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province, et j'y vais très-volontiers. Mais tâchez, Monfieur, de faire enforte que l'ordre du roi foit levé par une autre lettre de cachet en cette forme :

Le roi, informé de la fausseté de l'accufation intentée contre le fieur abbé Desfontaines, confent qu'il demeure à Paris. Si vous obtenez cet ordre de M. de Maurepas, c'eft un coup effentiel. Au furplus je promets, parole d'honà M. de Maurepas, de m'en aller inceffamment, et de ne point revenir à Paris qu'après lui en avoir demandé la permiffion fecrétement.

neur,

Voilà, mon cher ami, ce que je vous prie à préfent d'obtenir pour moi. Je vous aurai encore une obligation infinie de ce nouveau fervice. C'eft, à mon gré, ce qu'on peut faire de plus fimple pour réparer le scandale et l'injustice, en attendant que je puisse faire mieux et que j'aye les lumières néceffaires pour découvrir les refforts cachés de l'horrible intrigue de mes ennemis. Malgré la noirceur de l'accufation et le penchant du public à croire tous les accufés coupables, j'ai la fatisfaction de voir les perfonnes même indifférentes prendre mon parti. Les Nadal, les Danchet, les de Pons, les Fréret font les feuls, dit-on, qui traitent ma perfonne comme toute ma vie je traiterai leurs infames ouvrages et leur indigne caractère. Genus irritabile vatum.

J'ai un plan d'apologie qui fera beau et curieux, et que je travaillerai à la campagne. Je fuis trop connu dans le monde pour qu'il convienne à un homme comme moi de me taire après un fi exécrable affront; et je le ferai de façon que j'aurai l'honneur de le préfenter à M. de Maurepas pour le prier de me permettre de le faire paraître. On y verra tout ce qui m'eft arrivé de malheureux, et mes malheurs toujours caufés par des gens de lettres, furtout l'hiftoire de ma fortie des jéfuites.

Adieu, mon cher ami, je me recommande à vous.

Desfontaines.

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NOUS

vous remercions très-humblement de toutes vos bontés, et des facilités que vous voulez bien nous accorder pour vous payer. Nous en conferverons un précieux fouvenir, et nous vous en marquerons notre vive reconnaiffance dans toutes les occafions. Votre créance eft bien affurée, et nous vous prions d'être perfuadé que nous l'acquitterons le plutôt qu'il nous fera poffible. Je fuis en avance dans plufieurs bonnes affaires, et notre zèle à obliger eft caufe que nous ne fommes pas à notre aife.

Vous me rendez justice, Monfieur, en ne me croyant point coupable d'aucune mauvaise intention. J'ose même vous protefter que jamais je n'en ai eu, et que jamais amant n'a aimé plus tendrement une maîtreffe, que je vous ai toujours aimé, malgré tout ce qui eft arrivė. J'ai des vivacités, il eft vrai; vous me les avez fouvent reprochées avec raifon, mais je ne le cède à perfonne pour la droiture de cœur, la pureté des intentions et la fidelle exécution, quand il s'agit de rendre fervice.

Je fais qu'on m'a fort calomnié, et je fais encore que les perfonnes qui déclamaient le plus contre moi, en quittant venaient au logis pour m'animer contre vous. Depuis ce temps-là j'ai rendu à une de ces perfonnes, des fervices affez confidérables; et fi les occafions

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se préfentaient d'obliger les autres, je le ferais volontiers. C'eft la feule vengeance que je prétends en tirer.

Si vous me croyez utile à quelque chofe, et même dans ce qui peut exiger de la difcrétion, honorez-moi de vos commiffions, et foyez, je vous fupplie, assuré d'une prompte et fecrète expédition.

Ma temme vous affure de fes très-humbles refpects. J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, Monfieur,

Votre très-humble, &c.

Demoulin.

Billet du même.

Je fouffigné reconnais que M. de Voltaire ayant prêté à ma femme et à moi la fomme de vingt-fept mille livres, et vu le mauvais état de nos affaires, ayant bien voulu fe reftreindre à la fomme de trois mille livres par contrat obligatoire, paffé entre nous chez Ballot, notaire, le 12 de juin 1736, il nous a remis et accordé 750 livres reftant des trois mille livres à payer, et m'en a danné une rétroceffion pleine et entière. Ce 19 de janvier 1743. Demoulin. (*)

(*) Voyez dans la Correfpondance générale une lettre de M. de Voltaire à la dame Demoulin, du mois de decembre 1738. On y trouvera auffi plufieurs lettres relatives à celles qui fuivent ici. Les tables des noms et des dates en faciliteront la recherche.

LETTRES

DU LIBRAIRE JORE,

A M. DE VOLTAIRE.

JEV

LETTRE PREMIERE.

A Paris, ce 20 de décembre 1738.

MONSIEUR,

E vous fupplie d'excuser le mauvais état de ma fortune, et la fouftraction de tous mes papiers qui m'a empêché jufqu'ici de reconnaître le mauvais procédé de ceux qui ont abufé de mon malheur, pour me forcer à vous faire un procès injufte, et à laiffer imprimer un factum odieux. Je les défavoue tous deux entièrement. La malice de vos ennemis n'a fervi qu'à me faire connaître la bonté de votre caractère. Vous avez la bonté de me pardonner d'avoir écouté de mauvais confeils. Je vous jure que je m'en fuis repenti au moment même que j'ai eu le malheur d'agir contre vous. J'ai bien reconnu combien on m'avait trompé. Vous n'ignorez pas la jaloufie des gens de lettres; voilà à quoi elle s'eft portée. On m'a aigri, on s'eft fervi de moi pour vous nuire ; j'en fuis fi fâché que je vous promets de ne jamais voir ceux qui m'ont forcé à vous manquer à ce point; et je réparerai le tort extrême que j'ai eu, par l'attachement conftant que je veux vous vouer toute ma vie.

Je vous prie, Monfieur, de me rendre votre amitié, et de croire que mon cœur n'a jamais eu de part à la

malice de vos ennemis, et que c'eft mon cœur feul qui m'engage à vous le dire.

J'ai l'honneur d'être avec refpect,

Monfieur,

Votre très-humble, &c.

Jore.

LETTRE II.

A Paris, le 30 de décembre 1738.

MONSIEUR,

J'ai déjà eu l'honneur de vous écrire, le 20 du présent J'AI

mois, dans l'amertume de mon cœur, pour vous demander pardon, et pour vous marquer le fincère repentir que j'éprouve du procès injufte que votre ennemi (que vous connaiffez) m'avait engagé de vous intenter. Je vous ai déjà marqué mon regret, et l'horreur que j'ai d'avoir attaqué fi cruellement celui qui était món bienfaiteur. Je vous difais que j'avais reconnu l'erreur où l'on m'avait mis. Soyez sûr, Monfieur, que mon affliction est égale à ma faute. Daignez, Monfieur, pouffer votre générofité jusqu'à m'accorder le pardon que j'ofe vous demander. Je défavoue le factum injufte et calomnieux que l'on a mis fous mon nom, et que j'ai eu le malheur de figner. J'étais aveuglé; on m'a féduit. Je vous le répète encore, j'en fuis au défespoir. J'en ai tombé malade. Il n'y a rien que je ne fasse, le refte de ma vie, pour réparer ma faute. Enfin, Monfieur, fi vous étiez témoin de mon affliction d'avoir été trompé par de mauvais confeils, vous auriez pitié de mon état. Ayez la bonté au moins de me faire dire que vous avez celle de me pardonner, fi vous ne daignez m'écrire de votre main. Je payerais tous les

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