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Un jour, comme je jouois de la flûte à bec, allis sur le bord d'un ruisseau dans une prairie, un Ane qui paissoit à vingt pas, leva la tête dès qu'il m'entendit , s'approcha de moi, s'arréta quelque tems à huit ou dix pas toujours fort attentif; puis il vint si près, qu'il avoit la tête presqu'audessus de la mienne. Il m'écouta tranquilement

dans cette situation pendant un demi , quart d'heure environ uniquement oc

cupé du son de la flûte. Je ne sai s'il se lasa; mais enfin, après avoir écouté fort attentivement, il prit avec les

dents mon chapeau sur ma tête, & le » porta du moins à dix pas; & tournant

la tête, il s'enfuit au galop, & alla chercher au milieu de la prairie une nouriture plus solide.

Les fremisemens causés par le Son dans certaines liqueurs, les tremblemens dans les parties du verre qui se rompt & fe brise quelques fois, font produits par les mêmes causes qui remuent les fibres, les nerfs, & les cordes qui sont à l'unisson,

СНА.

CHAPITRE TROISIEME.

Sur la Lumière.

§. I.

De la nature de la Lumière.

Si

Pon refléchit sur la ressemblance qui de la quelle j'ai deja fait mention, on comprend qu'il est naturel que la production de la Lumière se faffe de la même manière que celle du Son. Nous venons de voir qu'il consiste dans la propagation d'un mouvement vibratoire par l'air. Il est donc très vraisemblable que la Lumiè. re consiste dans une pareille propagation d'un mouvement vibratoire dans un autre milieu élastique, plus rare & plus fubtil que l'air. Ce sentiment est celui de Monsieur Euler. Je citerai encore ici un passage de la savante Dissertation. J'en uferai plusieurs fois de même, l'autorité d'un aulli habile Homme, & aussi généralement estimé étant d'un très grand poids, & ne pouvant appuyer mon sentiment d'un nom plus respectable que le

sięn.

Avant que

رو

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sien.

d'embrasser , dit-il , w ce sentiment, il faut lever un obstacle

de la dernière importance. Le grand » Newton , à qui nous sommes infiniment

redevables sur cette matière, écoit d'un i, sentiment tout à fait contraire. Il fou

tenoit que les rayons de la Lumière fortoient immédiatement du Soleil où il semble que l'hypothèze du Vuide ait porté ce grand Philosophe à soutenir ce sentiment; quoique, par ce même mouvement rapide de la matière Solaire, il a été obligé de remplir tout l'Univers. Mais il y a de fi fortes objections à opposer à cette hypothèse, & elle se trouve exposée à de îi grandes difficultés, que nous nous trouvons

obligés de l'abandonner tout à fait. En » prémier lieu, nous ne pouvons pas nier », l'existance d'un Ether, ou d'un fluïde

incomparablement plus subtil & plus élastique que l'air. Les phénomènes de

la Dureté, de l'Elasticité, de la Pesan» teur, du Magnétisme & de l'Electrici

té des Corps prouvent absolument l'existance d'un tel fluïde, si nous ne voulons pas recourir à des qualités occultes. Or l'existance d'un tel fluïde est absolument incompatible avec l'ex

وز

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92

ور

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» plo.

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z plosion actuelle des rayons du So

leil.

J'AJOUTERAI aux fages réflexions de Monfr. Euler, que si l'hypothèse Newtoniene avoit lieu, la perte de la matière du Soleil feroit si grande, que cet Af: tre seroit détruit & diflipé depuis long. tems, comme nous l'avons montré dans le premier Chapitre de ce Discours. Il faut donc établir que la Lumière est la même chose dans l'Ether, que le Son dans l'air. Nous avons vî qu'il n'émane aucu: ne partie d'une corde frapée pour venir à nos oreilles. Nous établirons encore qu'il ne fort aucun rayon du Globe Solaire, c'est-à-dire du corps du Soleil. Cet Astre en remplisfant continuellement un espace prodigieux deLumière,ne perd rien de fa matière, comme une cloche ne perd rien de fon poids en remplissant une grande étenduë du bruit qu'elle cause.

Les Corps lumineux pressent la matière étherée, lui donnent un mouve. ment de vibration, c'est-à-dire un mouvement qui fait avancer & reculer les rayons ; c'est pourquoi tantôt les rayons font dardés dans l'oeil, tantôt ils réjaillissent repoussés par le ressort des fibres sur les quels ils tombent. D'ailleurs les

par

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parties angulaires des corps lumineux tournant sur leur centre présentent can. tôt la pointe aux rayons qui font forcés d'avancer , tantôt le côté; & alors les rayons, trouvant un petit espace libre, reviennent l'occuper.

L'on ne peut douter que la Lumière ne foit une matière. Elle touche, elle blesse l'organne de la vuë; elle cause, lorsqu'el. le est trop vive, une sensation de douleur. Il faut donc qu'elle heurte & frappe ces fibres: elle ne pouroit les frapper , fi elle n'écoit pas matière, puisqu'il n'y a qu'un corps qui puisse toucher un corps.

L A matière, de la quelle est composée la Lumière, doit être plus déliée que l'air , puisqu'elle pénètre le verre , le christal. Lorsqu'on a pompé l'air dans la Machiné du Vaide, le Réci ient reste toujours plein de Lumière.

Le mouvement de vibration dont la lumière est agitée doit être excessivement prompt. Il l'est infiniment plus que celui du Son qui parcourt cent quatrevingt toises dans une seconde. La Lumière va du moins fix cens mille fois plus vîte. La promptitude des impressions de la Lumière transmise dans l'Ether depend de son élasticité & de la densite. Si ces

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