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Je ne saurois contenter entiérement votre curiosité. Je puis cependant la satisfaire en partie. Cet Ouvrage raffemblera plusieurs Pièces d'un genre très différent. Il y aura des Réflexions Métaphisiques, des Dissertations Phisiques, des Lettres Critiques, des Romans écrits dans le goût des Nouvelles. Enfin chacun poura trouver de quoi s'y amuser. C'est du moins le but que se sont proposés les Auteurs. Heureux s'ils peuvent y parvenir !

IL paroitra tous les trois Mois un Volume de ces Mémoires. Dans le prémier, il y aura des Réflexions sur les Passions, un Petit Roman, une Differtation sur les douceurs de la bonne Société: cela appartient au Coeur. Dans ce même volume, on placera un Discours sur la nature. & la propagation du Feu , où l'on examinera les six Ouvrages qu'a fait imprimer sur ce sujet en dernier lieu l'Académie des Sciences de Paris. Ce Morceau, ainsi qu'une Lettre Critique sur les Pédans, appartient à l'Efprit. Dans les trois Tomes suivans, on trouvera trois Dissertations, une sur l'Air, l'autre sur l'Eau, la troisième sur la Terre. Ce qui, joint à la prémière sur le Feu, fera une espè

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ce de Cours de Phisique expérimentale:

Il y a dejà longtems que cet ouvrage auroit paru ; mais j'ai eu toutes les peines du monde à faire consentir Mademoiselle Co** de laisser publier les Pièces qu'elle en avoit données. Vous connoissez fa modestie , elle égale son mérite. Vous avez vû avec quelle indiférence elle a foutenu l'injustice, que lui ont fait quelques personnes, de publier dans le Monde qu'elle n'avoit point écrit les dernières * Lettres qui ont paru fous son nom. Vous savez mieux qu'un autre, Monsieur , fi elles sont d'elle, vous qui lui en avez vû écrire plusieurs, & qui joignant un caractère aimable á un esprit délicat, l'animez par vos confeils à continuer de mériter l'estime des honnetes Gens. Un Pédant, qui vit dans un reduit obfcur à Amsterdam, lui a fait un crime d'être Cartésienne. On m'a parlé d'une Lettre qu'il avoit écrit à ce sujet à un de ses Amis. Cette Lettre a été goutée par deux ou trois personnes,

qui * Lettres Philosophiques. & Critiques de Mademoiselle Co***, avec les Réponses de Monsieur le Marquis d'ARG. à la Haye; 1744

qui font persuadées qu'il y a beaucoup plus d'esprit à ne rien approuver , qu'à Jouer ce qui mérite de l'être.

On ne fauroit allez exhorter les Gens à fe deffendre de la pallion de décider , & qui pis eit, de décider sur les matières qu'ils ont le moins approfondi.

Vous favez , Monsieur , qu'on a voulu me rendre responsable de quelques interpretations malignes qu'on a donné à trois ou quatre Portraits généraux que j'avois fait dans une de mes Lettres. On a prétendu que je voulois designer certaines Gens , auxquelles je n'avois pas . pensé. Il est fort singulier qu'un Auteur ne puisse plus peindre le vice, parce qu'il y a des Vicieux qui prennent pour eux en particulier ce qui n'est dit que pour le général. Il ne faudra pas jouer deformais sur le Théâtre des Courtisans, des Fourbes , des Débauchés, des Co. quettes, des Prudes, des Avares, des Marquis ridicules., des Comtesses folles; parcequ'il y a réellement de tous ces Gens-là dans le Monde, & qu'on peut leur appliquer les Portraits qu'on en a fait. On brulera Moliere, Regnard, la Bruyere. Pour Rousseau, Despreaux , il n'y aura point de suplice qu'ils n'ayent mé

rité, puisque peu contents de blâmer les vices & les ridicules, ils ont nomme ceux qu'ils condamnoient. Je ne veux point icy deffendre ces deux derniers; mais quant aux prémiers, qui n'ont fait que des Portraits généraux, ils ne peuvent être blâmés par tout Homnie qui juge fans passion. Ce n'est pas les Auteurs qui écrivent des Portraits généraux qu'il faut accufer de malice; ce sont ceux qui font des Clefs à ces mêmes Portraits.

En voilà je crois assez pour apprendre à vivre à ceux qui ont voulu me taxer de malignité. Et quant à ceux qui croyent s’étre reconnus dans mes Portraits, s'ils en font offensés, il est un moyen bien certain pour rendre inutile ce que j'ai dit. Qu'ils deviennent bons, sages, vertueux ; dès ce moment, ces mêmes Portraits qui les fachent, ne leur refsembleront plus.

Vous feriez furpris, Monlieur, si je vous apprenois les peines & les foins qu'on s'est donné pour nuire à l'Ouvra. ge de Mademoiselle Co**. Je l'avois prévû; mais j'avois aussi prévû que tout cela feroit inutile. Le Public juge par lui-même : on a beau vouloir arréter les fuffrages par la brigue & par la cabale. Mais je m'apperçois que ma Lettre eft A 3

dejà

dejà très longue. Peut-être vous aurat-elle ennuyé. Pardonnez-moi, Monsieur: l'amitié est un peu babillarde, & le Cour aime à se répandre avec ceux qu'il estime. Je suis &c.

R E F L E X I ONS

Diverses sur les Passions. Par Monsieur le Marquis d'Arg.

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Sur les Passions en général. ARMI les différentes Passions , qui

regnent dans le cæur des Hommes, il en est un nombre de blâmables, qui naissant des desirs déreglés de l'imagination ne peuvent aboutir à rien que de criminel. Mais il en est d'une autre espèce, qui opposées à ces premières, portent au bien , excitent à la vertu , & ne contribuent pas médiocrement au bonheur de la Société civile. Ceux qui disent que les Passions font le malheur du Genre-Humain , & ceux qui prétendent qu'elles le rendent heureux, ont égale.

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