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de projets. L'Europe sait que Paul-Louis Courier a été, le 10 avril 1825, atteint d'un coup de fusil à quelques pas de sa maison et qu'il est mort sur la place.

On verra qu'une année avant sa tragique fin Courier se faisait dire dans son Livret : Paul-Louis, les cago's le Lueront. Le procès auquel a donné lieu cette déplorable mort n'a point accusé les cagots; aujourd'hui même encore on n'accuse personne. Quelques amis de Courier savent seulement que, devenu dans ses dernières années d'une humeur assez difficile, il n'était pas sans ennemis dans son voisinage. Mais ce dont il est impossible de n'être pas vivement frappé, c'est le vague pressentiment de malheur qui règne dans la dernière partie du Pamphlet des Pamphlets. Quelques lignes semblent être un confus adieu de Courier à la vie, à ses études favorites, à sa carrière déjà si glorieuse, un involontaire retour sur lui-même, et comme un touchant désaveu de ses préventions contre son temps. « Détournez de moi ce calice, « dit-il; la ciguë est amère, et le monde se convertit assez « sans que je m'en mêle, chétif; je serai la mouche du a coche, qui se passera bien de mon bourdonnement;

mes chers amis, et ne cesse d'aller. Si sa marche « nous paraît lente, c'est que nous vivons un instant; « mais que de chemin il a fait depuis cinq ou six siècles ! « à cette heure, en plaine roulant, rien ne le peut plus « arrêter. »

C'est parmi ces espérances d'un temps meilleur pour la France et pour l'humanité, que l'ardent ennemi des oppresseurs de grande et de petite taille, héros ou cagots, semblait pressentir à la fois et la fin et l'inutilité prochaine de son rôle de pamphlétaire. Il y a six ans de cela, et certes

« il va ,

le coche n'est point resté depuis lors immobile. Hier il avançait, aujourd'hui il recule. C'est toujours la lutte des passions et des ineptes fantaisies de quelques débris d'ancien régime contre les résultats de la révolution. Assurés de vaincre un jour, mais pressés d'en finir, qui de nous n'a point senti cruellement dans ces derniers temps l'absence de Paul-Louis Courier? Combien de fois ne s'eston pas surpris à penser qu'en tel acte arbitraire ou honteux, le pouvoir qui se riait des attaques concertées de cent journaux, eût tremblé à l'idée de rencontrer la petite feuille du pamphlétaire '? Non, Courier n'est point oublié et ne le sera point. La place qu'il occupa dans nos rangs demeurera vide jusqu'à la fin du combat. Mais, avant de rencontrer sa destinée, il a du moins gravé sur l'airain tous les sentimens qui lui furent communs avec nous et qui absoudraient cette génération, si jamais elle était accusée d'avoir été muette spectatrice de toutes les hontes de la France depuis quinze ans.

ARMAND CARREL.

1er décembre 1829.

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Il y en a neuf aujourd'hui et presque dix ; on dirait que tout ce passage est écrit pour le milieu de l'an de grace de 1834. On n'y a pas changé une syllabe; et pourtant il y a eu une révolution depuis lors , et PaulLouis Courier a joué dans cette révolution un rôle auquel il ne s'était pas cru destiné. Ceux qui se livrent aujourd'hui en habit de ministres aux plus ignobles persécutions contre la presse, furent tout heureux alors de se retrancher derrière vingt lignes de Courier qui semblaient une prédiction de l'avènement de la branche cadette. La combinaison a porté ses fruits : mais si le pamphlétaire était là !

(Note des éditeurs.)

PAMPHLETS

POLITIQUES

DE PAUL-LOUIS COURIER.

1816 - 1824.

-

PÉTITION

AUX

DEUX CHAMBRES. .

(1816.)

MESSIEURS,

Je suis Tourangeau ; j'habite Luynes, sur la rive droite de la Loire, lieu autrefois considérable, que la révocation de l'édit de Nantes a réduit à mille habitans, et que l'on va réduire à rien par

de nouvelles persécutions, si votre prudence n'y met ordre.

J'imagine bien que la plupart d'entre vous, messieurs, ne savent guère ce qui s'est passé à Luynes depuis quelques mois. Les nouvelles de ce pays font peu

de bruit en France, et à Paris surtout. Ainsi je dois, pour la clarté du récit que j'ai à faire, prendre les choses d'un

peu

haut. Il y a eu un an environ, à la Saint-Martin, qu'on commença chez nous à parler de bons sujets et de mauvais sujets. Ce qu'on entendait par là, je ne

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