Page images
PDF
EPUB

déplace lentement un des membres, celui-ci reste dans la position qu'on lui a communiquée; si le phénomène n'est pas aussi accentué que dans la catalepsie, c'est que sans doute dans celle-ci, en outre de la suppression du fonctionnement du cerveau, la force du tonus se trouve pathologiquement exaltée. Ce qui rapproche encore l'état cataleptique de celui de l'animal qui a été privé de ses lobes cérébraux, c'est qu'il y a des malades qui, mis en mouvement par une impulsion étrangère, continuent à marcher comme des automates, jusqu'à ce qu'on les arrête ou qu'un obstacle s'oppose à leur progression. Toutefois, l'inertie du cerveau est une condition excessivement favorable, mais non indispensable, car il est des cataleptiques chez lesquels cet organe fonctionne encore un peu. Ils perçoivent encore les sensations; ils créent encore des idées; ils ont encore de la volonté; 'ils veulent encore exécuter des mouvements; ils savent comment on doit s'y prendre pour les exécuter, mais, malgré tous leurs efforts de volonté, ils sont impuissants à les réaliser. Ils se voient forcés de conserver la position fatigante qu'on a imposée à leurs membres. Il est probable que dans ces cas le trouble d'inertie, au lieu d'exister dans les couches corticales du cerveau, siége dans les fibres qui relient ces couches aux corps striés. L'intelligence a perdu momentanément ses moyens de communication avec les centres locomoteurs; elle ne peut plus leur transmettre ses ordres.

Quant à la manière dont s'établit cette double condition de la catalepsie, inertie cérébrale et exaltation de l'innervation de stabilité, il nous est pour le moment à peu près impossible de la déterminer. Tout ce qu'on peut dire, c'est que cette maladie semble pouvoir surtout être engendrée par toutes les causes capables de déprimer le moral et l'intelligence, telles sont les passions tristes, amour malheureux, haine, jalousie, terreur, chagrins; la mélancolie, la vie mystique: les fatigues intellectuelles trop considérables. Il semble que l'anémie cérébrale a ici quelque chose de passif, tandis que dans l'épilepsie elle est brusque et spasmodique. Du reste, il est remarquable que les causes susceptibles de produire cette dernière maladie sont au contraire de nature excitante, colère, ambition, excès alcooliques; cette surexcitation est sans doute aussi nécessaire pour exalter les centres locomoteurs et donner lieu à une explosion des forces motrices. Dans la catalepsie, la surexcitation de ces centres est faible et semble comme contenue. L'épilepsie trouvait un poison générateur dans l'absinthe, la catalepsie semble aussi avoir le sien.

126 PHYSIOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX. Un enfant a été rendu cataleptique par l'ingestion de baies de douce-amère. Il est une cause de catalepsie qui, quand elle sera mieux étudiée dans ses effets, pourra peut-être nous faire pénétrer plus avant dans le mécanisme intime de cette affection. Dans un grand nombre de cas la foudre a plongé les individus atteints dans un accès de catalepsie sans leur enlever la vie. L'électricité exerce sur le fonctionnement du système nerveux une influence tellement considérable, qu'on comprend fort bien qu'elle puisse faire brusquement ce que peuvent faire plus lentement les passions dépressives, c'est-à-dire placer les centres nerveux dans des conditions telles que le mécanisme de la catalepsie se trouve facilement réalisé. Aussi n'est-ce pas dans les cas de ce genre qu'on pourra trouver de nouveaux enseignements. C'est plutôt dans ce fait que la foudre produit très-souvent une véritable catalepsie cadavérique. Vieussens a vu deux moissonneurs qui, tués par le tonnerre, avaient les membres raides et immobilisés dans la position où l'accident était venu les surprendre. De plus, dit Vieussens, leurs bras restaient dans la situation qu'on leur donnait quand on les remuait, de sorte qu'ils auraient ressemblé parfaitement à des hommes saisis d'une catalepsie parfaite, s'ils n'avaient été privés entièrement de la respiration et du pouls. Cardan rapporte l'histoire de huit moissonneurs qui, ayant été frappés par la foudre pendant qu'ils prenaient leur repas sous un arbre, conservèrent tous l'attitude qu'ils avaient au moment de la mort. Une chèvre fut retrouvée tuée et restant accrochée à un rocher, tenant dans sa bouche le feuillage qu'elle venait de couper. Y a-t-il là une modification du suc musculaire qui aurait éprouvé une espèce de coagulation pâteuse ? Si l'on songe aux effets calorifiques que peut produire l'électricité; si l'on songe qu'on a vu aussi la foudre produire des morts par congélation, on se trouve porté à penser qu'il en est peut-être ainsi. Y a-t-il une modification moléculaire semblable mais passagère dans la véritable catalepsie? Le système nerveux peut-il, par sa force propre, la déterminer comme la foudre ? Ou bien, dans l'un et l'autre cas, y a-t-il seulement un état électrique du système nerveux qui modifie l'état électrique statique des muscles? Ce sont là autant de questions que les chercheurs doivent s'efforcer d'élucider. Il y aura surtout lieu d'examiner, le cas échéant, l'état matériel des muscles chez les personnes tuées par la foudre.

[merged small][merged small][ocr errors]

Il est une dernière maladie qui me paraît se rapporter à la protubérance et devoir être opposée à la catalepsie comme exprimant un autre mode de trouble de la fonction station. C'est la Paralysis agitans.

Paralysis agitans.

- Sommaire descriptif. Comme l'indique son nom, cette maladie est essentiellement caractérisée par une association de tremblement et de faiblesse musculaire qui aboutit même à une véritable paralysie. Le premier de ces deux symptômes est celui qui attire tout d'abord l'attention du malade; le plus souvent il se développe lentement, mais il peut apparaître brusquement sous l'influence d'une émotion morale. Au début, il n'est ordinairement que partiel et siége soit dans l'un des membres, soit à la tête. Parfois il se montre et reste confiné longtemps dans une moitié latérale du corps, c'est-àdire qu'il affecte une forme hémiplégique; mais tôt ou tard il devient toujours général. Sans avoir rien de bien pathognomonique, il se distingue cependant un peu de ceux que peuvent engendrer l'alcool et le mercure, en ce sens qu'il est plus intense, à impulsions beaucoup plus fortes et qu'il détermine des déplacements très-apparents des parties. A chaque instant les genoux s'entrechoquent avec bruit, les talons frappent le sol, le malade semble trépigner parfois. Les bras sont lancés en dedans au point que les mains viennent frapper l'une contre l'autre; la tête est projetée tantôt dans un sens, tantot dans l'autre. En général, dans le tremblement mercuriel ou alcoolique, les oscillations sont plus légères et ont moins d'amplitude. Il se

distingue aussi des mouvements de la chorée en ce sens qu'il a lieu aussi bien pendant toute espèce de station que pendant la marche. Généralement, le choréique ne tremble que lorsqu'il n'a pas même un petit point d'appui. Dans la paralysis agitans, lorsque le corps est soutenu, le tremblement ne fait que diminuer. On peut toutefois le suspendre momentanément par une question imprévue. Un effort considérable de volonté du malade peut avoir le même résultat; il s'accroît sous l'influence de l'usage des boissons alcooliques, du thé et du café. Il cesse pendant le sommeil, quoi qu'en dise Parkinson. Lorsqu'il survient accidentellement une hémiplegie, il disparaît pour se montrer de nouveau lorsqu'elle est guérie. Quand les malades veulent marcher, ils vont d'abord lentement, à pas mesurés, puis, malgré eux, ils pressent de plus en plus leur progression; comme l'a dit fort heureusement Trousseau, on dirait qu'ils courent après leur centre de gravité qui semble leur échapper. La propulsion est irrésistible, ils se précipitent jusqu'à ce qu'ils tombent. Graves et Romberg en ont vu qui, au contraire, avaient une tendance au recul. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que pendant que le tremblement va sans cesse croissant, la force musculaire diminue de plus en plus. La sensibilité reste généralement intacte. Il en est de même de toutes les fonctions végétatives. Ce n'est qu'à la fin que les facultés psychiques s'affaissent, mais il y a toujours les signes d'une caducité précoce.

Analyse physiologique. — La nature nerveuse de cette affection ne saurait être mise en doute. Un trouble aussi général de la motilité ne peut être attribué au système musculaire lui-même. Évidemment il ne saurait être produit que par le grand chef d'orchestre qui préside à tous les actes de la motilité. La physiologie expérimentale peut, du reste, nous fournir à cet égard des preuves presque directes. Ainsi que Cl. Bernard l'a fait voir le premier, quand on introduit sous la peau d'une grenouille une goutte de nicotine pure, cet animal est pris au bout de quelques instants de tremblements qui agitent tous les muscles du tronc et des membres. Ces tremblements, par leur aspect, sont l'image fidèle de ce qu'on observe chez les individus atteints de paralysis agitans, de sorte qu'on est presque en droit d'appliquer à cette maladie les résultats de l'expérimentation. Or, de son côté, Vulpian a constaté que le tremblement n'apparaît

tement pour effet de paralyser le système nerveux moteur. Il a vu

aussi que le tremblement ne se produit pas non plus lorsqu'on a détruit préalablement le centre cérebro-spinal. Le système nerveux est donc nécessaire à la production du tremblement de la nicotine et il doit en être de même dans la paralysis agitans.

La nature nerveuse de l'affection étant établie, cherchons maintenant quelle est la partie de l'axe cérébro-spinal qui représente le véritable foyer générateur. Trousseau, qui, avec raison, a toujours été regardé comme une autorité dans toutes les questions intéressant les progrès de la science, a été le premier à placer ce siége dans la protubérance. Il arrivait, du reste, avec des preuves matérielles à l'appui: avec l'observation de Leubuscher, où pour toute lésion anatomique il y avait une tumeur fibroïde occupant toute l'épaisseur de la protubérance; avec celle d'Opolzer, où il existait une induration sclérosique du pont de Varole et du bulbe; avec celle de Parkinson, qui signale aussi une augmentation de volume et de consistance du pont de Varole et du bulbe. Deux des observations, publiées par Charcot, semblent cependant ébranler un peu la valeur de ces preuves matérielles, car dans ces deux cas la protubérance et le bulbe furent trouvés parfaitement intacts. Jaccoud, qui a eu connaissance de ces deux faits négatifs avant la publication de son traité de pathologie, n'en persiste pas moins à maintenir la localisation de Trousseau. Seulement, pour lui les lésions anatomiques n'ont absolument aucune signification. Elles ne sont qu'un épiphénomène ou une conséquence indirecte de la maladie. Elles peuvent varier de nature ou de siége, elles peuvent exister ou ne pas exister; peu importe. La paralysis agilans est primitivement et toujours une simple névrose sine materia. Il croit devoir la rapporter à la protubérance, uniquement parce que le tremblement est général et s'étend à la totalité du système musculaire; il fait observer que les lésions en deçà ou au delà du mésocéphale ne déterminent que des tremblements partiels qui dif

L'année dernière, Joffroy a publié dans les archives de physiologie trois observations qui l'ont autorisé à battre en brèche, d'une manière sérieuse, l'opinion de Trousseau et de Jaccoud, et qui l'ont conduit à localiser l'affection dans la moelle. Dans ces trois cas, Joffroy a constaté une oblitération du canal central de la moelle par des éléments dus à la prolifération de la couche épithéliale de l'épendyme; une pigmentation plus ou moins forte des cellules de la moelle, notamment de celles de la colonne de Clarcke; enfin une apparition en

« PreviousContinue »