Page images
PDF
EPUB

Imp. Schneider et Langrand, rue d'Erfurth, 1.

[blocks in formation]

Songe d'une nuit d'été dans le parc de Versailles;

PAR ALBERT AUBERT.

PARIS,
J. HETZEL, LIBRAIRE-ÉDITEUR,

RUE RICHELIEU,

76;

RUE MÉNARS, 10.

1845

LENOA LIBRARA

NEW YORK

Première partie.

I

Monsieur Boudin.

Il s'appelait Boudin tout court, ni plus ni moins. A la vérité, comme il avait beaucoup voyagé, son nom s'était, dans chaque pays, commodément prêté aux modifications étrangères ; ainsi l'Angleterre, de Boudin avait fait Boudingham ; l'Allemagne, Boudiner; l'Irlande, O'Boudin ; l'Italie, Boudino-Boudini; la Russie, Boudinskoff; l’Espagne, Boudinos; la Suède, Boudinric; la Hollande, Van Boudin ; et le Danemark Boudinbauffen : mais remarquons-le, à l'honneur de l'homme qui le portait, jamais ce nom, sous aucune influence, n'avait souffert que fût altéré son inflexible radical purement français, et Boudin acceptait les terminaisons et les augments sans perdre une de ses lettres nationales. Ce qui prouve surabondamment que la langue française est le fond commun et invariable de tous les idiomes européens, comme le Français est le type absolu, l’exemplaire général de l'espèce humaine ; tandis que les Anglais, les Italiens, les Allemands sont surtout des Anglais, des Italiens, des Allemands, - ce qui fait leur orgueil ! - Posez à un enfant de la Germanie cette question : Qu'aimeriez-vous mieux, s'il fallait choisir, être homme ou Berlinois? A coup sûr il vous répondra : J'aimerais mieux être Berlinois.

Or, M. Boudin était né dans notre province du Berry, où les mæurs sont douces et faciles, le sang frais, la saison clémente, la vie sereine et longue, le sens simple et droit, le cour débonnaire et l'âme peu chimérique. De mémoire d'homme on s'était toujours bien porté dans la famille des Boudin, et chacun transmettait à ses enfants, comme un riche héritage, toute la santé de ses ancêtres accrue encore de la sienne. - Leur maison était blanche, avec des jalousies vertes et une girouette dorée qui représentait un chasseur et son chien. Le chasseur avait son fusil mis en joue, et le chien était depuis longues années tombé en arrêt. Derrière la maison s'étendait un jardin tout planté de poiriers, arbre éminemment domestique, amí de la paix et des heureux enclos. Les poëtes ne suspendent point leur lyre aux branches du poirier ;

« PreviousContinue »