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POLYEUCTE
Au nom de cet amour, daignez suivre mes pas.

PAULINE

C'est peu de me quitter, tu veux donc me séduire?

POLYEUCTE
C'est peu d'aller au ciel, je vous y veux conduire.

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PAULINE
Oui, je t'y vais laisser; ne t'en mets plus en peine ;
Je vais ...

- Act IV, scene 3

10

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FLAMINIUS'
Sur le point de partir, Rome, Seigneur, me mande
Que je vous fasse encor pour elle une demande.

2

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3

IO

Elle a nourri? vingt ans un prince votre fils;

Et vous pouvez juger les soins qu'elle en a pris
5

Par les hautes vertus et les illustres marques
Qui font briller en lui le sang de vos monarques.
Surtout il est instruit en l'art de bien régner :
C'est à vous de le croire, et de le témoigner.
Si vous faites état de cette nourriture,3
Donnez ordre qu'il règne : elle vous en conjure;
Et vous offenseriez l'estime qu'elle en fait
Si vous le laissiez vivre et mourir en sujet.
Faites donc aujourd'hui que je lui puisse dire
Où vous lui destinez un souverain empire.

PRUSIAS
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Les soins qu'ont pris de lui le peuple et le sénat
Ne trouveront en moi jamais un père ingrat:
Je crois que pour régner il en a les mérites,
Et n'en veux point douter après ce que vous dites;
Mais vous voyez, Seigneur, le Prince son aîné,
Dont le bras généreux trois fois m'a couronné;
Il ne fait que sortir encor d'une victoire ;
Et pour tant de hauts faits je lui dois quelque gloire :
Souffrez qu'il ait l'honneur de répondre pour moi.

NICOMÈDE
Seigneur, c'est à vous seul de faire Attale roi.

PRUSIAS
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C'est votre intérêt seul que sa demande touche.

NICOMÈDE
Le vôtre toutefois m'ouvrira seul la bouche.

De quoi se mêle Rome, et d'où prend le sénat, 1 Rome has sent to the court of Prusias, king of Bithynia, her ambassador Flaminius, to support the interests of the prince Attale, a friend of Rome, in preference to those of his elder brother, Nicomède, who is hostile to Roman influence. 2 élevé, in modern French.

3 éducation,

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Vous vivant, vous régnant, ce droit sur votre État?
Vivez, régnez, Seigneur, jusqu'à la sépulture,
Et laissez faire après, ou Rome, ou la nature.

PRUSIAS
Pour de pareils amis il faut se faire effort.

NICOMÈDE
Qui partage vos biens aspire à votre mort;
Et de pareils amis, en bonne politique

PRUSIAS
Ah! ne me brouillez point avec la République :
Portez plus de respect à de tels alliés.

NICOMÈDE
Je ne puis voir sous eux les rois humiliés ;
Et quel que soit ce fils que Rome vous renvoie,
Seigneur, je lui rendrais son présent avec joie.
S'il est si bien instruit en l'art de com mmander,
C'est un rare trésor qu'elle devrait garder,
Et conserver chez soi sa chère nourriture,
Ou pour le consulat, ou pour la dictature.

FLAMINIUS
Seigneur, dans ce discours qui nous traite si mal,
Vous voyez un effet des leçons d'Annibal ;
Ce perfide ennemi de la grandeur romaine
N'en a mis en son cour que mépris et que haine.

NICOMÈDE
Non, mais il m'a surtout laissé ferme en ce point,
D'estimer beaucoup Rome, et ne la craindre point.
On me croit son disciple, et je le tiens à gloire;
Et quand Flaminius attaque sa mémoire,
Il doit savoir qu'un jour il me fera raison
D'avoir réduit mon maître au secours du poison,
Et n'oublier jamais qu'autrefois ce grand homme
Commença par son père ? à triompher de Rome.

FLAMINIUS
Ah! c'est trop m'outrager !

1

15

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1 élève.

2 Corneille incorrectly supposes that Flaminius is the son of the Flaminius conquered by Hannibal at Lake Trasimeno.

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NICOMÈDE

N'outragez plus les morts.

PRUSIAS
Et vous, ne cherchez point à former de discords :
Parlez, et nettement, sur ce qu'il me propose.

NICOMÈDE
Eh bien ! s'il est besoin de répondre autre chose,
Attale doit régner, Rome l'a résolu ;
Et puisqu'elle a partout un pouvoir absolu,
C'est aux rois d'obéir alors qu'elle commande.

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Attale a le coeur grand, l'esprit grand, l'âme grande,
Et toutes les grandeurs dont se fait un grand roi;
Mais c'est trop

que d'en croire un Romain sur sa foi.
Par quelque grand effet voyons s'il en est digne,
S'il a cette vertų, cette valeur insigne:
Donnez-lui votre armée, et voyons ces grands coups ;
Qu'il en fasse pour lui ce que j'ai fait pour vous;
Qu'ii règne avec éclat sur sa propre conquête,
Et
que

de sa victoire il couronne sa tête.
Je lui prête mon bras, et veux dès maintenant, .
S'il daigne s'en servir, être son lieutenant.
L'exemple des Romains m’autorise à le faire :
Le fameux Scipion le fut bien de son frère ;
Et lorsqu'Antiochus fut par eux détrôné,
Sous les lois du plus jeune on vit marcher l'aîné.
Les bords de l'Hellespont, ceux de la mer Égée,
Les restes de l'Asie à nos côtés rangée,
Offrent une matière à son ambition

FLAMINIUS
Rome prend tout ce reste en sa protection;
Et vous n'y pouvez plus étendre vos conquêtes,
Sans attirer sur vous d'effroyables tempêtes.

NICOMÈDE
J'ignore sur ce point les volontés du Roi;
Mais peut-être qu'un jour je dépendrai de moi,
Et nous verrons alors l'effet de ces menaces.

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Vous pouvez cependant faire munir ces places,
Préparer un obstacle à mes nouveaux desseins,

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Disposer de bonne heure un secours de Romains ;
Et si Flaminius en est le capitaine,
Nous pourrons lui trouver un lac de Trasimène.

PRUSIAS
Prince, vous abusez trop tôt de ma bonté :
Le rang d'ambassadeur doit être respecté,
Et l'honneur souverain qu'ici je vous défère .

NICOMÈDE
Ou laissez-moi parler, Sire, ou faites-moi taire.
Je ne sais pas répondre autrement pour un roi
A qui dessus son trône on veut faire la loi.

PRUSIAS
Vous m'offensez moi-même en parlant de la sorte,
Et vous devez dompter l'ardeur qui vous emporte.

NICOMÈDE
Quoi ? je verrai, Seigneur, qu'on borne vos États,
Qu'au milieu de ma course on m'arrête le bras,

Que de vous menacer on a même l'audace,
Et je ne rendrai point menace pour menace !
Et je remercierai qui me dit hautement
Qu'il ne m'est plus permis de vaincre impunément !

PRUSIAS, à Flaminius
Seigneur, vous pardonnez aux chaleurs de son âge ;
Le temps et la raison pourront le rendre sage.

NICOMÈDE
La raison et le temps m'ouvrent assez les yeux,
Et l'âge ne fera que me les ouvrir mieux.

15

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Si j'avais jusqu'ici vécu comme ce frère,
Avec une vertu qui fût imaginaire
(Car je l'appelle ainsi quand elle est sans effets;
Et l'admiration de tant d'hommes parfaits
Dont il a vu dans Rome éclater le mérite,
N'est pas grande vertu si l'on ne les imite);
Si j'avais donc vécu dans ce même repos
Qu'il a vécu dans Rome auprès de ses héros,
Elle me laisserait la Bithynie entière,
Telle

que de tout temps l'aîné la tient d'un père,

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