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avec une magnifique libéralité, de la grande fortune que ce génie païen que l'on voit au pied de l'autel trouble sinses travaux lui avaient acquise, lorsqu'il fut invité, en 1620, gulièrement l'impression morale de cette scène histoà venir à Paris décorer de peintures la grande galerie du rique; l'attitude du grand écuyer n'est point celle qui -palais du Luxembourg. Marie de Médicis ('), aprés de convient, dans un pareil moment, à l'envoyé d'un roi de longues discordes, venait de se réconcilier avec le roi France; cette guirlande de légumes suspendue aux coLouis XIII, son fils, et allait désormais habiter ce palais | lonnes du temple est d'un gout déplorable; mais quelle récemment achevé. Elle souhaita que les appartements, et finesse et quelle solidité dans les têtes! avec quelle habileté particulièrement la grande galerie attenante à sa chambre, la lumière est distribuée! comme toutes les parties de ce fussent décorés par la main d'un peintre illustre. Le ba- tableau, figures et accessoires, dont l'importanee respective ron de Vicq, ambassadeur à la cour de France de l'archi- est peut-être mal observée, sont à leur place et avec leur duc Albert et de l'infante Isabelle, qui gouvernaient alors juste valeur, si l'on ne veut considérer que l'effet pittoresles provinces flamandes, proposa à la reine de confier ce que ! Rubens est peintre uniquement, et c'est cet effet seutravail au grand artiste d'Anvers. Rubens, mandé à Paris, | lement qu'il veut atteindre et à quoi il fait tout contribuer. se mit en route aussitôt et fut reçu par la reine de la Marie de Médicis avait le projet de faire construire dans manière la plus flatteuse. Elle lui demanda de retracer en son palais une seconde galerie parallèle à la première, et vingt et un grands tableaux les principaux faits de son ou Rubens devait représenter l'histoire allégorique de histoire. Rubens peignit à Paris, en 1621, les esquisses de Henri IV, en pendant à celle de la reine. Le grand peintre tous ces tableaux; mais ce fut à Anvers qu'il les exécuta commença même à travailler à cette nouvelle série de avec l'aide de ses plus habiles élèves. Il revint à Paris, au compositions; mais des intrigues de cour traversèrent ces mois de février 1625, apportant ces immenses toiles que projets. Dans des lettres de Rubens qui ont été publiées l'on peut voir aujourd'hui au Musée du Louvre, où elles il y a quelques années, on trouve des allusions continuelles ont été transportées lorsque la galerie qu'elles décoraient au à ce travail, qui lui a été demandé et qu'on essaye de lui palais du Luxembourg fut remaniée et en partie détruite ravir. Il avait été averti par l'ambassadeur de Flandre que pour faire place à l'escalier qui conduit actuellement au le cardinal de Richelieu, puissant déjà, voulait lui opposer Sénat. Rubens s'était réservé de mettre la dernière main un peintre italien, le Joseppin, dans le même moment où, à ses tableaux lorsqu'ils seraient en place; il désirait sur pour mieux le tromper, il lui écrivait qu'il « voulait avoir tout, avant de terminer les nombreux portraits qui font deux tableaux de sa main. » Aucun des deux peintres ne partie de ces vastes compositions, revoir quelques-uns des fut chargé d'exécuter ces peintures; la galerie ne fut même modèles. Quand il eut enfin achevé cette grande entre- pas construite. La reine mère partit bientôt pour l'exil, prise, il fit encore, å la prière de Marie de Médicis, le où elle devait misérablement terminer sa vie. portrait de cette princesse en Bellone, ainsi que ceux de son père François de Médicis et de sa mère Jeanne d'Autriche, grande-duchesse de Toscane; puis il voulut faire le

LES CLOCHES D'ACIER. portrait du baron de Vicq, à qui, dės 1621, il avait témoigné sa reconnaissance en lui envoyant un tableau représen- Depuis dix ans environ s'agite sérieusement la question tant la Vierge et l'Enfant Jésus. Le portrait du baron de de remplacer les cloches de gros calibre en bronze par Vicq appartient, depuis 1850, au Musée du Louvre. des cloches en acier fordu. La première apparition de ce

Le tableau que représente notre gravure est le cin- nouveau produit a eu lieu å l'Exposition internationale de quième de toute la suite. Il a pour sujet la cérémonie du Paris, en 1855, et depuis lors les progrès réalisés dans mariage de la reine, qui fut célébré le 15 octobre 1600, à cette branche d'industrie ont de plus en plus montré sa Florence, dans l'église de Sainte-Marie des Fleurs. Henri IV supériorité sous tous les rapports. C'est une question, faisait alors la guerre au duc de Savoie; ce fut le grand-comme l'on dit, à l'ordre du jour. duc de Toscane, Ferdinand, oncle de Marie de Médicis, Les cloches tirent leur puissance, c'est-à-dire la longue qui épousa la princesse au nom du roi, par procuration, portée de leur son, du degré d'élasticité de la matière et c'est lui qu'on voit en face d'elle dans le tableau. De combinée à la grandeur de la masse métallique mise en bout derrière eux est le cardinal Pierre Aldobrandini, par vibration. Jusqu'à ces derniers temps, pour atteindre le qui fut donnée la bénédiction nuptiale. Derrière la reine mieux possible ce résultat, on s'était exclusivement servi se tiennent Christine de Lorraine, grande-duchesse de d'un alliage formé de 78 parties de cuivre rouge et 22 parToscane, et Éléonore de Médicis, duchesse de Mantoue. ties d'étain, alliage vulgairement nommé potin, ou métal Du côté du grand-duc, on voit Roger de Bellegarde, de cloche. C'est un composé d'un ton gris, très-dur, non grand écuyer de France, porteur de la procuration de malléable, et partant assez fragile. Son prix, élément caHenri IV, et le marquis de Sillery, qui avait conduit les pital de la question, s'éloigne peu de 3 fr. 50 cent. le négociations du mariage. Enfin une figure d'enfant qui kilogramme, valeur moyenne des métaux qui servent å le tient un flambeau et porte la robe de la reine personnifie produire. C'est une valeur considérable et qui fait des l'Ilymen; car Rubens, dans ce tableau comme dans toute cloches de gros calibre un objet très-dispendieux. Or, en l'histoire de Marie de Médicis et dans la plupart de ses substituant à cet alliage l'acier fondu, on entre dans le grandes compositions, a mélé l'allégorie aux faits de l'his- domaine du fer, métal au contraire très-peu coûteux, et toire et introduit les divinités païennes jusque dans le l'on ouvre ainsi à cette branche de l'industrie du fondeur sanctuaire d'une église chrétienne. Aucun peintre n'a une voie pleine d'avenir. moins tenu compte des nécessités ou des simples conve- Toute la difficulté réside dans la fusion en grand de nances du sujet qu'il se proposait de traiter; se laissant l'acier qui ne peut s'opérer en tous lieux, qui exige une aller indifféremment où l'emportaient les qualités et les très-haute température, et qui dévore, par ses scories, les défauts de son puissant génie, pourvu que sa composition fourneaux les plus réfractaires. C'est au point qu'en France, eût l'abondance, la pompe et l'éclat qui plaisaient à son ima- pays où se fait la plus grande consommation de ces instrugination, il lui importait peu de choquer la vraisemblance ments, il n'existe encore aucune fonderie de cloches en ou de compromettre la dignité de la pensée. Assurément acier; il faudrait les tirer d'Angleterre ou d'Allemagne. (4) Voy., sur Marie de Médicis, t. Jer, 1833, p. 289, et sur Rubens,

Les principaux avantages des cloches en acier fondu la Table des vingt premières années.

sur les cloches en bronze sont : qu'à égalité dans la portée

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et l'intensité du son, elles exigent moitié moins de ma- celle d'un ressort et maintenant son élasticité et sa ténatière, et que l'acier convenable coûte 40 pour 100 de ; cité au plus haut degré, sans lui faire encourir le danger moins que l'autre métal. Si les cloches en acier sont beau- de la casse. Il doit donc exister dans la fabrication de ces coup plus minces, loin d'être plus fragiles, elles résistent nouvelles cloches des moyens particuliers pour leur complus à la casse et leur son est tout aussi harmonieux. muniquer une trempe modérée et unisormément répartie;

Ces données résultent des travaux exécutés dans la autrement leur sonorité ne serait que médiocre, et le batmaison Taylor, Vickers et Cie, de Sheffield, qui fabrique tant ne manquerait pas d'y creuser rapidement son emcouramment des cloches d'acier depuis le diamètre de preinte. On sait assez, en effet, que l'acier non trempé est 12 pouces anglais jusqu'à celui de 8 pieds et au delà ; elle malléable, bien qu'assez dur; et qui dit malléable dit susen vend déjà plus de six cents chaque année. Le poids et ceptible de se déformer sous un choc quelconque proporle prix des nouvelles cloches, par rapport aux cloches en tionnellement à l'intensité et à la répétition de ce choc. potin, peuvent s'établir ainsi : -- Cloche en acier du plus Or la destination des cloches les soumet précisément å grand modèle : 8 pieds 6 pouces; poids, 7 000 kilogram- des coups aussi rudes que répétés , qui limiteraient sensimes; prix, 16 000 francs. Cloche en bronze de même dia- blement, par ce seul fait, leur durée, si le métal n'était niètre : 14000 kilogrammes; prix, 50 000 francs, c'est-à- pas durci suflisamment. Il faut donc, en définitive, arriver dire largement trois fois plus.

à un juste tempérament. C'est là le problénie capital, et Dans ces circonstances, voyons quel parti il conviendrait les expériences faites en Angleterre et en Allemagne pade prendre en France, et quels seraient les avantages qui raissent indiquer qu'il est suflisamment résolu. pourraient résulter de ce changement.

Naturellement on serait d'abord obligé de s'adresser à l'Angleterre ou à l'Allemagne, et il serait prudent de ne

LA SOLOGNE faire venir d'abord que des jeux ou carillons d'un calibre moyen, qu'on pourrait alors soumettre à de rudes épreu- On regrette d'être obligé d'avouer qu'il existe encore ves, afin de constater leur résistance, attestée, du reste, par

au dix-neuvième siècle, en France, quelques contrées les certificats nombreux de membres du clergé reproduits malheureuses frappées de stérilité depuis plusieurs siècles dans le prospectus des fabricants anglais.

par des causes demeurées inconnues. A l'infécondité du Le métal des anciennes cloches, étant propre à servir sol s'ajoutent des influences insalubres qui en déciment avec addition de cuivre pour diverses industries courantes, les habitants. Ce sont : les Landes, dans la Gascogne, qui et possédant une valeur intrinsèque de 3 francs environ représentent 450 000 hectares; la Dombes, dans le déparpar kilogramme, serait plus que suffisant pour payer l'éta- tement de l'Ain, 90 000 hectares; le Forez, dans la Loire, blissement de cloches en acier plus légères et ne chargeant 100 000 hectares ; la Brenne, dans l’Indre, 105 000 hecpas autant les charpentes; de sorte qu'il est vrai de dire tares; et la Sologne, dans les départements du Loiret, dn qu'à la faveur de cette invention tout village pourrait Cher et de Loir-et-Cher, comprenant 460 000 hectares. même, sans bourse délier, changer sa cloche Jelée contre Il y a vingt ans, le voyageur qui se rendait à Paris

, une cloche neuve plus puissante; sans compter que les venant du midi de la France, traversait, de Vierzon à Orprix indiqués ci-dessus, loin d'être modérés, sont presque léans, une contrée désolée, sur une route difficile, sablonle double de la valeur réelle de l'acier fondu propre à cet

neuse, déserte. On ne voyait au loin ni château, ni ferme, emploi.

ni village; quelques misérables masures isolées, perdues Après la question d'aptitude et de dépense qui semble le long de cette triste route ; quelques arbres rabougris, déji résolue, il reste la question de durée qui ne peut fermant un horizon monotone et désolé. Les chevaux traiêtre jugée en aussi peu de temps; mais on peut la pres-naient péniblement, au pas, la lourde diligence engagée sentir. Il existe deux causes de destruction différentes, dans le sable. Ce trajet pénible à travers la Sologne durait l'une provenant de l'action de l'air humide qui engendre onze heures. Il est aujourd'hui d'une heure et demie en la rouille, et l'autre du choc du baltant qui, à la longue, chemin de fer. creuse son empreinte sur deux bords opposés de la cloche, La Sologne est cette partie de l'ancienne province de et peut la mettre hors de service.

l'Orléanais comprise entre Orléans et Vierzon, entre le Sous ces deux rapports, le métal de cloche a fait ses Cher et le val de la Loire, depuis Blois jusqu'à la hauteur de preuves depuis bien longtemps; c'est l'alliage de métaux Gien environ; elle comprend 110 communes. La population communs qui s'oxyde le moins, et sa résistance à la dé- moyenne de la Sologne est de 20 habitants par hectare, tanformation est considérable, puisque nous avons établi en

dis que la moyenne pour toute la France est de 69 habitants. commençant que c'était un composé excessivement dur, Le sol de la Sologne est siliceux ou silico-argileux ; assez fragile et dépourvu de malléabilité, tous caractères c'est un sable fin, compacte, dont la couche plus ou moins particuliers aux corps que la percussion ne déforme pas. profonde repose sur un sous-sol argileux imperméable.

L'acier est, dans le fait, un métal très-oxydable si l'on Toutes les cultures, les racines surtout, pourraient y veut parler de pièces polies exemptes de tout enduit et réussir après que le sol aurait été assaini, amende et fumé. exposées pendant très-longtemps dans un lieu humide et Le climat de la Sologne est celui du centre de la France, à un air confiné; mais quand il s'agit de grosses masses mais beaucoup plus humide à cause de l'évaporation des exposées à l’air incessamment renouvelé, c'est l'air sec eaux retenues à la surface du sol par l'imperméabilité du qui domine, et il a très-peu de prise sur l'écorce de l'a-sous-sol et par de trop nombreux étangs. Les surfaces cier fondu ; d'autant mieux qu'un simple frottis de suif envahies par les eaux d'une manière permanente, étangs, suffirait, au moyen du plus simple entretien, pour con- mares et marécages, sont évaluées à 15 000 hectares ! Il server les cloches intactes à travers les siècles : il n'y a faut ajouter d'innombrables flaques d'eau qui restent sur rien à craindre de ce côté.

le sol après une abondante pluie et passent peu à peu dans La seconde question, qui paraît moindre, est, au con- l'atmosphère. traire, plus grave. L'acier fondu, tel qu'il convient à une Les maisons peu aérées, mal closes, assises sur un sol cloche, ne peut être de l'acier fortement trempé, ce qui humide, dépourvues de caves, presque démeublées, attesle rendrait trop fragile, il est nécessaire cependant que , tent la misère des habitants. On rencontre fréquemment, cet acier possède une certaine trempe, approchant de i au milieu des landes, des huttes de sauvages, bâties par l'ouvrier lui-même, où il vit avec sa femme et où naissent en possède à peine 80 en culture ; le reste comprend 80 å des enfants condamnés d'avance à une mort prématurée. 90 hectares de landes incultes, un pré de 1 à 2 hectares,

Le système de culture appliqué aux terres qui peuvent un taillis médiocre, et un ou deux étangs. La moitié des être cultivées est l'assolement biennal, appliqué dans les 80 hectares reste en jachères; sur l'autre moitié on sait contrées les plus arriérées. Un domaine de 200 hectares une récolte d'hiver, c'est-à-dire un seigle, et une récolte

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de printemps, c'est-à-dire une avoine ou un sarrasin., répartie entre les mains de petits propriétaires, l'amélioUne ferme de ce genre peut élever 4 ou 5 pauvres chevaux ration du sol est assez rapide; les fourrages artificiels, les ou 8 à 10 bæufs de petite taille, et 6 ou 8 maigres vaches. racines, les légumes secs, occupent le sol dans une forte 200 moutons de la race sobre et rustique de la Sologne proportion. Là commence à régner l'aisance, et la fièvre a permettent d'utiliser les pâturages des landes sauvages. disparu.

La ferme que représente notre dessin appartient à la Le système d'amodiation parcellaire est répandu à peu petite culture par propriétaire et est une de celles qui près partout. Dans chaque domaine, on trouve de petits sont en progrès. Dans les cantons où la propriété est ainsi hameaux formes de chaumières ; un modeste jardin et quelques ares de terre sont attachés à chaque foyer. On loue avoir, si elle était bien comprise, de sérieux avantages; ces maisonnettes aux ouvriers, qui contractent l'obligation elle rend à la vie de famille les serviteurs de la ferme. de travailler exclusivement pour la ferme, tandis que la On a depuis longtemps songé à restituer à la culture ferme s'engage à leur fournir régulièrement de l'ouvrage. régulière les landes de la Sologne. La première idée fut C'est une espèce de domesticité indépendante qui pourrait ! d'appliquer le reboisement à ce sol dénudé. On avait com

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mencé en 1780 des plantations de pins. Cette idée a été la Sologne et à la faire rentrer parmi les sols fertiles. La reprise en 1820. Le pin, pendant sa végétation, enrichit première impulsion a été donnée par l'achat et l'exploitale sol et modifie légèrement sa composition par la chute tion des domaines impériaux de Lamotte-Beuvron et de la périodique de ses aiguilles : il donne un produit en ar- Grillère , qui imprimèrent un essor durable à la culture gent au bout d'une vingtaine d'années, lorsque vient le améliorante, en réhabilitant le progrès au sein d'un pays moment de dépouiller la terre de ses bois afin d'y mettre paralysé par la misère et l'ignorance. Des propriétaires la charrue.

riches et intelligents ont eu le courage de venir s'établir La grande culture tend aussi à transformer peu à peu en pleine Sologne, et donnent un exemple des progrès que l'on peut réaliser en appliquant avec prudence et discerne- invisible, et, pour ainsi dire, la représentation sur la terre ment le capital à l'amélioration lente et progressive du sol. du drame céleste. Il est bien digne également d'attention

Pour assurer l'assainissement et la viabilité de la So- de voir le trépassé laisser de côté toutes ces divinités inlogne, on parait avoir en vue les moyens suivants : le férieures dont la mythologie encombrait les temples et qui curage des cours d'eau ; la canalisation du Beuvron jusqu'à n'étaient relatives qu'à la vie d'ici-bas, et s'adresser direcLamotte, et la construction de nombreuses routes agri- tement, face à face, à l'Être souverain. L'âme, une fois coles.

détachée de son corps, ne connait plus d'autre maître que L'imperméabilité du sous-sol transforme les terres en ce père céleste. « J'ai marché à travers les ténèbres vers marécages : il faut faciliter l'écoulement des eaux. Les mon père Osiris. Je suis son bien-aimé. Je suis venu pour terres manquent d'un élément indispensable de fécondité, voir mon père Osiris. J'ai percé le cour de Sut (le principe l'élément calcaire : il faut leur restituer le calcaire qui leur , du mal). Je fais les choses de mon père Osiris. J'ai oumanque. La marne fait des prodiges dans les sols sablon- i vert toutes les portes dans le ciel et sur la terre. Je suis neux; des marnières assez nombreuses ont été découvertes son fils bien-aimé. Je sors de la mort en esprit instruit. » sur les confins de la Sologne et même dans l'intérieur du (Chap. 73). pays : les routes agricoles serviront à rendre possible le La prière ou plutôt la déclaration contenue dans le cent transport de ces marnes, ainsi que la distribution de celles vingt-sixième chapitre constitue un morceau encore plus que le chemin de fer du Centre depose à prix réduit sur remarquable. C'est un des résumés les plus généraux de les gares de son parcours.

la foi égyptienne, car, en raison même de son objet, qui Dans les terrains argileux, la chaux, employée en com- est la justification de l'âme devant son juge naturel, on y post, c'est-à-dire mélangée avec de la terre végétale, pro- trouve les idées relatives à la perfection de la vie céleste, duit aussi de merveilleux effets; le phosphate de chaux, en même temps que les idées relatives à celle de la vie le noir animal, sont employés avec succès au défrichement terrestre. C'est, en effet, par celle-ci que l'on mérite de des landes incultes; les chemins rendront facile l'arrivée parvenir à la première. Ce morceau a été communiqué au des amendements et assureront la circulation des produits. public pour la première fois dans l'ouvrage sur l'Egypte

du savant et regrettable Bunsen, qui avait prié M. Bireli,

conservateur du Musée britannique, de lui en faire dans LA PRIÈRE DES TRÉPASSÉS

ce but une traduction; et celui qui écrit ces lignes n'ou

bliera jamais que, se trouvant chez M. Bunsen au moment SELON LE RITUEL ÉGYPTIEN.

où l'on venait de lui remettre le précieux manuscrit, il Un papyrus d'une certaine étendue découvert à Thèbes, partagea avec lui l'émotion profonde et légitime causée dans les tombeaux des rois, lors de la grande expédition par la lecture de ce texte empreint d'un sentiment si and'Égypte, avait dès cette époque attiré l'attention des sa- tique, si moral, si religieux. vants; car, bien que l'on ne fût pas encore en état de le L'âme est arrivée devant le tribunal où Dieu lui-même, déchiffrer, les peintures dont il était orné montraient assez entouré des quarante-deux juges célestes, doit prononcer que son texte devait rouler sur les cérémonies funèbres et

son admission parmi les bienheureux, et elle s'exprime sur les migrations de l'âme après la mort. Un papyrus ainsi : semblable, mais plus complet et en meilleur état, se ren- « O grand Dieu ! Seigneur de vérité ! je suis venu à toi, contra dans le Musée de Turin, et y devint l'objet d'un Seigneur ! je suis venu moi-même pour recevoir tes gråces. examen attentif de la part de Champollion, et postérieu- Je te connais. Je connais ton nom. J'ai connu les noms rement de Lepsius. Comme l'avait bien aperçu Chanipol- des quarante-deux divinités qui siégent avec toi au tribulion, ce manuscrit est un rituel funèbre; et depuis qu'il nal des deux vérités, vivant pour atteindre les méchants, est connu, on s'est aperçu que tous les papyrus diposés nourries loin d'eux, au jour de rendre compte des paroles, dans les collections de l'Europe et se rapportant au même devant l'Être bon, le justifié. Ordonnateur des esprits, sujet ne sont que des extraits plus ou moins développés du Seigneur de la vérité, voilà ton nom. même ouvrage. Nous possédons donc bien là le rituel » Et vous, maitres de la vérité, laissez-moi vous concanonique. Les observations de Lepsius sur l'exemplaire naitre. Je vous ai apporté la vérité. Effacez mes fautes. de Turin prouvent qu'il appartient à la dix-huitième ou à Je n'ai commis aucun mal secrètement contre l'humanité. la dix-neuvième dynastie; ce qui prouve que le rituel en Je n'ai affligé personne. Je n'ai pas dit de mensonge dequestion était en usage chez les Égyptiens tont au moins vant le tribunal de vérité. Je n'ai pas eu d'accointance dans le quinzième ou seizième siècle avant l'ère chré- avec le mal. Je n'ai fait aucune chose mauvaise. Je n'ai tienne, autrement dit, avant la naissance de Moise; et il pas imposé au travailleur au delà de sa tắche journalière. est même à croire que sa rédaction remonte à une époque Je n'ai pas laissé mon nom s'approcher de la barque (Je encore plus reculée, car on y découvre les apparences ne me suis pas embarqué sur la mer ?)... Je n'ai pas été d'une compilation faile sur des monuments plus anciens. paresseux. Je n'ai pas failli. Je n'ai pas pris de relâche.

Le livre se partage en cent soixante-cinq sections, dont je n'ai pas été faible. Je n'ai pas fait ce qui déplait aux les quinze premières, sous un titre commun, forment un dieux. Je n'ai pas calomnié l'esclave devant son maître. ensemble qui renferme à peu près tout ce qu'il y a d'essen. Je n'ai pas sacritié (les prêtres seuls avaient ce droit). Je tiel dans les suivantes. Le titre est ainsi conçu : « Ici com- n'ai pas fait pleurer. Je n'ai pas été homicide. Je n'ai » mencent les chapitres de la glorification dans la lumière donné l'ordre de frapper personne furtivement. Je n'ai » d'Osiris. » L'illustration de cette partie est la repré- fait injure å personne. Je n'ai pas changé les mesures du sentation des funérailles du corps, et au-dessus se dis- pays. Je n'ai pas insulté aux images des dieux. Je n'ai tingue le trépassé offrant à Dieu ses prières. Comme l'a pas dérobé le linceul des morts. Je n'ai pas commis d'ajustement relevé Lepsius, c'est donc le trépassé lui-même dultère. Je n'ai pas craché contre les prêtres du Dieu de qui est la personne agissante et en quelque sorte l'offi- mon pays. Je n'ai pas falsifié les mesures. Je n'ai pas jeté ciant. C'est en son nom que sont prononcées toutes les par terre le poids de la balance. Je n'ai pas fraudé sur le paroles : aucune forme ne saurait exprimer d'une manière poids de la balance. Je n'ai pas retiré le lait de la bouche plus saisissante la réalité de la vie d'outre-tombe. C'est le des nourrissons. Je n'ai pas chassé les animaux sauvages reflet de ce qui se passe au même moment dans le monde dans leurs pâturages. Je n'ai pas pris les oiseaux sacrés.

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