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et sublime, et qu'il juge des choses dans leur nature sans s'arrêter à
de vaines circonstances qui ne blessent que l'imagination des faibles ?
Voyez-le entrer dans un sermon où il apporte un zèle tout dévot, ren-

forçant la solidité de sa raison par l'ardeur de sa charité ; le voilà prêt
5
s à l'ouïr avec un respect exemplaire. Que le prédicateur vienne à

paraître, que la nature lui ait donné une voix enrouée et un tour de
visage bizarre, que son barbier l'ait mal rasé, si le hasard l'a encore
barbouillé de surcroît, quelque grandes vérités qu'il annonce, je parie

la perte de la gravité de notre sénateur.
101 Le plus grand philosophe du monde, sur une planche plus large

qu'il ne faut, s'il y a au-dessous un précipice, quoique sa raison le
convainque de sa sûreté, son imagination prévaudra. Plusieurs n'en
sauraient soutenir la pensée sans pâlir et suer.

Je ne veux pas rapporter tous ses effets. . .
LAC CH34 Je rapporterais presque toutes les actions des hommes qui ne
Con conff branlent presque que par ses secousses. Car la raison a été obli-

gée de céder, et la plus sage prend pour ses principes ceux que l'ima-
gination des hommes a témérairement introduits en chaque lieu. ...

Nos magistrats ont bien connu cè' mystère. Leurs robes rouges,
20 leurs hermines, dont ils s'emmaillotent en chats fourrés, les palais où

ils jugent, les fleurs de lis, tout cet appareil auguste était fort néces-
saire ; et si les médecins n'avaient des soutanes et des mules,2 et que
les docteurs : n'eussent des bonnets carrés et des robes trop amples

de quatre parties, jamais ils n'auraient dupé le monde qui ne peut
25 résister à cette montre si authentique. S'ils avaient la véritable justice

et si les médecins avaient le vrai art de guérir, ils n'auraient que faire
de bonnets carrés; la majesté de ces sciences serait assez vénérable
d'elle-même. Mais n'ayant que des sciences imaginaires, il faut qu'ils

prennent ces vains instruments qui frappent l'imagination à laquelle
30 ils ont affaire ; et par là, en effet, ils s'attirent le respect. Les seuls

gens de guerre ne se sont pas déguisés de la sorte, parce qu'en effet
leur part est plus essentielle, ils s'établissent par la force, les autres
par grimace.

C'est ainsi que nos rois n'ont pas recherché ces déguisements. Ils
35 ne se sont pas masqués d'habits extraordinaires pour paraître tels;

mais ils se sont accompagnés de gardes, de hallebardes. Ces trognes

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1 " like cats in their furs”; an allusion to Rabelais's " Pantagruel,” V, 11.
2 " slippers.”
3 Particularly theological.

4" four times too large." 5 Until 1670 the use of uniforms was not obligatory in the French army.

armées qui n'ont de mains et de force que pour eux, les trompettes
et les tambours qui marchent au-devant, et ces légions qui les envi-
ronnent, font trembler les plus fermes; ils n'ont pas l'habit seule-
ment, ils ont la force. Il faudrait avoir une raison bien épurée pour
regarder comme un autre homme le Grand Seigneur environné, dans 5
son superbe sérail, de quarante mille janissaires. T.

L'imagination dispose de tout; elle fait la beauté, la justice, et le bonheur, qui est le tout du monde.

« Pensées, » 82

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FRANÇOIS MARSILLAC, DUC DE
LA ROCHEFOUCAULD: .

Paris, 1613-1680, Paris

La Rochefoucauld, France's great maxim-writer, was born at Paris in 1613. Though belonging to an ancient family, he received a very limited education, and at the age of sixteen entered the army. His career from then until 1652 was full of adventure and intrigue, first in connection with Richelieu, then in the Fronde. But having been severely wounded in 1652 at the battle of the Porte Saint-Antoine, he retired from active life, his health impaired, his fortune reduced, disappointed in his ambitions, and embittered at heart.

It was in this retirement, enjoying meanwhile the society of the salon of Mme. de Sablé and the intimate friendship of Mme. de La Fayette, that he wrote, in his " Mémoires,” an account of the active period of his life. A surreptitious publication of these "Mémoires” in 1662 by the Elzevirs brought down upon La Rochefoucauld, from friends of whom he had spoken slightingly, a storm of vituperation for which the remarkable volume of " Maximes,” published in 1665, could scarcely compensate. In addition to the " Mémoires ” and Maximes,” he left a few short treatises and about a hundred letters, showing in all, but particularly in the " Maximes,” a remarkable precision of style.

PORTRAIT DU DUC DE LA ROCHEFOUCAULD FAIT

PAR LUI-MÊME

Je suis d'une taille médiocre, libre, et bien proportionnée. J'ai le teint brun, mais assez uni ; le front élevé et d'une raisonnable grandeur; les yeux noirs, petits, et enfoncés, et les sourcils noirs et

épais, mais bien tournés. Je serais fort empêché à dire de quelle sorte 5 j'ai le nez fait, car il n'est ni camus, ni aquilin, ni gros, ni pointu, au

moins à ce que je crois : tout ce que je sais, c'est qu'il est plutôt grand que petit, et qu'il descend un peu trop en bas. J'ai la bouche grande, et les lèvres assez rouges d'ordinaire, et ni bien ni mal taillées ;

j'ai les dents blanches, et passablement bien rangées. On m'a dit 10 autrefois que j'avais un peu trop de menton: je viens de me tâter et

de me regarder dans le miroir, pour savoir ce qui en est, et je ne sais

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pas trop bien qu'en juger. Pour le tour du visage, je l'ai ou carré, ou en ovale; lequel des deux, il me serait fort difficile de le dire. J'ai les cheveux noirs, naturellement frisés, et avec cela assez épais et assez longs pour pouvoir prétendre en belle tête." J'ai quelque chose de chagrin et de fier dans la mine : cela fait croire à la plupart des gens 5 que je suis méprisant, quoique je ne le sois point du tout. J'ai l'action fort aisée, et même un peu trop, et jusques à faire beaucoup de gestes en parlant. Voilà naïvement comme je pense que je suis fait dehors; et l'on trouvera, je crois, que ce que je pense de moi là-dessus n'est pas fort éloigné de ce qui en est.

J'ai les sentiments vertueux, les inclinations belles, et une si forte envie d'être tout à fait honnête homme,? que mes amis ne me sauraient faire un plus grand plaisir que de m'avertir sincèrement de mes défauts. Ceux qui me connaissent un peu particulièrement, et qui ont eu la bonté de me donner quelquefois des avis là-dessus, savent que je les 15 ai toujours reçus avec toute la joie imaginable, et toute la soumission d'esprit que l'on saurait désirer. J'ai toutes les passions assez douces et assez réglées : on ne m'a presque jamais vu en colère, et je n'ai jamais eu de haine pour personne. Je ne suis pas pourtant incapable de me venger, si l'on m'avait offensé, et qu'il y allât de mon honneur 20 à me ressentir de l'injure qu'on m'aurait faite. Au contraire, je suis assuré que le devoir ferait si bien en moi l'office de la haine, que je poursuivrais ma vengeance avec encore plus de vigueur qu'un autre. L'ambition ne me travaille point. Je ne crains guère de choses, et ne crains aucunement la mort. Je suis peu sensible à la pitié, et je vou- 25 drais ne l'y être point du tout. Cependant il n'est rien que je ne fisse pour le soulagement d'une personne affligée ; et je crois effectivement que l'on doit tout faire, jusques à lui témoigner même beaucoup de compassion de son mal ; car les misérables sont si sots, que cela leur fait le plus grand bien du monde. Mais je tiens aussi qu'il faut se 30 contenter d'en témoigner, et se garder soigneusement d'en avoir. C'est une passion qui n'est bonne à rien au dedans d'une âme bien faite, qui ne sert qu'à affaiblir le coeur, et qu'on doit laisser au peuple, qui n'exécutant jamais rien par raison, a besoin de passions pour le porter à faire les choses. J'aime mes amis, et je les aime d'une façon 35 que je ne balancerais pas un moment à sacrifier mes intérêts aux leurs. J'ai de la condescendance pour eux ; je souffre patiemment leurs

1" to claim to have a fine head."

2 e a perfect gentleman."

mauvaises humeurs et j'en excuse facilement toutes choses; seulement je ne leur fais pas beaucoup de caresses, et je n'ai pas non plus de grandes inquiétudes en leur absence. J'ai naturellement fort peu

de curiosité pour la plus grande partie de tout ce qui en donne aux 5 autres gens. Je suis fort secret, et j'ai moins de difficulté que per

sonne à taire ce qu'on m'a dit en confidence. Je suis extrêmement régulier à ma parole: je n'y manque jamais, de quelque conséquence que puisse être ce que j'ai promis, et je m'en suis fait toute ma vie

une obligation indispensable. J'ai une civilité fort exacte parmi les 10 femmes, et je ne crois pas avoir jamais rien dit devant elles qui leur

ait pu faire de la peine. Quand elles ont l'esprit bien fait, j'aime mieux leur conversation que celle des hommes : on y trouve une certaine douceur qui ne se rencontre point parmi nous; et il me semble

outre cela qu'elles s'expliquent avec plus de netteté, et qu'elles don15 nent un tour plus agréable aux choses qu'elles disent.

MAXIMES

XIX

Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui.

XXVI

Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement.

XXXI

Si nous n'avions point de défauts, nous ne prendrions pas tant de plaisir à en remarquer dans les autres.

LXVII

20

La bonne grâce est au corps ce que le bon sens est à l'esprit.

LXXVI

Il est du véritable amour comme de l'apparition des esprits : tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu.

LXXXIX

Tout le monde se plaint de sa mémoire, et personne ne se plaint de son jugement.

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On aime mieux dire du mal de soi-même que de n'en point parler.

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