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passa ensuite dans la division de Matignon à la compagnie de Corseul, et quitta définitivement le service en 1780'.

Il fit alors son droit, fut reçu avocat au Parlement en 1783; à l'âge de trente-et-un ans, et vint exercer au barreau de Ploërmel. Maire de cette ville de 1781 à 1788, il fut député à la session extraordinaire des Etats de Bretagne ouverte le 14 février 1789. Deux mois après, il était élu second député suppléant de la sénéchaussée aux Etats-Généraux. Le premier suppléant, Le Deist de Botidoux, dùt bientôt remplacer Robin de Morhéry démissionnaire, mais Le Goaisbe n'eut pas occasion d'aller siéger à l'Assemblée nationale.

Elu, le 21 février 1790, lieutenant-colonel de la garde nationale de Ploërmel, il fit partie au mois de mai des électeurs départementaux et fut nommé membre du directoire du dé. partement du Morbihan. Depuis cette époque jusqu'à sa mort, c'est-à-dire pendant vingt-quatre ans, il devait exercer d'une façon presque continue des fonctions administratives ou judiciaires dans ce département.

Comme membre du directoire, il prit une part active à la tâche fort difficile de la nouvelle organisation départementale et en 1791, à celle de l'application des décrets sur la constitution civile du clergé, car je trouve son nom au bas de toutes les proclamations et de tous les arrêtés lancés à profusion pour tâcher de persuader aux orthodoxes populations morbihannaises qu'elles n'avaient rien à craindre du prétendu schisme. On sait que le club de Vannes fut fondé par les clubistes lorientais en février 1791' à l'occasion de la première émeute causée par les troubles religieux. Le Goaësbe fut l'un des premiers menibres de ce qu'on appelait alors la Société des amis de la constitution.

En 1792, il quitta le directoire départemental, devint officier municipal de Vannes, membre du district et du comité de

Notes communiquées par M. Fr. Saulnier.
Voy. Clubs et Clubistes dit Morbihan par Philippe Muller.

surveillance en 1793. Il présidait même, au mois d'octobre, le club de Vannes devenu la Société des amis de l'égalité et de la liberté, lorsque le conventionnel Prieur de la Marne arriva en mission pour régénérer les administrations et les pouvoirs publics. La dernière séance du club, le 22 octobre, a été fidèlement retracée par M. Philippe Muller dans ses Clubs et Clubistes du Morbihan : je n'y reviendrai pas. Prieur fut écouté dans un morne silence, précurseur de terribles événements : et le club aussitôt dissous fut remplacé par une Société populaire dont Bellée devint vice-président. Mais cela ne le sauva pas des vengeances montagnardes que Prieur venait exercer contre les gens à zèle tiède, et comme tous les autres administrateurs du département ou du district, les membres des tribunaux et autres fonctionnaires vannetais, il fut incarcéré au Petit-Couvent par le farouche missionnaire. J'ai dit, à propos de Boullé, ce que fut cette détention qui ne prit fin que longtemps après le 9 thermidor, car Le Goaësbe fut libéré seulement le 18 brumaire an III. A la fin de l'an III, je retrouve Bellée commissaire provisoire du directoire exécutif près le canton de Vannes : mais ce provisoire ne lui suffisait pas; et pour obtenir un poste plus stable, il avait écrit le 29 vendémiaire an IV, au Ploërmelais Perret de la Lande, député aux Cinq Cents, ancien président du tribunal criminel du Morbihan et son compagnon de détention au Pelit-Couvent, pour le prier de de. mander pour lui la place de conservateur des hypothèques à Vannes. Perret lui répondit que toutes les places de ce genre étaient déjà données, et Le Goaësbe lui adressait, le 7 frimaire, cette lettre inédite qui donnera une idée de son style et de ses sentiments, et nous apporte quelques détails précis sur le chouannage à cette époque :

« Citoyen, je vous remercie infiniment des soins que vous avez bien voulu vous donner relativement à la place de conservateur des hypothèques que je sollicitois lors pour la résidence de Vannes, quoique ce projet n'ait pas réussi. Je n'en suis pas fâché, car je ne désirois cette position qui, dans la réalité, ne me parait pas fort avantageuse, que parce que je ne tenois à rien. Mais actuellement, provisoirement chargé par l'administration centrale du Morbihan des fonctions de commissaire du directoire exécutif, je ne regrette nullement les premières, et je désire sincèrement être autorisé à conserver les secondes. Je vous prie donc, si vous croyez avoir quelque influence sur la ratification du directoire exécutif, du choix des administrateurs de notre département, de vouloir bien l'employer pour que la chose ait lieu...

Le chouannage continue tous les jours dans notre malheureux pays. Plus de soixante de ces brigands, se portèrent jusqu'à Trussac, tout dernièrementet y pillèrent sans assasiner. Heureusement, je fus averti qu'ils avoient m'ajourner à trois jours ; de bonnes patrouilles les surveillèrent et ils ne parurent pas. Cependant j'ai cru prudent de céder pour un temps à cet orage, et depuis deux jours je suis établi ou demeurèrent nos représentants. Au reste, nos paysans se fatiguent des chouans. Les jeunes gens de toutes les paroisses environnantes ont refusé de marcher il y a cinq ou six jours. Dans une des plus mauvaises même, ils ont délibéré et arrêté de fusiller les chefs qu'ils pourroient attraper, et déjà des renseignements précis donnent pour certain que Bois-Berthelot a été tué à Surzur. Il est non moins sûr que Berthelot a été manqué à GrandChamp. Il eri a été quitte cette fois pour un bras cassé : mais je doute que s'il y reparoit, il s'en tire å si bon marché. Si cette tournure prend un peu plus de consistance, adieu le chouannage dans nos cantons. Le paysan ne demande qu'à prendre confiance dans la troupe, mais il craint le pillage auquel elle n'est malheureusenent que trop exercée. Si nous avions seulement dans le département quatre bataillons bien disciplinés, commandés par des chefs bien disposés, je suis persuadé que nous serions bientôt en paix.

Rappelez-moi,je vous en prie, au souvenir de vos collègues mes anciennes connaissances. Salut et fraternité. S.-J. LE GOAESBE'. >>

Cinq mois après, nouvelle missive ; les dispositions ont changé :

« Vannes le 29 germinal an 4*, Rép. — Citoyen, mon cher compatriote. – Encore une porte ouverte pour placer votre concitoyen.

• Cette lettre inédite et celles qui suivent sont extraites du cabinet de M. le baron de Goy.

Par votre lettre du 6 nivôse dernier, vous prévoyiez avec raison que le tribunal civil du département pourrait offrir du vuide, car déjà, depuis que tous les suppléants ont entré, deux juges se sont démis, l’un nommé Paturel, de la Roche-Sauveur, parce que ses facultés ne lui permettoient pas de s'écarter de sa famille, l'autre Le Saint, parce qu'il est devenu tout à fait caduc. Ces démissions ont été motivées au commisaire près le tribunal, lequel commissaire est spécialement chargé par le ministre de la justice de présenter des sujets en remplacement. Villaubry a bien voulu me communiquer son travail qui me porte en tête ; je vous prie donc encore, mon cher compatriote, de vouloir bien suivre le résultat et déterminer une décision aussi prompte que précise. Le tribunal délibère aujourd'hui s'il peut de son côté désigner des sujets au ministre ; et s'il présente une liste, je me tiens assuré d'y être compris.

Maintenant chargé des fonctions de procureur-syndic du district de Vannes, et de plus par l'administration du département, de celles de commissaire provisoire près le canton de Vannes, je désire sortir promptement de cette situation vraiment trop pénible pour un seul homme, si elle se prolongeoit. Le 13 du mois dernier, j'en écrivis au ministre de l'intérieur, et je comptois sur une décision qui ne m'est point parvenue. Quoiqu'il en soit, si le Directoire m'accordoit sa confiance près le Canton de Vannes, je m'en tiendrois content et satisfait, quoique je préférasse le tribunal.

Au reste, voyez ce que vous pourrez faire de votre concitoyen. Deux portes sont ouvertes, ou logera-t-il? Je remets le tout à votre prudence et le confie aux sentiments d'intérêt que vous avez bien voulu me témoigner. - Salut et fraternité. S.-J. LE GOAËSBE. »

Le Goaösbe reçut sa commission de juge suppléant au tribunal civille 6 thermidor, et fut installé le 29, surlendemain de la levée de l'état de siège à Vannes': mais de nouvelles tribulations l'attendaient. Aux élections générales de l'an 5, il fut continué dans ce poste par l'assemblée électorale. « Me voilà donc rendu au terme de mon ambition politique, » écrivaitil le 6 floréal à Perret : mais il comptait sans la loi de fructidor qui annula toutes les opérations des assemblées électorales d'un grand nombre de départements, comme ayant

Dans sa lettre de remerciements à Perret, il reprend sa signature Legoaësbe-Bellée

été entachées de manoeuvres royalistes. Le département du Morbihan fut de ce nombre et voilà Le Goaësbe fort embarrassé, ne sachant s'il pouvait conserver ses fonctions de juge au tribunal civil, auxquelles s'étaient jointes celles de substitut de l'accusateur public près le tribunal criminel, bien qu'il eût été nommé directement aux premières par le gouvernement, avant les élections. Il écrivait à ce sujet le 26 fructidor une lettre fort curieuse à son ami Perret :

Cette loi qui annule l'effet des opérations de l'assemblée électorale, ne doit-elle pas remettre les choses en l'état qu'elles étoient auparavant... Mon ancienne commission du gouvernement reprendelle toute sa valeur, et me croyez-vous par elle suffisamment autorisé à continuer mes fonctions de juge, du moins jusqu'à une nouvelle approbation du gouvernement ?... et c'est pour cette nouvelle approbation que j'invoque de nouveau vos bons offices. Il ne faut pas me comprendre dans la catégorie de ceux que la loi entend rejeter. Cette mauvaise fournée peut néanmoins donner quelques bons pains. D'ailleurs si le tribunal criminel du Morbihan, qu'on ne sauroit soupçonner d'incivisme, ne m'eût pas crù à la hauteur, il ne m'eût pas confié les fonctions d'accusateur public que j'exerce en ce moment, Bourgerel étant absent..... Je pense que le gouvernement avant de faire les choix consultera la députation, peut être son commissaire et même le tribunal : dans tous les cas, je vous prie de faire en sorte que je ne sois pas oublié, conséquemment relégué parmi les boucs. Je crois avoir rempli mes fonctions de juge et de directeur du jury pendant dix mois à Ploermel, et maintenant d'accusateur public à la satisfaction de tous les bons citoyens..... >>

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Le tribunal déclara qu'il devait s'abstenir, mais que s'il était consulté, il le porterait candidat en tête des listes. En effet, le 8 nivôse an VI, (28 décembre 1797), Le Goaësbe fut nommé juge titulaire au même siège.

Lors de la réorganisation des tribunaux en l'an VIII, il devint juge au tribunal de première instance de Ploërmel (12 floréal – 2 mai 1800) ; et à la suite d'une nouvelle organisation, juge à Vannes le 14 avril 1811. Il mourut dans cette ville le 28 octobre 1814, ayant été maintenu en fonctions par

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