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prétend que la force nerveuse engendrée par le cervelet peut, par l'intermédiaire du corps strié, agir sur les manifestations de la volonté; qu'il peut donner plus ou moins d'impétuosité, d'énergie et de ténacité aux déterminations de cette faculté, particulièrement aux déterminations de nature motrice. Il s'appuie sur quelques observations empruntées à Calmeil et à Andral. Ces observations méritent d'être mentionnées avec indication de leurs traits principaux, Un homme meurt après avoir montré subitement une grande exaltation et une agitation excessive, et, à l'autopsie, on trouve le cervelet et le corps strié fortement injectés, d'une teinte violacée même. Un aliéné, devenu très-violent et en proie à des impulsions irrésistibles, présenta un ramollissement du cervelet et le corps strié zébré de violet. Un autre malade, qui se livrait à des gesticulations continuelles et qui ne prenait pas une seconde de repos, offrit une congestion considérable du cervelet, du corps strié et de la protubérance. Un quatrième, en proie à des accès de fureur, montra un cervelet violacé et des corps striés rouges. Un cinquième, qui s'était signalé par une pétulance insolite, une activité dévorante, des accès d'emportement avec vociférations et mouvements désharmoniques, avait une congestion considérable du cervelet et des corps striés. Dans la collection d'Andral, on trouve un fait d'atrophie unilatérale du cervelet dont les symptômes principaux furent une grande timidité, une disposition à la frayeur, une manie irrésistible de déplacer les objets, une grande lenteur de pensée et de mouvement.

Troubles du sentiment d'équilibre. - Un des symptômes les plus fréquents des maladies du cervelet est le vertige. C'est au point que beaucoup d'auteurs ont voulu attribuer au cervelet seul ce phénomène morbide, quoiqu'il se montre souvent dans les maladies des autres parties du système nerveux et quoiqu'il puisse apparaitre aussi sans qu'il existe aucune lésion apparente. Quelques-uns, voulant mieux préciser le mode de production du vertige, ont prétendu qu'il traduisait toujours un défaut de synergie entre les deux lobes du cervelet. D'autres, ne concédant plus à cet organe qu’un rôle de collaboration, ont présenté ce symptome comme résultant de la cessation de la synergie qui existe normalement entre le cerveau et le cervelet. Y a-t-il réellement lieu d'accorder à ce dernier organe un pareil monopole plus ou moins mitigé? Ce fait que le vertige peut etre engendré aussi par des altérations des lobes cérébraux, des couches optiques, des tubercules quadrijumeaux; qu'il peut être

provoqué par une sensation pénible ou par une émotion morale; qu'il peut même reconnaître pour cause première une maladie périphérique, notamment un état dyspeptique de l'estomac, ce fait, disje, ne me semble pas une raison suffisante pour faire rejeter d'emblée cette localisation, car toutes ces circonstances pourraient fort bien, par action réflexe, déterminer dans le cervelet les modifications fonctionnelles capables d'aboutir à la production du vertige. Pour arriver à juger convenablement la question, il faut avant tout chercher à pénétrer la nature et le mécanisme de ce phénomène.

Il est d'abord bien établi que celui-ci est loin de se présenter toujours sous la même forme. Chez les uns, il consiste en un simple brouillard qui leur voile tout ce qui se trouve dans leur champ visuel. D'autres, tout en distinguant nettement les objets, croient les voir entraînés dans un mouvement de rotation plus ou moins rapide, ou exécutant des mouvements alternatifs de bas en haut et de haut en bas. D'autres sont, au contraire, persuadés qu'ils subissent euxmêmes ou qu'ils vont subir des déplacements du même genre. Ils se sentent entraînés. Parfois, il y a plus qu'une illusion : ils chancellent et tombent ou tout au moins ils titubent pendant un certain temps. Dans tous ces cas, il peut y avoir en même temps des tintements d'oreille, des éblouissements, des images lumineuses subjectives, de l'hémiopie ou de la diplopie. Chez une personne sujette à des vertiges complets, certains accès peuvent être restreints à l'un de ces derniers symptômes.

Rien que cette variété d'aspects prouve que le mécanisme du vertige n'est pas toujours identique et que ce n'est pas toujours la même partie du système nerveux qui représente la cheville ouvrière du travail pathologique. Évidemment, lorsque le vertige consiste simplement en des éblouissements ou des tintements d'oreille, le théâtre du phénomène pathologique doit se trouver exclusivement dans le système nerveux de la vision ou de l'audition. Lorsque le vertige est plus complet et que les troubles visuels ou auditifs ne font que le précéder ou l'accompagner, ces mêmes organes nerveux représentent encore une partie de ce théâtre. Dans ces deux conditions, le vertige constitue bien une véritable hallucination, comme l'a dit Sauvage. Max-Simon le nie en prétextant que, dans les véritables hallucinations, le sujet reste, pour ainsi dire, dupe de la sensation erronée qu'il croit éprouver; tandis que, dans le vertige, il se rend parfaitement compte de l'illusion et n'est à aucun moment trompé par elle. L'argument est plus spécieux que réel. Ici l'hallucination ne consiste pas dans la vue d'objets qui n'existent pas, mais dans des déplacements apparents d'objets dont l'existence est réelle, et l'intelligence conserve encore assez ses droits pour que le moi reste convaincu que ces mouvements sont impossibles. C'est tellement vrai, que les gens dont l'éducation a été à peu près nulle sont, eux, tout à fait victimes de l'illusion et croient à un véritable déplacement. De ce que les mêmes illusions peuvent avoir lieu chez les aveugles ou chez les sourds, ça ne prouve pas non plus que le vertige ne soit jamais d'origine sensorielle, puisque les véritables hallucinations, qui sont plus que des images subjectives, prennent naissance dans les centres nerveux eux-mêmes de ces sens. Ce premier genre de vertige, de nature hallucinatoire, doit avoir son siége dans la couche optique, puisque nous serons conduits plus tard à attribuer la production des hallucinations à ce renflement nerveux.

Lorsque le vertige se traduit par un chancellement et surtout lorsqu'il aboutit à une chute, lorsqu'en un mot l'individu qui est en proie à un vertige perd en réalité l'équilibre, il est évident qu'alors les centres locomoteurs sont mis en jeu et jouent même le rôle principal dans l'ensemble du phénomène. Dans ce cas, il est incontestable que le cervelet intervient pour une large part; mais, même alors, son action est inséparable de celle de la protubérance et des autres centres locomoteurs. Je ne saurais trop le répéter, il est fâcheux que l'anatomie et les besoins de la méthode nous forcent à étudier à part les fonctions des diverses parties affectées aux mouvements d'ensemble, car la protubérance et le cervelet n'ont réellement d'existence physiologique que parce qu'ils sont engrenés l'un dans l'autre. Isolés l'un de l'autre, ces deux organes seraient réduits à l'impuissance. Lorsque le malade croit seulement tourner et n'éprouve en réalité aucun déplacement, je crois que le siége principal se trouve encore être dans la même région. Il ne s'agit pas, dans ce cas, d'une simple hallucination, il y a un véritable entraînement et ce n'est qu'en luttant qu'il n'y cède pas.

Enfin, lorsque le vertige aboutit à une syncope ou à une perte de connaissance plus ou moins complète, cela tient à ce que le trouble central, qui est d'abord resté limité aux centres sensoriels et locomoteurs, s'est étendu au centre intellectuel, c'est-à-dire au cerveau. Alors le théâtre du vertige est aussi vaste et aussi complet que possible.

Quelles sont les modifications qui se produisent dans ces différents siéges au moment du vertige ? Évidemment, elles ne consistent pas dans le tubercule ou toute autre lésion qui se trouve dans un point de l'encéphale. S'il en élait ainsi, le vertige devrait être continuel. Ces modifications, quoique provoquées par cette épine matérielle permanente, doivent avoir une existence éphémère ou plutôt passagère, comme le vertige lui-même. Je crois qu'ils consistent le plus souvent en une anémie instantanée des organes centraux mis en jeu. En effet, le vertige est le prélude de la syncope et il y conduit souvent. Or, personne ne songe à contester que la syncope tienne à ce que le cerveau, pour une raison ou pour une autre, ne reçoit plus de sang. Le premier acte de l'accès épileptique est un vertige qui précède la perte de connaissance et celle-ci tient encore à une anémie du cerveau par contraction spasmodique des capillaires. La plupart des circonstances étiologiques tendent aussi à le prouver. C'est ainsi que l'inanition, les hémorrhagies, l'état de convalescence, la chlorose, agissent en produisant une anémie relative de l'encéphale, les excès vénériens en épuisant en outre directement le système nerveux. Les émotions morales, les sensations trop vives agissent par saisissement, en produisant, sans doute par action réflexe, une contraction spasmodique des vaisseaux. Je ne prétends pas toutefois que le mécanisme local consiste toujours en une anémie, puisqu'il y a vertige, dans les cas de congestion de l'encéphale. Les deux états, afflux trop considérable ou absence de sang, peuvent empêcher ou troubler le fonctionnement des divers centres. Du reste, lorsqu'il y a anémie, celle-ci est sans doute rarement complète. Elle est parfois partielle et mélangée à des congestions partielles. C'est même cette irrégularité qui, en permettant le fonctionnement de certaines portions, donne lieu à des hallucinations.

La théorie de Lussana permet d'établir une autre interprétation qui s'appliquerait à tous les cas et qui concentrerait dans le cervelet tous les faits du vertige. Celui-ci serait toujours une aberration passagère du centre du sens musculaire ou plutôt du bureau où viendraient converger tous les renseignements sensoriels nécessaires à la locomotion. Cette aberration pourrait aller jusqu'à donner naissance à des actes moteurs anormaux. Dans le vertige visuel, ce serait la membrane blanche de Foville, étendue des tubercules quadrijumeaux au cervelet, qui viendrait troubler les conditions du sentiment d'équilibre. Dans le vertige auditif, ce serait la branche vestibulaire qui part aussi du cervelet. Chez la femme, citée par Max-Simon, qui n'osait pas marcher sans avoir du vertige, parce qu'elle s'imaginait que le pavé s'enfonçait sous ses pieds comme du coton; chez le malade de Sandras, qui ne pouvait pas marcher sur l'asphalte sans être pris de vertige, c'était, au contraire, le sens musculaire général qui était en délire et jetait la perturbation dans le fonctionnement du cervelet. C'est, du reste, à ce dernier sens seul que Romberg attribue toujours le vertige qu'il considère comme étant une hypéresthésie des nerfs de la sensibilité musculaire.

Quoi qu'il en soit, que les renseignements fournis par la vision, l'audition et le sens musculaire viennent ou non converger tous dans le cervelet, il est une chose incontestable, c'est que le vertige résulte réellement très-souvent d'une modification survenue dans les conditions ordinaires de la fonction équilibration, soit dans ses agents moteurs, soit dans ses agents sensoriels, autrement dit soit dans l'équilibre lui-même, soit dans le sentiment d'équilibre. C'est ainsi, par exemple, que nous pouvons l'éprouver en chemin de fer. Nous sommes transportés dans l'espace sans nous déplacer nous-mêmes; nous passons rapidement à côté des objets, et comme notre sens musculaire nous fait savoir que notre système musculaire est inerte, cette combinaison de ce sentiment d'inertie avec la série d'impressions visuelles fait naître en nous une illusion. Nous croyons que ce sont les objets qui se déplacent, nous sommes sous l'empire de conditions d'équilibre qui ne semblent pas s'allier entre elles et ce sentiment conduit bientôt beaucoup de personnes à un véritable vertige.

Il est un genre de vertige qui semble avoir pour point de départ une altération matérielle de l'oreille interne, dont Ménière a fait une maladie spéciale qui porte son nom, et qui, grâce aux développements théoriques dont elle a été l'objet, va nous fournir un complément de la théorie de Lussana. Du moment où notre but est de chercher la vérité en confrontant les données de la pathologie avec celles de la physiologie, je crois nécessaire d'introduire encore cette pièce dans le dossier du procès.

Dans la maladie dite de Ménière, le sujet éprouve tout à coup, au milieu de la santé la plus parfaite, un vertige caractérisé par un étourdissement, des tintements d'oreille, des nausées et même des vomissements. Il ne peut ni se tenir debout ni marcher. Il croit que les objets tournent autour de lui et il titube lui-même. Il s'imagine que le sol se dérobe sous ses pieds. Il peut même, mais c'est excep

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