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toutes les fois qu'une impression sensitive intense peut se propager de bas en haut jusque dans le bulbe et la protubérance, les mouvements réflexes deviennent aussitôt généraux et convulsifs. Il était nécessaire d'énoncer ce fait physiologique, car on comprend qu'une tumeur, une lésion quelconque siégeant au-dessus du pont de Varole, puisse irriter au même titre que l'électricité et provoquer chez les malades des accès épileptiformes. Mais il y a lieu de faire une réserve que nous avons déjà faite pour les cordons, c'est qu'on n'obtient ces mouvements qu'à la condition d'employer une irritation très-forte.

Une différence existe cependant encore entre ce qui se passe dans la piqûre des cordons antérieurs de la moelle et ce qui se passe dans celle de la partie de la protubérance qui donne passage au prolongement des pyramides. Quand on pique les cordons antérieurs, nonseulement on donne naissance à des contractions tétaniques, mais l'animal jette de faibles cris; il accuse un peu de douleur. Il n'en est plus de même avec la protubérance toutes les fois qu'on évite de toucher la sphère d'épanouissement du trijumeau. C'est qu'en effet les cordons antérieurs n'ont de la sensibilité que parce qu'ils sont traversés par les racines antérieures qui apportent avec elles ce que nous avons appelé la sensibilité récurrente. Or, la partie antérieure de la protubérance ne donne naissance à aucun nerf capable de lui apporter de la sensibilité récurrente.

Longet dit que l'irritation appliquée à la région antérieure ne provoque de mouvements que d'autant qu'elle s'étend aux points traversés par les pyramides prolongées, et que lorsqu'elle reste limitée à la couche superficielle aux fibres transversales qui forment le pont de Varole, on ne détermine aucun phénomène de motilité. L'assertion n'est pas complétement juste, car si on déchire un certain nombre des fibres de cette couche, on donne lieu souvent à des mouvements de locomotion automatiques et bizarres qu'on obtient aussi, et peut-être plus sûrement, en agissant sur d'autres parties de l'encéphale et qui sont compris sous le nom générique de mouvements de rotation. Comme c'est la première fois que, dans notre exploration de l'axe cérébro-spinal, nous rencontrons ce genre de phénomène, nous allons en faire l'objet d'une description d'ensemble dans laquelle se trouveront forcément signalés des faits plus particulièrement applicables à d'autres régions encéphaliques. Cette description sera donc une base posée une fois pour toutes et à laquelle nous ferons appel plus tard, en temps et lieu.

Les mouvements de rotation peuvent consister en une rotation de l'animal autour de l'axe longitudinal de son corps : dès que la lésion est produite, l'opéré tombe et se met à rouler rapidement jusqu'à la rencontre d'un obstacle. Si on éloigne l'obstacle, le phénomène recommence. Dans ce premier cas, ils sont dits : mouvements de roulement. Dans d'autres circonstances, l'animal se met à décrire autour d'un centre fictif un cercle d'un rayon plus ou moins grand. Le mouvement est dit alors : de manège. D'autres fois, l'animal tourne sur lui-même autour d'un axe vertical qui raserait son train postérieur. Le mouvement est dit : en rayon de roue.

Longet et d'autres physiologistes avaient prétendu que le roules ment était exclusivement le résultat de la lésion de l'un des pédoncules cérébelleux moyens; que le mouvement de manége résultait uniquement de la blessure de l'un des pédoncules cérébraux, et que le cercle décrit était d'autant plus petit qu'on se rapprochait davantage de la protubérance; enfin, que le mouvement en rayon de roue était dû à la lésion de la partie de la protubérance voisine des pédoncules cérébraux et ne constituait en réalité qu'un mouvement de manége avec un rayon réduit à zéro. La vérité est qu'on peut les obtenir tous avec différentes portions de l'encéphale. On les fait naître par la lésion unilatérale, soit des divers pédoncules cérébelleux, soit de la protubérance, soit du cervelet, soit des pédoncules cérébraux, soit des tubercules quadrijumeaux. On peut même les produire en lésant un des lobes cérébraux, ou un des nerfs auditifs, ou les canaux semi-circulaires d'un côté, ou enfin, mais plus exceptionnellement, un des nerfs faciaux. Tout ce que l'on peut dire, c'est que le roulement appartient de préférence aux lésions des pédoncules movens et du pont de Varole, et le mouvement de manége au cerveau, aux pédoncules cérébraux et aux tubercules quadrijumeaux.

On peut les obtenir, non-seulement chez les mammifères et les oiseaux, mais encore chez les grenouilles. Vous voyez cette grenouille qui vient d'être privée de ses lobes cérébraux par une section complète de la partie antérieure de la tête. Je lui pique la protubérance, c'est-à-dire la partie supérieure du plancher du 4e ventricule dont la masse sous-jacente représente bien certainement la protubérance qui se trouve là comme encadrée dans le cervelet. Placée sur la table, elle ébauche un mouvement de roulement dont elle exécute deux tours et demi. Ce n'est pas franc. Mais la voici plongée dans l'eau, son milieu naturel, et elle exécute indéfiniment un mouvement

de manége avec une véhémence et une rapidité qui sont tout à fait en dehors des allures de cet animal à sang froid. Cette expérience est bien propre à vous montrer qu'on peut déterminer plusieurs espèces de rotation avec une même partie encéphalique. Notez surtout que le phénomène doit ici être attribué à la protubérance elle-même, puisque les batraciens n'ont point de pont de Varole. On les réalise aussi chez les poissons, même chez les invertébrés, notamment chez les crustacés et plusieurs espèces d'insectes. Clin les a très-bien obtenus sur une courtilière. Ils s'observent encore à la première phase de la vie des animaux à métamorphoses. Rien n'est plus facile que de les produire chez les têtards.

Presque toujours les mouvements de rotation s'accompagnent d'une déviation des yeux. L'un des yeux se porte en bas et en dedans, tandis que l'autre se porte en haut et en dehors. En même temps, il y a presque toujours du nystagmus. Le roulement se fait du côté sain vers le côté opéré; celui de manége a lieu, au contraire, du côté opéré vers le côté sain. Nous retrouverons des exemples de tous ces faits dans la pathologie humaine. On a imaginé un grand nombre de théories pour expliquer ces mouvements; nous les discuterons lorsque nous rechercherons si c'est à titre de centre nerveux que la protubérance peut donner lieu à ces phénomènes. Pour le moment, poursuivons l'exploration des divers modes de réaction que l'on provoque en irritant les différentes parties de la protubérance.

Longet prétend que les piqûres de la région postérieure donnent lieu à des cris déchirants; que cela devait être, puisqu'une partie des corps restiformes passent là pour gagner le cerveau et puisque ces corps se continuent eux-mêmes en bas avec les cordons postérieurs, lesquels sont très-sensibles. Nous, nous avons reconnu, au contraire, que, d'une part, les corps restiformes ne sont pas la continuation des cordons postérieurs; qu'ils ne passent pas, même partiellement, dans la partie postérieure de la protuberance; que, du reste, les cordons postérieurs n'ont qu'une sensibilité d'emprunt qu'ils doivent au passage des racines postérieures. Aussi je pense qu'on doit attribuer la sensibilité de la partie postérieure de la protubérance, si elle existe, à la présence du noyau d'origine du trijumeau. Ce qui le prouve, c'est qu'on n'obtient des cris qu'en pénétrant assez profondément. Dans tous les cas, on ne produit pas de mouvements en piquant de ce côté, tandis que nous avons trouvé les cordons postérieurs trèsexcitables, tout justement parce qu'ils constituent un organe de coordination, et cet organe est complété, non pas par la protubérance, mais par le cervelet et les corps restiformes qui se portent en dehors vers le premier organe sans faire partie de la protubérance.

En résumé, ce premier point de physiologie nous apprend qu'une altération de la partie antérieure de la protubérance, chez l'homme, pourrait et devrait même provoquer des troubles du mouvement que pareille lésion située à la partie postérieure ne devrait pas en déterminer; que dans l'une et l'autre position elle pourrait provoquer des douleurs du moment où elle serait à même d'intéresser les racines du trijumeau. Nous verrons s'il en est réellement ainsi au lit du malade.

Phénomènes de transmission dont la protubérance est le siége.

Nous avons vu que les ordres de la volonté arrivent aux muscles par les racines antérieures, par les cordons antéro-latéraux et par la région antérieure du bulbe. Mais avant d'arriver au bulbe, ces actions moléculaires doivent nécessairement, dans leur marche centrifuge, passer par la protubérance, et il s'agissait de déterminer dans quelle partie de cet organe s'opère ce passage. Malheureusement, la situation profonde de la protubérance, surtout le voisinage du point du bulbe que nous avons appelé næud vital et qui est indispensable à la vie, ne permettaient pas aux vivisecteurs de faire ce qu'ils avaient pu réaliser sur la moelle, c'est-à-dire de pratiquer des sections variées et de constater quelles étaient celles qui rendaient impossible la transmission du mouvement.

Se basant uniquement sur la continuité apparente des pyramides antérieures avec les fibres longitudinales qui traversent la partie antérieure de la protubérance, se basant aussi sur les mouvements que l'on provoque en irritant cette même région; tenant surtout à généraliser son système de conductibilité; s'appuyant toutefois sur un assez petit nombre d'observations pathologiques, Longet a fait admettre classiquement que le mouvement passe par la partie antérieure de la protubérance et y passe d'une manière directe; de telle sorte que, selon lui, les maladies du cerveau et celles de la protubérance doivent déterminer une paralysie du côté opposé du corps, tandis que celles de la moelle en produisent toujours une du même côté. Faute de preuves expérimentales positives, nous ne pouvons qu'enregistrer l'assertion, en la modifiant toutefois, en raison même de ce que nous avons indiqué à propos du bulbe. Dans cet organe, l'entrecroisement n'est que partiel, et puisque la marche des paralysies nous montre qu'il doit être complet immédiatement au-dessous du bulbe, il faut bien qu'il se soit déjà opéré en partie dans la protuberance, d'autant plus que le fait serait matériellement impossible plus haut dans les pédoncules cérébraux qui sont tout aussi indépendants que les lobes du cerveau entre eux. La transmission du mouvement dans le nœud de l'encéphale serait donc en partie directe et en partie croisée. Cette interprétation théorique s'accordera beaucoup mieux avec les faits pathologiques. (Voir la figure 32, tome 1er.)

D'autre part, Longet, convaincu que les impressions sensitives apportées par les racines postérieures étaient conduites plus haut par les cordons postérieurs de la moelle et la partie postérieure du bulbe, a cru devoir déclarer que ces mêmes impressions gagnaient les pédoncutes cérébraux en passant aussi par la partie postérieure de la protubérance; que c'était d'autant plus probable que cette partie postérieure est sensible et que les faits pathologiques réunis par lui semblaient confirmer cette manière de voir. Mais nous ne pouvons plus le suivre dans cette voie, puisque nos études nous ont montré qu'en réalité les impressions passent, non pas par les cordons postérieurs et les corps restiformes, mais par la substance grise de la moelle et du bulbe. Logiquement, nous sommes donc conduits à penser qu'elles passent encore par la substance grise centrale de la protubérance.

Toutefois, pour nous prononcer sur cette double question : transmission du mouvement et transmission du sentiment, nous sommes obligés d'attendre les enseignements de la pathologie, puisque la physiologie expérimentale est incapable de fournir la moindre donnée à ce sujet. Dans la moelle, la physiologie a pu éclairer la pathologie sur le mécanisme de la conductibilité. Ici, c'est au contraire la pathologie qui sera appelée à éclairer la physiologie qui, livrée à elle-même, en est réduite à faire des suppositions. Nous nous contentons donc d'énoncer maintenant ces suppositions; nous réservant de poser nos conclusions quand la pathologie nous aura mis à même de nous prononcer. La physiologie sera beaucoup plus heureuse en ce qui concerne l'étude des phénomènes que la protubérance peut produire à titre de centre nerveux.

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