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yeux, n'est

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que de le céder à une Rivale. Je vous lavouë, Dom Sanchez, votre mort, à mes

pas le plus grand de tous les maux į mais votre changement le feroit.

ELVIRE fut interrompuë par un Elclave , qui ouvrant brusquement la porte, lui ordonna de passer avec Dom Sanchez dans la Chambre prochaine. Quelle fut la surprise de ces deux Epoux d'y trouver Adelaïde ! Je viens, leur dit-elle, me vanger des maux que vous m'avez fait tous les deux. Je ne vous ferai point ici, Elvire, des reproches inutiles. Le tems presse, & les momens nous sont chers. Vous auriez dû m'apprendre que Dom Sanchez étoit votre Epoux. J'aurois peutêtre étouffé une passion qui n'avoit point encore fait les progrès qu'elle a fait dans la suite. Vous êtes coupable Dom Sanchez , du même crime. Je veux, pour vous punir tous les deux, vous donner la vie & la liberté. Je vous livre aux remords que vous devez sentir de m'avoir rendu la Femme la plus infortunée de l'Univers. Partez. Cet Esclave vous conduira au bord de la Mer, où vous trouverez un Vaisseau qui vous conduira en Espagne. J'ai trompé mon Père. Il Tome I.

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croit

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par Elvis

croit que Dom Sanchez, séduit re, est résolu à devenir Mahometan. Fuyez, partez, profitez de la nuit. Demain mon Père découvrant ma feinte en bâteroit plutôt votre perte.

PENDANT qu'Adelaïde parloit, Elvire & Dom Sanchez touchés de fa grandeur d'ame versoient des larmes. Elle s'en apperçut, & leur dit: je vois couler vos pleurs; vous plaignez mon destin; votre amitié en adoucit la rigueur. Adieu. Souvenez-vous quelques-fois de la triste Adelaïde. Elvire, elle vous aime comme fa Sæur. Dom Sanchez, fi elle ne vous eut jamais vù, elle eut vécu heureuse.

ADELAIDE se retira , fans attendre la réponse d'Elvire & de Dom Sanchez. L'Esclave chargé de les conduire leur fit signe de les suivre. Il les mena à la faveur des ténèbres sur le bord de la Mer; & comme ils étoient prêts à s'embarquer, it remit à Dom Sanchez une callette remplie d'or & de pierreries.

Le vent étoit favorable. A peine Elvire & fon Epoux furent-ils sur le Vaisseau, que le Capitaine fit appareiller & faire voile. PENDANT que Dom Sanchez

netré

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metré des bontés d’Adelaïde s'éloignoit des côtes d'Afrique, cette infortunée Amante se livroit à la douleur la plus profonde. L'effort qu'elle venoit de faire lui déchiroit le coeur.

Elle avoit pour jamais perdu l'espoir de revoir un Amant qu'elle adoroit. Elle avoit conservé cet Amant pour sa Rivale. Elle croyoit toujours le voir aux piés d'Elvire jurer å cette Epouse un amour éternel.

Cette image, qu'elle ne pouvoit éloigner, redoubloit tous ses maux. Dans les coeurs malheureux, la jalousie est le comble de l'infortune. Bien loin de diminuer l'amour, elle l'augmente; & le desespoir d'être méprisée, au lieu d'inspirer de la haine, acroit la tendresse. Effet bizarre & singulier, mais qui n'en est pas moins vrai; effet que tous les Amans qui ont eu des Rivaux ont éprouvé, & sur lequel peut-être ils n'ont pas également tous réfléchi. L'idée du bonheur dE’lvire étoit toujours présent à l'esprit d’Ade. laïde. Heureuse Elvire , difoit - elle, dans le moment que je répands des pleurs, tu goutes le plaifir d'être unie à Dom Sanchez ! Mon malheur fait ton bonheur. J'ai payé du repos de ma vie ton union avec ton Epoux. Sort cruel!

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Destin fatal! Qu'avois-je fait, pour me reduire dans l'état le plus affreux ? Et toi, Dom Sanchez, la cause & la source de tous mes maux, je te pardonne la douleur que je sens. Je te pardonne ma mort. Hélas ! peut-être m'as-tu déjà entièrement oubliée? Ha! du moins, li mes bontés s'effacent de ta mémoire, songes que tu tiens de ma main cette Elvire que tu adores, & qui cause tout mon malheur.

ADELAIDE passa le reste de la nuit à se plaindre entièrement des rigueurs de la Fortune. A peine fut-il jour, que le Dei, qui venoit d'apprendre l'évasion de Dom Sanchez & d'Elvire, & qui croyoit que fa Fille l'ignoroit, entra dans fa Chambre pour lui annoncer cette nouvelle. A l'air pâle & défait d’Adelaïde, il cómprit qu'elle devoit en être instruite ; mais il crut qu'on la lui avoit apprise dans le même tems qu'à lui, & il n'eut aucun soupçon qu'elle eut fait fauver elle-même Dom Sanchez & Elvire. Ma Fille, lui dit-il, je vois à ta douleur que tu es instruite de la fuite de ces deux Chrétiens. Si tu avois voulu en croire un Père qui t'aime tendrement, tu serois vangée, & je le serois aussi; mais

je

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je t'ai pardonné ta faute, & je ne veux plus te la reprocher désormais. Je ne cherche pas à aigrir ton chagrin , mais plutôt à le diminuer. Juge de ma tendresle & de mon amitié par la complaisance que j'avois pour toi. Je confentois, pour fecher tes larmes & finir tes douleurs, de te donner un Esclave pour Epoux. J'élevois cet Esclave, malgré sa perfidie, à un rang qui le rendoit digne de l'honeur qu'il recevoit. La Fortune a voulu me servir, malgré toi & malgré moi. Elle a épargné à tous les deux une démarche honteuse que l'amour faisoit faire à l'un, & l'amitié à l'autre. Oublie, Adelaïde, oublie un Misérable, un Ingrat, qui n'a jamais voulu se servir de ton amour, que pour te tromper. Je te jure sur tout ce qu'il y a de plus sacré, que je n'ai aucune part à sa fuite. Ne pense pas, que pour éviter de te tenir la parole que je t'avois donnée, j'aye contribué moi-même à l'évasion de ces deux Chrétiens. Dès que je l'ai apprise, jugeant quelle seroit ta douleur, & craignant pour tes jours, j'ai tout mis en usage pour les faire arrêter, & pour découvrir ceux qui les avoient favorisé, Mes recherches ont été inutiles. J'ai seu.

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