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Le prémier peut se changer , devenir heureux. Il n'est point de remède au dernier, que celui d'en sortir.

Si un Amant haï fait usage de fa Raifon, il se guérira avec le tems de fa Passion. Si elle est si forte, que la Raison ne puisse agir que foiblement; qu'il cherche, s'il lui est possible, dans le dépit & dans fon Amour-propre, un secours qu'il ne trouve point dans la réflexion.

Ceux qui prétendent qu'on peut se guérir tout à coup, & pour ainsi dire dans un jour, d'une Passion violente n'ont jamais été Amoureux. Quelque malheureuse que soit une Passion, dès qu'elle a jette de profondes racines, il faut du tems pour l'arracher entièrement du fond du caur. Un Amour combattu par la Raison ou par le dépit, ressemble à un feu qui couve sous la cendre. Il renaît tout à coup, lorsqu'on le croit éteint. Racine a parfaitement dépeint les mouvemens involontaires dont un cœur amoureux & méprisé fe trouve encore agité dans le tems qu'il pense être déja guéri de sa Paffion. Pyrrhus assure son Confident que, peu content de haïr Andromaque, il veut la braver & la punir de son indifférence.

Je vois ce qui la flatte. Sa beauté la rassure, & malgré mon courroux, L'Orgueilleuse m'attend encor à ses genoux. Je la verrois aux miens , Phænix , d'un

æil tranquille. Elle est veuve d'Hector, & je suis fils d' A

chille : Trop de haine sépare Androinaque & Pyr

rhus.

QUE répond à cela le Confident de Pyrrhus ? Ce qu'on pouvoit répondre de plus sensé. Il sent bien que son Maitre est moins guéri de son amour, qu'il ne pense l'être : il lui conseille dy fonger le moins qu'il lui est poffible.

Commencez donc Seigneur , à ne n'en

parler plus. Allez voir Hermione, & content de lui plaire, Oubliez à ses piés jusqu'à votre colère. Vous même à cet Hymen venem la disposer : Est-ce sur un Rival qu'il s'en faut reposer? Il ne l'aime que trop

Quels fruits produisent les conseils de Phoenix? Aucuns. Pyrrhus ne les é.

coute

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coute pas, & plein de l'Objet qu'il aime , dans le moment qu'il croit le haïr, fon cæur parle & se trahit malgré lui.

Crois-tu, si je l'épouse', Qu'Andromaque en son cæur n'en sera pas

jalouse ?

VOILA le Caur Humain dépeint dans l'exacte vérité ; & voilà ce qui se passe dans l’Ame de ceux qui fe figurent pouvoir être guéris tout à coup d'une violente Pallion. Ils font la dupe d'euxmêmes, & ressemblent à ces Malades qui croient être hors de danger, parce qu'ils ont quelques bons intervalles. Ce moment de santé apparente est souvent suivi de simptômes plus dangereux que les premiers. Il en est de l'Amour comme des maladies aiguës & violentes. Elles viennent tout-à-coup : il faut un certain tems pour les guérir entièrement : on doit employer des remèdes qui ne font efficaces, qu'autant qu'ils peuvent agir. Il est des moyens pour éteindre un Amour malheureux ; mais ces moyens demandent du tems & de la patience. L'absence est le plus grand des remèdes. Le proverbe vulgaire qui dit:

qu'elle

qu'elle est la Mère de l'Oubli, est aussi sensé qu'il est vrai.

Les exercices du Corps, les occu. pations de l'Esprit dislipent l'imagination, & l'empèchent de se fixer toûjours sur le même objet. Dès qu'on a pris sur foi de s'éloigner de la Personne qu'on veut oublier, il faut éviter avec soin tout ce qui peut nous en rappeller l'idée. La solitude est dangereuse aux Amans malheureux, parce qu'elle leur donne l'occasion de se livrer à la réve. rie. Dans ces momens de mélancolie, l'image de leur Maitresse vient s'offrir à leur imagination. Je fai qu'un Homme amoureux & malheureux cherche naturellement la retraite: tout ce qu'il voit dans le grand Monde lui paroit ennuyeux; mais peu-à-peu il s'accoutume à ces objets; il n'y a que le commencement qui lui coute, & ces mêmes objets dans la fuite sont les principales choses qui contribuent à son entière guérison.

Le commerce des Femmes aimables est d'un grand secours à un Amant qui veut oublier sa Maitresse. Il est impossible que parmi ces Femmes, il n'en trouve quelqu'une qui suspende fa mélancolie pendant quelques momens.

C'est dé.

déja beaucoup que de gouter le génie d'une jolie Personne : peu - à -peu il s'accoutume à se plaire avec une autre Femme que fa Maitresse. Lorsqu'il est parvenu à ce point, ses plus grandes peines sont finies; l'heure de son entière liberté est proche.

J'ai déja dit que le dépit fert autant que la Raison à la guérison d'un Coeur. Si l'on ne peut s'empêcher de songer à fa Maitrelle, on peut employer utilement ce dépit à rappeller les défauts de la Personne que l'on veut oublier. A force d'y penser, ils paroîtront à la fin odieux. L'Amour-propre contribuera à les peindre de la façon la plus desavantageuse. Cependant ce remède peut être dangereux;& je voudrois qu'on ne l'employat, que lorsque tous les autres ont été inutiles. Telle est la bizarrerie du Cour Humain , qu'il vient quelque-fois à aimer davantage ce qu'il croit avoir le plus de raison de haïr. Après avoir bien raifonné sur les défauts d'une Maitresse, on les justifie tout à coup, & les réflexions qu'on y a fait n'ont servi, qu'à enfoncer davantage le trait qu'on vouloit arracher.

Je ne puis assez le redire, l'absence & la fréquentation du grand Monde font

les

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