Page images
PDF
EPUB

découvrir , s'il m'est possible, les bons & les funestes effets qu'elles causent, suivant qu'elles sont bien ou mal ménagées.

[ocr errors][merged small]

’EST dans l’Anaour-propre, ainsi

que je l'ai dejà remarqué, qu'il faut chercher l'origine de l'Ambition. Cette Paf. sion est une des plus fortes & des plus violentes: lorsqu'elle s'est emparée d'un ceur, elle y regne avec un fouverain empire & en règle tous les mouvemens.

Les plus belles actions des grands Hommes doivent être attribuées à l'envie qu'ils ont eu d'immortaliser leur nom. Les forfaits des Tyrans les plus eruels ont été commis en partie par l'Ambition qu'ont eu ces mêmes Tyrans de regner despotiquement, de s'élever au dessus des loix, de s'affranchir des règles qu'ils craignoient qu'on ne leur imporât. T'itus fut ambitieux du nom de juste: Louïs douze de celui de Père de la Patrie: Tibère ambitionna d'elever sa Puif fance sur les débris de la liberté Romai. ne : il facrifia toutes les Vertus à fa Po

litique

litique ambitieuse. La même Passion fit de Cromwel un grand & illustre scélérat. Presque tous les Hommes ont de de l'Ambition, parce qu'ils ont de l'amour propre. On peut appliquer à cette Passion les vers de Malherbe sur la mort.

Le Pauvre en fa cabane, le chaume le

couvre,

Eft sujei a ses Loix, Et la Garde qui veille aux barrières du

Louvre,

N'en défend pas nos Rois. L'AMBITION de Jules-César, qu'il porta jusqu'au point de vouloir étre le maître de la République, ne différe de celle d'un Bourgeois, qu'en ce que celuici n'étend ses vues, qu'à se rendre maitre dans le Confeil de la Maison de Vila le. Quant au-reste, tout est égal entre le Dictateur Romain & le Bourgeois. Ils font soigneux de saisir à propos toutes les occafions qui peuvent augmen: ter leur puissance & les conduire à leur but. Ils haïllent ceux qui s'opposent à leurs desseins ; ils fongent à se faire des Créatures; à prévenir les entreprises de

leurs

leurs Ennemis. Ils font de leur éléva. tion leur principale occupation, & l'Empire Romain ne touche pas davantage le coeur de César, que la direction des affaires de la Ville celui du Bourgeois. Nos Passions fe conforment à nos jugemens; nos jugemens sont produits par nos idées & nos idées le sont par les objets qui nous frapent & qui nous environnent. Parlez de la puissance d'un Empereur à un Paisan, il en est moins touché, que de celle du Subdelegué de l’Intendant , qui l'oblige toutes les années à payer les impots, & le fait mettre en prison lorsqu'il n'a pas de quoi le faire. Ce n'est pás la grandeur de l'objet que nous souhaitons, qui fait la mesure de notre Ambition, c'est l'envie que nous avons de posseder cet objet. Concluons donc de là, que l’Ambition est également forte dans les Gens d'un état très disproportionné, puisqu'ils desirent avec la même vivacité de parvenir à leur but.

L'AMBITION agit chez les Honimes par divers moyens, & aboutit au mê. me point par différentes routes. Il y a un chemin baitu, droit, uni, & connu généralement de tout le monde, c'est celui dans lequel ont marché les Alexan

dres,

dres, les Césars, les Thémistocles, les Augustes, & tous ceux qui les ont imités. Il y en a un autre oblique, détourné & couvert, qui a été pratiqué par les Socrates, les Diogènes, les Zénons, & par tous les Philosophes, les Théologiens, & autres Personnages renommés qui ont écrit & parlé très fortement contre la gloire. Ces Gens. ressemblent aux rameurs qui s'avancent vers le port en lui tournant le dos. Leur conduite est très sensée, & il y a plus de grandeur à mépriser les dignités & les richesses, qu'à les desirer &à en jouïr. Un excellent Auteur & contemporain de Montagne a eu raison de dire: que l'Ambition ne se conduisoit jamais mieux, que par une voye égarée & inusitée.

Ceux qui prétendent que l'Ambition est la plus forte des Paffions, & qu'elle maitrise , pour me servir des termes de Charron, toutes les autres Passions for cupidités , même celles de l'Amour, qui semble toutes fois contester de primauté avec celle-ci; ceux,dis-je, qui soutiennent cette opinion, se trompent étrangement. Toutes les Passions font égales : ce qui fait leurs différens degrés de force, c'est le plus ou le moins d'empire qu'elles ont dans les

Cours.

TE

Coeurs. La gloire a beaucoup moins d'appas, qu'un trésor pour un Avare. La bonne chère paroit plus douce à un Gour: mand, que la réputation la plus brillante. S'il y a une Paffion qui soit supérieuré aux autres, sans doute c'est l'Amour. Mais, dira-t-on, Alexandre, Scipion César, Pompée ont facrifié l'Amour à leur gloire. Je réponds à eela , que c'est parce qu'ils aimoient foiblement. Si l'Amour avoit été aussi fort ehez eux que l'Ambition, cette dernière Paffion auroit cédé à la prémière. Antoine n'avoit-il pas de l'Ambition ? L'Amour lui couta l’Empire de la moitié du Monde. Olian Empereur des Turcs perdit le Thrône & la vie, pour avoir épousé une Esclave qu'il aimoit. On prétend que le Mariage du feu Roy de Sardaigne fut une des principales causes de fa renonciation au Thrône. Combien de particuliers n'y a.. t-il pas eu, & n'y a-t-il pas encore aujourd'hui, qui ont, quoi qu'ambitieux, faGrifié leur fortune à leur Amour? Si l'Ambition à produit de grands évènemens dans le Monde, fi elle a été la cause de la destruction de plusieurs Empires ; l'Amour leur a occasionné ces mêmés effets. Horace nous apprend, que

[ocr errors][ocr errors]
« PreviousContinue »