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fon emportement, outragera la Vertu ,
bravera les Loix divines & humaines
& l'on trouvera mauvais qu'on le cite à
un autre Prince, comme un exemple
des défauts qu'il doit faïr? On blâmera
qu'on punisse le vice, afin qu'il ne se per-
pétue pas? S'il y a jamais eu de fausle
délicatesse, c'est celle que je condamne
dans ce moment.

Si la Colère des Princes se portoit toûjours à des effets, dont le mal ne retombât que sur eux, je consentirois, fi on l'exigeoit , que l'Histoire en suprimât le recit. Mais Horace a eu raison de dire que les Grecs portoient la peine de l'emportement & de la Colère de leurs Rois. Tous les Peuples font dans le même cas; & si le courroux d'Achille a fourni le fujet de l'Iliade, il n'y a point, de Siècle où l'on ne puisse faire plus d'un Poëme Epique sur un sujet pareil. !3m3

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I les Hommes , qui cherchent natu

rellement ce qui peut les rendre heu. reux, faisoient quelques réflexions fé.

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rieuses sur les inconvéniens que la Haine entraine après elle , ils banniroient bientôt de leur cæur une Passion qui em. poisonne les plus beaux momens de leur vie. Loin de nuire ordinairement à ceux que nous haïssons, nous nous nuifons à nous-mêmes. Le dépit dont nous sommes dévorés nous tourmente sans cesse, & nous essayons les chagrins que nous voudrions faire retomber sur les autres. Ceux qui ne veulent pas se guérir de leur Haine par l'amour de la Vertu, devroient chercher à l'éteindre pour leurs propres intérêts. Un excellent Auteur, c'est Charon, a dit, en parlant de la Haine: Que par cette. Passion nous mettons en la puilsance de ce que nous haissons de nous affliger Ego vexer. "La vui nous en emut les fens , la souvenance nous en agite l’ENprit & veillant, & dormant. Le haineur est en tourment; le haï est à son aise. Il ne dépend pas de nous d'aimer & d'estimer une Personne que nous avons sujet de haïr; mais nous pouvons changer en pitié ou en mépris la Haine que nous avons pour elle. Un Homme m'offense. Pourquoi me punirois-je moi-même de sa fottise ? C'est m'en punir, que de garder profondément le souvenir de cette

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fottise , & d'en être affecté, de façon que je ne songe qu'aux moyens de m'en venger, moyens que je ne trouverai peut-être jamais.

Le mépris punit souvent, & mieux & plus sûrement une injure, que la vengeance.

Bien des Gens ne craignent point d'être haïs: il n'est Personne qui ne foit fâché & mortifié d'être méprisé.

Les grands Hommes se font distingués par la manière généreuse dont ils ont agi avec leurs Ennemis, lors qu'ils étoient en leur puissance. César, après avoir vaincu les fiens, leur pardonna. Titus fit grace aux Conjurés qui avoient voulu lui ôter l’Empire & la vie. Tout le Monde fait le beau mot de Louïs XII. On vouloit qu'il se vengeat de quelques Personnes qui lui avoient nui, lorsqu'il n'é. toit encore que Duc d'Orleans. Il répondit fagement à ceux qui le pressoient de faire une action qui eut flétri sa gk i. re: un Roy de France ne venge point les injures d'un Duc d'Orleans. Henri IV. parvenu à la Couronne oublia toutes les offenses qu'il avoit reçûes.

J'Ô SERAT le dire, l'Histoire ancienne & moderne ne nous a pas conservé la mémoire d'un Homme véritablement Tom. I.

D

grand,

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grand, qu'elle ne nous ait donné en mês me tems des preuves qu'il avoit un caur incapable de haine & de vengeance.

On demande, s'il dépend de nous de ne point haïr. Oui fans doute, il dépend de nous. Quand on forme la ferme réa solution de ne point nuire à une Personne dont on croit avoir raison de se plaindre, on cesse bientôt de la haïr. La Hain re ne fe nourit que par l'espoir de la vengeance. Lorsque le defir de la vengeance est étouffé, la Haine s'éteint peu après , & l'indifférence lui fuccède.

LES plus grands maux qui ont acca. blé le Genre-Humain, n'ont eu ordinairement d'autre origine, que la haine personelle de quelques Particuliers, Les démêlés de Paris & de Ménelas armès rent la Grèce pendant dix ans. La division de Pompée & de César mit le Monde en feu. Là haine des Guises & des Condés inonda la France de sang. Celle de Guelfes, & des Gibelins bouleverfa l'Italie. Les Anglois ont pensé envahir entièrement la France , & ont été Mai. tres de Paris, par la haine de la Maison de Bourgogne contre celle d'Orleans. De dix guerres, il y en a cinq, où la haine particulière de deux ou trois Perfon

nes

nes a autant de part, que toutes les raisons politiques. Pauvres Humains, infortunés Mortels, quel est votre fort ! Vos biens, vos vies dépendent de la haine d'un Souverain, du caprice d'une Mai. tresse outragée, de la colère d'un MiniItre. Ces Gens ne sont pourtant, ainsi que vous, que de simples Mortels, fouvent moins justes & moins équitables.

8. VII.

De l'Envie & de l'Emulation.

L'Elle cause dans les cours les mêmes

'ENVIE est la Sæur de la Haine.

Elle cause dans les cours les mêmes égaremens & les mêmes tourmens.

L'ENVIE est encore plus contraire au repos & à la tranquilité, de l'Esprit, que ne l'est la Haine ; car elle s'afflige également du mal & du bien. La Haine ne tombe que sur quelques Personnes, dont on croit avoir sujet de se plaindre. L'Envie s'étend en general sur tout le Monde. Elle n'épargne pas même les Gens les plus vertueux; & souvent ce font ceux-là contre lesquels elle s'exerce avec le plus de force. LES Génies faibles font presque touD 2

jours

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