ce sens ? Du plus grand au plus petit , on engage tous les jours tant d'honêtes Hommes en ce reproche en ta présence. Si tu t'en remues , les Dames mêmes s'en moqueront. La fréquence de cet accident doit mès-bui en avoir moderé l'aigreur.

J. X.

De la Douleur & du Desespoir.

EUX qui foutiennent dans leurs

Discours, ou dans leurs Ecrits, que la Douleur n'est point un mal , & qui prétendent qu'il dépend du Sage de n'y être pas sensible, ne disent point ce qu'ils en penfent; ou n'ayant jamais éprouvé que des douleurs très légères, ils

n'ont aucune connoiffance des impressions que font les fortes & les vives. Les difcours des Stoïciens étoient capables de perdre de réputation les Philofophes chez tous les Gens de bon fens. Comment auroientils pû. gouter des idées fausses que la feule vanité occasionnoit? La Raison n'at-elle

pas

droit de traiter de folie une opinion qui met au faîte du bonheur un Homme accablé de maux, de douleur & d'infortunes ? Cicéron a beau dire qu'il n'a jamais trouvé la condition de Régu

lus

lús ni malheureuse, ni fâcheufe, ni digne de pitié; que les Carthaginois pûrent se faisir de fon Corps, lui faire fouffrir ce qu'ils voulurent ; mais que son Ame munie en cette occasion de toutes les vertus resta hors d'atteinte. Ce grand raisonnement ne me fera jamais comprendre qu'un Homme à qui l'on fait souffrir les plus cruels suplices, foit fort heureux, & que fon Ame ne soit pas forcée de participer aux maux du Corps. Vainement elle fe guinde, s'élève & fe livre aux plus grands sentimens. Il faut qu'elle subisse les Loix générales de l'Ame dans le Corps, & qu'elle prenne

part aux douleurs que le Corps ressent. Toute la vertu Philosophique n'empêche. point qu'on ne soit très réellement malheureux, lorsque l'on souffre & que l'on meurt. C'étoit une plaisante & singulière folie que celle des Stoïciens. Il n'y a peut-être pas de Créature destinée par son esfence à plus de maux que l'Homme; & ces Philosophes en vouloient faire une espèce de Divinité exempte de la douleur & de l'infortunę. Ce qui les a. voit jettés dans une erreur aussi grossière, c'étoit l'idée fauffe & chimérique qu'ils s'étoienc fait de leur Sage, à qui ils ac

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