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« leves atque inconsiderati sumus, ut si mures corroserint aliquid, « quorum est opus hoc unum, monstrum putemus. »

(7) Le manuscrit du Valican ajoute : « en disant qu'Hécate y a exercé « une influence maligne, » et continue : « Si en marchant il voit une « chouette, il en est effrayé, et n'ose continuer son chemin qu'après « avoir prononcé ces mots, Que Minerve ait le dessus! » On attribuait à l'influence d'Hécate l'épilepsie et différentes autres maladies auxquelles bien des gens supposent encore aujourd'hui des rapports particuliers avec la lune, qui, dans la fable des Grecs , est représentée tantôt par Diane, tantot par Hécate. Les purifications dont parle le texte consistaient en fumigations. (Voyez le Voyage du jeune Anacharsis, chap. XXI.)

(8) Le manuscrit du Vatican ajoute : « en disant qu'il lui importe de ne pas se souiller ; » et continue : « Les quatrièmes et septièmes jours « il fait cuire du vin par ses gens, sort lui-même pour acheter des brana ches de myrte et des tablettes d'encens, et couronne en rentrant les « hermaphrodites pendant toute la journée. » Les quatrièmes jours du mois, ou peut-être de la décade, étaient consacrés à Mercure. (Voyez le scol. d'Aristoph., in Plut. v. 1127.) Le vin cuit est relatif à des libations ou à des sacritices, et les branches de myrte appartiennent au culte de Vénus. Les hermaphrodites sont des hermès à tête de Vénus, comme les hermérotes, les herméraclès, les hermathènes, étaient des hermès à lete de Cupidon, d’Hercule, et de Minerve. (Voyez Laur. de Sacris gent. Tr. de Gronov., tome VII, page 176; et Pausanias , livre XIX, 11, où ll parle d'une statue de Vénus en forme d'hermès.)

(9) « Vous ne réfléchissez pas à ce que vous faites étant éveillés, disait a Diogène à ses contemporains; mais vous faites beaucoup de cas des « visions que vous avez en dormant. »

(10) Instruire de ses mystères. (La Bruyère.). On ne se faisait pas initier tous les mois, mais une fois dans la vie, et puis on observait cerbaines cérémonies prescrites par ces mystères. (Voyez les notes de Cabaubon.)

Il faut observer que les mystères d'Orphée sont ceux de Bacchus, et ne pas les confondre avec les mystères de Cérès. Toute la Grèce célébrait ces derniers avec la plus grande solennité; au lieu que les prêtres d'Orphée étaient une espèce de charlatans ambulants, dont les gens sensés ne faisaient aucun cas, et qui n'ont acquis de l'importance que vers le iemps de la décadence de l'empire romain. ( Voyez Anacharsis, chap. xxi; et le savant mémoire de Fréret sur le culte de Bacchus.)

(11) Le manuscrit du Vatican ajoute ici une phrase défectueuse, que, d'après une explication de M. Coray, appuyée sur les usages actuels de la Grèce, il faut entendre : « Il va quelquefois s'asperger d'eau de la a mer; et si alors quelqu'un le regarde avec envie, il attache un ail « sur sa tête, et va la laver, etc. » Cette cérémonie devait détourner le mauvais effet que pourrait produire le coup d'æil de l'envieux. On trouvera plusieurs passages anciens sur l'influence maligne qu'on attribuait à ce coup d'œil, dans les commentateurs de ce vers des Bucoliques de Virgile (égl. IH, V. 103) :

Nescio quis teneros oculus mihi fascinat agnos. L'eau de mer était regardée comme la plus convenable aux purifica

lions. (Voyez Anucharsis, chap. XXI; et Duport, dans les noles du commencement de ce chapitre.

(12) Espèce d'oignon marin. (La Bruyère.) Le traducteur a inséré dans le texte la manière dont il croyait que cette expiation se faisait; mais il parait que le chien sacrifié n'était que porté autour de la personne qu'on voulait purifier, et la squille était vraisemblablement brûlée.

(13) Le grec ajoute, même dans l'ancien texte : « ou un homme dont l'esprit est aliéné. »

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De l'esprit chagrin. L'esprit chagrin fait que l'on n'est jamais content de personne, et que l'on fait aux autres mille plaintes sans fondement (1). Si quelqu'un fait un festin , et qu'il se souvienne d'envoyer un plat (2) à un homme de cette humeur, il ne reçoit de lui pour tout remercîment que le reproche d'avoir étéoublié. Je n'étais pas digne, dit cet esprit querelleur, de boire de son vin, ni de manger à sa table. Tout lui est suspect, jusques aux caresses que lui fait sa maîtresse. Je doute fort, lui dit-il, que vous soyez sincère, et que toutes ces démonstrations d'amitié partent du coeur (3). Après une grande sécheresse, venant à pleuvoir comme il ne peut se plaindre de la pluie, il s'en prend au ciel de ce qu'elle n'a pas commencé plus tôt. Si le hasard lui fait voir une bourse dans son chemin, il s'incline. Il y a des gens, ajoute-t-il, qui ont du bonheur; pour moi, je n'ai jamais eu celui de trouver un trésor. Une autre fois, ayant envie d'un esclave, il prie instamment celui à qui il appartient d'y mettre le prix; et dès que celui-ci, vaincu par ses importunités , le lui a vendu (4), il se repent de l'avoir acheté. Ne suis-je pas trompé ? demande-t-il; et exigerait-on si

peu d'une chose qui serait sans défauts ? A ceux qui lui font les compliments ordinaires sur la naissance d'un fils et sur l'augmentation de sa famille, Ajoutez, leur dit-il, pour ne rien oublier, sur ce que mon bien est diminué de la moitié (5). Un homme chagrin, après avoir eu de ses juges ce qu'il demandait, et l'avoir emporté tout d'une voix sur son adversaire, se plaint encore de celui qui a écrit ou parlé pour lui, de ce qu'il n'a pas touché les meilleurs moyens de sa cause; ou lorsque ses amis ont fait ensemble une certaine somme pour le secourir dans un besoin pressant (6), si quelqu'un l'en félicite et le convie à mieux espérer de la fortune: Comment, lui répond-il, puis-je être sensible à la moindre joie, quand je pense que je dois rendre cet argent à chacun de ceux qui me l'ont prêté, et n'être pas encore quitte envers eux de la reconnaissance de leur bienfait ?

NOTES.

(1) Si l'on voulait traduire littéralement le texte corrigé par Casaubon, cette définition serait : « L'esprit chagrin est un blâme injuste de ce « que l'on reçoit; » et d'après le manuscrit du Vatican, corrigé par « Schneider, une disposition à blámer ce qui vous est donné avec bonté. »

(2) Ç'a été la coutume des Juifs et d'autres peuples orientaux, des Grecs et des Romains. (La Bruyère.) Il fallait ajouter, « dans les repas « donnés après des sacrifices. » (Voyez chapitre xu, note 5.) Au lieu d'un plat, il y a dans le texte, « une portion de la victime. »

(3) Littéralement : « Comblé de caresses par sa maîtresse , il lui dit : « Je serais fort étonné si tu me chérissais aussi de cour. »

(4) Au lieu de ces mots , « et dès que celui-ci, etc., » le texte dit, « et « s'il a eu un bon marché. » M. Barthélemy, qui a inséré quelques traits de ce caractère dans son chapitre xxvii, rend celui-ci de la manière suivante : « Un de mes amis, après les plus tendres sollicitations, con« sent å nie céder le meilleur de ses esclaves. Je m'en rapporte à son « estimalion : savez-vous ce qu'il fait? il me le donne à un prix fort au« dessous de la mienne. Sans doute cet esclave a quelque vice caché. Je « ne sais quel poison secret se méle toujours à mon bonheur. »

(5) Legrec porte : « Si tu ajoutes que mon bien est diminué de moitié, tu auras dit la vérité. » (6) Voyez chapitre 1, note 3.

CHAPITRE XVIII.

De la défiance. L'esprit de défiance nous fait croire que tout le monde est capable de nous tromper. Un homme défiant, par exemple, s'il envoie au marché l'un de ses domestiques pour y acheter des provisions, il le fait suivre par un autre , qui doit lui rap

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porter fidèlement combien elles ont coûté. Si quelquefois il porte de l'argent sur soi dans un voyage, il le calcule à chaque stade (1) qu'il fait, pour voir s'il a son compte. Une autre fois , étant couché avec sa femme, il lui demande si elle a remarqué que son coffre-fort fît bien fermé, si sa cassette est toujours scellée (2), et si on a eu soin de bien fermer la porte du vestibule; et bien qu'elle assure que tout est en bon état, l'inquiétude le prend , il se lève du lit, va en chemise et les pieds nus , avec la lampe qui brûle dans sa chambre, visiter lui-mêrne tous les endroits de sa maison ; et ce n'est qu'avec beaucoup de peine qu'il s'endort après cette recherche. Il mène avec lui des témoins quand il va demander ses arrérages (3), afin qu'il ne prenne pas un jour envie à ses débiteurs de lui dénier sa dette. Ce n'est pas chez le foulon qui passe pour le meilleur ouvrier qu'il envoie teindre sa robe, mais chez celui qui consent de ne point la recevoir sans donner caution (4). Si quelqu'un se hasarde de lui emprunter quelques vases (5), il les lui refuse souvent; ou s'il les accorde, il ne les laisse pas enlever qu'ils ne soient pesés : il fait suivre celui qui les emporte, et envoie dès le lendemain prier qu'on les lui renvoie (6). A-t-il un esclave qu'il affectionne et qui l'accompagne dans la ville (7), il le fait marcher devant lui, de

peur que, s'il le perdait de vue, il ne lui échappåt et ne prît la fuite. A un homme qui, emportant de chez lui quelque chose que ce soit, lui dirait , Estimez cela, et mettez-le sur mon compte, il répondrait qu'il faut le laisser où on l'a pris, et qu'il a d'autres affaires que celle de courir après son argent (8).

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NOTES.

(1) Six cents pas. (La Bruyère.) Le stade olympique, avait, selon M. Barthélemy, quatre-vingt-quatorze toises et demie. Le manuscrit du Vatican porte, « et s'assied à chaque stade pour le compter. »

(2) Les anciens employaient souvent la cire et le cachet en place des serrures et des clefs. Ils cachetaient même quelquefois les portes, et surtout celles du gynécée. (Voyez entre antres les Thesmoph. d’Aristoph., V.123.)

(3) « Quand il demande les intérêts de son argent, afin que les débi« teurs ne puissent pas nier la dette. » Il faut supposer peut-être que c'est avec les mêmes témoins qui étaient présents lorsque l'argent a été remis.

(4) Le grec dit, « mais chez celui qui a un bon répondant. » (5) D'or ou d'argent. (La Bruyère.)

(6) Ce qui se lit entre les deux étoiles n'est pas dans le grec, où le sens est interrompu; mais il est suppléé par quelques interprètes. (La Bruyère.) C'est Casaubon qui avait suppléé à cette phrase défectueuse, non-seulement par les mots que la Bruyère a désignés, mais encore par les qua« tre précédents. Voilà comme le manuscrit du Vatican restitue ce passage , dans lequel on reconnaitra avec plaisir un trait que Casaubon avait deviné : « Il les refuse la plupart du temps; mais s'ils sont deu mandés par un ami ou par un parent, il est tenté de les essayer et de « les peser, et exige presque une caution avant de les prêter. » Il veut les essayer aux yeux de celui à qui il les contie, pour lui prouver que c'est de l'or ou de l'argent tin. Ce sens du verbe grec, restitué dans cette phrase par M. Coray, est justifié par l'explication que donne Hesychius du substantif qui en dérive.

(7) La Bruyère a ajouté les mots « qu'il affectionne. M. Coray a joint ce trait au précédent, en l'appliquant à l'esclave qui porte les vases.

(8) Dans les additions du manuscrit du Vatican à cette phrase difficile et elliptique, il faut, je crois, mettre le dernier verbe à Poptatif attique de l'aoriste, et traduire : « Il répond à ceux qui, ayant acheté quelque « chose chez lui, lui disent de faire le compte et de mettre l'objet en note, « parce qu'ils n'ont pas en ce moment le temps de lui envoyer de l'ar« gent : Oh! ne vous en mettez pas en peine ; car quand même vous en « auriez le temps, je ne vous en suivrais pas moins; » c'est-à-dire , quand même vous me diriez que vous m'enverrez l'argent sur-le-champ, je préférerais pourtant de vous accompagner chez vous ou chez votre banquier pour le toucher moi-même.

CHAPITRE XIX.

D’un vilain honime.

Ce caractère suppose toujours dans un homme une extrême malpropreté, et une négligence pour sa personne qui passe dans l'excès, et qui blesse ceux qui s'en aperçoivent. Vous le verrez quelquefois tout couvert de lèpre, avec des ongles longs et malpropres, ne pas laisser de se mêler parmi le monde, el croire en être quitte pour dire que c'est une maladie de famille, et que son père et son aïeul y. étaient sujets (1). Il a aux jambes des ulcères. On lui voit aux mains des poireaux et d'autres saletés, qu'il néglige de faire guérir; ou s'il pense à

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