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vestibulaire qui part aussi du cervelet. Chez la femme, citée par Max-Simon, qui n'osait pas marcher sans avoir du vertige, parce qu'elle s'imaginait que le pavé s'enfonçait sous ses pieds comme du coton; chez le malade de Sandras, qui ne pouvait pas marcher sur l'asphalte sans être pris de vertige, c'était, au contraire, le sens musculaire général qui était en délire et jetait la perturbation dans le fonctionnement du cervelet. C'est, du reste, à ce dernier sens seul que Romberg attribue toujours le vertige qu'il considère comme étant une hypéresthésie des nerfs de la sensibilité musculaire.

Quoi qu'il en soit, que les renseignements fournis par la vision, l'audition et le sens musculaire viennent ou non converger tous dans le cervelet, il est une chose incontestable, c'est que le vertige résulte réellement très-souvent d'une modification survenue dans les conditions ordinaires de la fonction équilibration, soit dans ses agents moteurs, soit dans ses agents sensoriels, autrement dit soit dans l'équilibre lui-même, soit dans le sentiment d'équilibre. C'est ainsi, par exemple, que nous pouvons l'éprouver en chemin de fer. Nous sommes transportés dans l'espace sans nous déplacer nous-mêmes; nous passons rapidement à côté des objets, et comme notre sens musculaire nous fait savoir que notre système musculaire est inerte, cette combinaison de ce sentiment d'inertie avec la série d'impressions visuelles fait naître en nous une illusion. Nous croyons que ce sont les objets qui se déplacent, nous sommes sous l'empire de conditions d'équilibre qui ne semblent pas s'allier entre elles et ce sentiment conduit bientôt beaucoup de personnes à un véritable vertige.

Il est un genre de vertige qui semble avoir pour point de départ une altération matérielle de l'oreille interne, dont Ménière a fait une maladie spéciale qui porte son nom, et qui, grâce aux développements théoriques dont elle a été l'objet, va nous fournir un complément de la théorie de Lussana. Du moment où notre but est de chercher la vérité en confrontant les données de la pathologie avec celles de la physiologie, je crois nécessaire d'introduire encore cette pièce dans le dossier du procès.

Dans la maladie dite de Ménière, le sujet éprouve tout à coup, au milieu de la santé la plus parfaite, un vertige caractérisé par un étourdissement, des tintements d'oreille, des nausées et même des vomissements. Il ne peut ni se tenir debout ni marcher. Il croit que les objets tournent autour de lui et il titube lui-même. Il s'imagine que le sol se dérobe sous ses pieds. Il peut même, mais c'est excep

tionnel, présenter une tendance involontaire à tourner constamment du même côté. Quand le vertige est terminé, il constate qu'il a perdu de la finesse de son ouïe. Ces phénomènes se reproduisent à des époques plus ou moins éloignées et, chaque fois après, l'audition reste de plus en plus affaiblie jusqu'au moment où il en résulte une surdité complète et définitive. A l'autopsie, on trouve une hémorrhagie siégeant dans les canaux semi-lunaires où se distribuent les dernières ramifications du nerf vestibulaire.

Ces résultats de l'observation clinique concordent parfaitement avec ceux que Flourens a obtenus d'autre part dans ses expériences sur les canaux demi-circulaires. Lorsqu'on a divisé le canal demi-circulaire horizontal, la tête et fréquemment le corps tout entier de l'animal exécutent des mouvements de rotation. Lorqu'on a divisé le canal vertical supérieur, l'animal tient sa tête inclinée en bas et a une tendance à tomber en avant. Lorsqu'on a sectionné le vertical postérieur, l'animal tient sa tête redressée et même renversée en arrière et il offre une tendance à tomber en arrière. Si on lèse à la fois tous les canaux, il en résulte une combinaison de mouvements désordonnés, comme si l'animal était atteint de vertige. Dans toutes ces circonstances, l'ouïe paraît conservée. Si on détruit le limaçon seul, l'audition est perdue, mais il n'y a aucun trouble d'équilibre, ni aucun mouvement anormal.

En faisant ce rapprochement des faits physiologiques et pathologiques, Goltz a imaginé une théorie qui rentre tout à fait dans l'ordre des idées de Lussana. Il regarde le nerf vestibulaire, les canaux demi-circulaires et le liquide labyrinthique qui est enfermé dans ces canaux comme constituant un système destiné à éclairer les centres locomoteurs sur la position de la tête et ses conditions d'équilibre, et à leur permettre de réagir instinctivement contre les menaces de chute, l'équilibre de tout le corps étant solidaire de celui de la tête. Lorsque celle-ci s'incline dans un sens quelconque, comme les trois canaux sont disposés dans trois directions différentes, il en est toujours un qui se trouve recevoir plus de liquide, puisque les lois de la pesanteur veulent que les liquides se portent toujours vers le point le plus déclive. Les rameaux nerveux de ce capal se trouvent dès lors soumis à une pression plus forte. Le cervelet et, par suite, le système central locomoteur reçoivent une impression qui provoque aussitot des actions musculaires capables de ramener la répartition du liquide dans son état ordinaire et de

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PHYSIOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX,

remettre le corps dans une station mieux équilibrée. Lorsqu'un canal est sectionné, ses nerfs ou ne sentent plus de pression parce que le liquide s'est écoulé, ou en sentent une trop forte parce qu'il s'est fait une hémorrhagie. Dans l'un et l'autre cas, les renseignements sont faux, d'où trouble dans les actes locomoteurs. C'est le dernier qui se présente toujours dans la maladie de Ménière. Goltz attribue aussi le mal de mer aux déplacements incessants que le roulis et le tangage viennent imprimer au liquide labyrinthique. Mais nous verrons plus tard que les causes de ce phénomène morbide sont complexes et que les déplacements du liquide de l'oreille interne ne pourraient, dans tous les cas, que jouer un role secondaire.

Évidemment tout cela n'est qu'une hypothèse, mais une hypothèse assez rationnelle et, grâce à ce perfectionnement, la théorie de Lussana se trouve former un ensemble si satisfaisant, si en rapport avec la plupart des faits d'observation, qu'on ne se sent pas autorisé à la rejeter complétement, même quand on est convaincu, comme moi, que le cervelet est, avant tout, un foyer de force motrice portant avec lui les moyens de coordination et d'association qui lui sont indispensables. En sorte que tout, dans nos connaissances pbysiologiques et pathologiques, vient nous raffermir dans cette conclusion déjà formulée antérieurement, à savoir que la vérité se trouve peut-être dans la fusion des trois idées, de Flourens, de Luys et de Lussana. Quant à la physiologie pathologique spéciale du cervelet, nous

à en parler, car nous l'avons fait à propos de la protubérance. Ces deux organes sont toujours en scène ensemble dans les actes pathologiques comme dans les actes physiologiques.

n'avons pas

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TRENTE-TROISIÈME LEÇON.

DES PÉDONCULES CÉRÉBRAUX.

MESSIEURS,

Constitution anatomique. — Vous vous rappelez, Messieurs, que la protubérance est réunie aux lobes cérébraux par deux faisceaux qui, partis de sa face supérieure, vont, en divergeant, se porter vers les couches optiques et les corps striés où ils semblent s'épanouir. Ce sont ces deux gros cordons qui ont reçu le nom assez heureusement trouvé de pédoncules cérébraux. Il est facile de reconnaitre à l'ail nu que chacun d'eux est formé de trois plans, ou plutôt de trois rubans superposés. Ceux-ci sont appelés étages et distingués en étages inférieur, moyen et supérieur. L'inférieur est constitué par des fibres qui semblent se continuer avec celles qui traversent la portion antérieure de la protubérance et, par conséquent, avec celles des pyramides antérieures du bulbe. Les fibres de l'étage moyen paraissent faire suite à celles qui traversent la partie postérieure de la protubérance et sont regardées classiquement comme le prolongement du faisceau intermédiaire du bulbe. Quelques anatomistes les considèrent comme ayant pris naissance dans la protubérance. Enfin l'étage supérieur est incontestablement formé par le pédoncule cérébelleux supérieur qui vient se placer sur les deux autres cordons, de sorte que le pédoncule cérébral est formé, comme substance blanche, de deux faisceaux qui émanent de la protubérance et d'un faisceau qui émane du cervelet. Dans cet ensemble de fibres blanches se trouvent semés plusieurs amas de substance grise. Entre les étages inférieur et moyen se trouve une forte couche de cette substance qui offre chez l'homme une teinte beaucoup plus foncée que celle de la substance grise des autres centres nerveux. De là lui sont venus les noms de tache de Sommering et de locus niger. Cette teinte foncée n'appartient qu'à l'homme et ne se rencontre jamais chez les autres mammifères. Au microscope, on reconnaît que cette teinte générale est due à ce que les cellules renferment une grande quantité de pigment d'un brun noir. Quelques-unes de ces cellules ont une forme polygonale et possèdent des prolongements multiples. La plupart sont ovoïdes et ont seulement un prolonge

b

Fig. 42. a, trois cellules prises dans le locus niger. b, trois cellules prises dans les tubercules

quadrijumeaux. ment à chaque extrémité de leur grand axe. Ces prolongements paraissent ne pas se ramifier ultérieurement. Au centre même de l'étage moyen se trouve un second amas de substance grise beaucoup moins riche en pigment. Il ne forme même pas une couche continue; il se mélange avec la substance blanche, sur laquelle il produit un véritable piqueté. Il en résulte une teinte mixte qui est très-faible et qui fait que l'existence de ce second amas échappe facilement à l'observateur. C'est évidemment la continuation de la formatio reticularis, qui prend naissance dans le bulbe et qui se propage, à travers la protubérance et le pédoncule cérébral, jusque dans la couche optique. C'est la colonne grise centrale de la moelle qui se dissocie et s'épanouit à partir du bulbe. Enfin, entre l'étage moyen et l'étage supérieur, se trouve une nappe de substance continue qui concourt à limiter l’aqueduc de Sylvius et qui fait suite à la couche tapissant le plancher du quatrième ventricule. Chaque pédoncule renferme en outre le noyau d'origine d'un des deux nerfs moteurs oculaires communs. Ceux-ci émergent de la ligne séparant les étages inférieur et moyen. Leurs racines vont se perdre les unes dans l'étage moyen, d'autres dans l'étage inférieur, d'autres dans le locus niger.

Physiologie normale. Nos connaissances sur ce sujet se réduisent à fort peu de chose. Comme faits expérimentaux, on sait seulement que les pédoncules cérébraux sont à la fois très-sensibles et

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