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bonne forme et deubvement vérifiées', à peine d'estre punys comme rebelles et perturbateurs du repos public.

Sy donnons en mandement à nos amez et féaulx conseillers les gens tenants nostre court de parlement et chambre des Comptes de Bretaigne, comme aussy à nostre très cher et très aimé frère naturel le duc de Vendosme, gouverneur et nostre lieutenant-général en ladicte province, et à tous nos aultres lieutenants-généraux et préposés au gouvernement des villes, baillifs, sénéchaux ou leurs lieutenants, prévosts, maréchaux et aultres nos justiciers et officiers qu'il appartiendra par ces présentes, ils ayent chacun en droict soy, à faire lire, publier et registrer, et le contenu en icelles garder et observer, suyvre et entièrement exécuter, ne permettre ou souffrir qu'il y soit contrevenu en une seule sorte ou manière par quelque personne que se soit, et si auchune chose serait faicte au contraire le faire réparer et remettre au premier estat et debu. Car tel est nostre plaisir.

En tesmoing de quoy nous avons faict mettre notre scell à cestes présantes.

Donné à Paris l'unzième jour de septembre, l'an de grâce mil six cents dix huit, et de nostre reigne le neuviesme. Signé Louys, et sur le repli. Par le Roy : Pottier.

Extraict des registres du Parlement.

Leu par la Court grand'Chambre de Tournello assemblée les lettres patantes du Roy données à Paris l'unziesme septembre dernier mil six cents dix huit signée : Louys et sur le repli par le Roy : Pottier, et scellées de cire jaune oblenues par les gentz des trois estats de la province et duché de Bretaigne par lesquelles et pour les causes y contenues Sa Majesté, etc.

· Deubvement ou deubuement comme plus loin deubv ou deubu pour duement, (dument), di.

Suit le résumé exact du dispositif.

(Veu) requête présentée à ladite Cour par lesdicts trois Estats le septième du présent mois de janvier afin de vériffication desdictes lettres, et que à cette fin elles fussent leues, publiées et enregistrées, et les coppies d'icelles envoyées aux siéges présidiaux et royaux de ce ressort pour y estre pareillement leues et publiées, et au surplus injonclion estre faicte aux juges présidiaux de Quimper-Corentin et substitut du procureur général du Roy au dict lieu, de faire diligence et sans délai procéder à la démolition et ruine des fortiffications de la dicte placze de Douarnenez par les habitants et aux frais des habitans des paroisses voisines'; conclusions du procureur général du Roy, et tout considéré ;

La Court a ordonné et ordonne que les dictes lettres soient enregistrées au greffe d'icelle pour en jouir les impétrans suivant la vollonté du Roy, sans approbation de la ciause faisant mention des frais et des pans faicts par les sieurs de Nevet et Logan;

Et pour l'exécution des dictes lettres et du présent arrêt, en ce qui est concernant la place de Douarnenez, a commis et commet les juges présidiaux de Quimper-Corentin; et pour celle de Ranrouet les juges présidiaux de Nantes. Enjoint aux substituts du procureurgénéral du Roy auxdicts lieux de poursuivre la dicte exécution chacun en leur ressort, et du debvoir qu'ils y auront faict en certiffier la dicte court de trois mois en trois mois; - dict que à la diligence du procureur-syndic desdicts Estats lesdites lettres et arrest seront signifiés audict sieur de Châteauneuf à ce qu'il ne prétende cause d'ignorance.

Faict au parlement de Rennes le unziesme jour de janvier mil six cent et dix-neuf. Ainsi signé : MONNERAYE : Par coppie : GUENNEC.

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On remarquera que le roi met le dédommagement du seigneur de Névet et de son lieutenant à la charge des Etats. Les Etats prétendent mettre les frais qu'entraînera la démolition, à la charge des « habitants des paroisses voisines. » Le parlement refuse son enregistrement « à la clause des lettres faisant mention des frais et dépens dus au sieur de Névet. »

V

Nous n'avons pas les procès-verbaux de l'exécution de l'arrêt; mais il n'est pas permis de douter que les Etats armés de l'arrêt n'aient obtenu enfin une entière satisfaction.

Qui pourrait s'étonner de cette insistance des Etats à obtenir le démantèlement des forteresses féodales ? Elles ne sont plus utiles à la guerre, et elles ne peuvent être que la retraite de « pillards. » Il ne manquait pas de gens qui, à la faveur des guerres civiles, avaient pris l'habitude des « pilleries et levées » c'est-à-dire des réquisitions forcéus d'argent et de fournitures, et, la paix faite, ils entendaient continuer cette industrie.

On lit souvent que « ces partisans sont d'une faction contraire au roi. » Mais ces mots ne doivent pas être pris à la lettre : Ces « entreprises » n'avaient rien de politique, et elles n'étaient « contraires au roi » qu'en ce sens que le roi représentait la loi, l'autorité et l'ordre public.

Nous l'avons vu plus haut : la paix à peine signée, et des le mois de mai 1598, les Etats assemblés à Rennes avaient demandé la démolition de plusieurs places. Moins de six mois après, un fait grave justifiait la requête des Etats.

Le 14 novembre 1598', un gentilhomme, Thomas Davolon

Ce qui suit est extrait d'un arrêt du Parlement (16 décembre 1598), et d'une enquête dressée en février 1617, par Jacques Rutfelet, écuyer, sieur de la Lande, lieutenant civil à St-Brieuc, sur les titres, qualités, et services d'Abel Gouyquet, sieur de Trédaniel. (Arch. des Côtes-du-Nord. Châtel. lenie de Corlay).

M. Levot ne connaissait pas cette enquête quand il a publié l'article Gouyquel — (biographie bretonne). Il ne savait pas non plus que Gouyquet fut capitaine de Corlay: il rapporte sa nomination de sénéchal, au 4 décembre 1599. Cette date est cello de la nomination du sénéchal comme capitaine; mais Gouyquet était sénéchal depuis le 8 décembre 1597.

L'enquête paraît avoir été faite en vue de la nomination de Gouyquet comme chevalier de St-Michel (20 juillet 1617).

sieur de la Rivière, assisté de Jean Foliard, dit la Fortune, et de plusieurs autres au nombre desquels deux laboureurs nommés Bosse et Perrin, surprit le château de Corlay. Le sénéchal, Abel Gouyquet, qui avait fait ses preuves à la guerre, rassembla en hâte quelques gentilshommes du voisinage, auxquels se joignit une troupe d'habitants de Corlay, Quintin et Guingamp; dès le lendemain, 15 novembre, le château était investi et les assiégés se rendaient. Le même jour, Gouyquet expédiait-un courrier au gouverneur de la province ; et, déposant l'épée, commençait, comme sénéchal, une information criminelle. Il la menait vivement comme il avait mené l'attaque du château; et, le 18 novembre, sa sentence était rendue.'

Le 18 novembre, le Parlement ordonnait au prévôt des maréchaux d'amener les prisonniers à Rennes. Mais le prévôt, en réalité seul compétent en cette affaire, tient à faire son information. Il est, je n'ose dire moins zélé, mais il est moins prompt que le sénéchal ; et, le 5 décembre, le Parlement, las d'attendre, réitère ses ordros « sous menace de destitution. »

Les quatre prisonniers arrivent enfin à Rennes; et, le 16 décembre,- ils sont condamnés pour « avoir contre l'autorité du roi et le repos de la province, surpris à port d'armes le château de Corlay. » L'exécution eut lieu le jour même : Davolon fut décapité, et sa tête envoyée à Corlay « pour être fichée au bout d'une lance au lieu le plus éminent du château. » Foliart fut pendu et son corps exposé aux patibulaires. Les deux paysans, bannis à perpétuité de la province, assistèrent la corde au cou à la double exécution, puis furent fouettés de cordes aux carrefours et chassés de Rennes.

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"Le sénéchal-guerrier mena trop vivement la procédure. S'agissant de rébellion au Roi, il était incompétent : Le prévôt des maréchaux fit à son tour information, et c'est sans doute ce qui explique le retard dans l'exécution des ordres du Parlement que nous signalerons tout à l'heure.

2 Non le 5, comme dit d'HOZIER, Chevaliers bretons de Saint-Michel. Gouyquet.

L'année suivante, le seigneur de Corlay, Louis de Rohan prince de Guémené, nommait le sénéchal Gouyquet capitaine de Corlay. Nous allons le voir laisser surprendre le château ; mais ne craignez rien : il saura le reprendre.

Dix-huit années ont passé et nous sommes en 1616. La paix publique semble désormais assurée. Le sénéchal-capitaine de Corlay croit le château suffisamment gardé par « une garnison d'un seul homme, le geôlier. » Et il réside à son manoir de Boccozel (paroisse du Haut-Corlay!. C'est là qu'il dort tranquille dans la nuit du 8 janvier 1616.

Le 9 au matin, on vient lui dire que douze ou quinze hommes ont surprisle château pendant la nuit ; et s'y sont installés. Cette fois le capitaine n'a pas afiaire, comme autrefois le sénéchal à deux aventuriers suivis de quelques pauvres paysans. Les nouveaux venus sont« gens de guerre. » Le capitaine va agir en conséquence. Ses courriers galopent depuis Guingamp jusqu'à Saint-Brieuc, Moncontour, Plemet et Botoha. Des gentilshommes accourent de tous ces points, et, sept jours après leur entrée dans le château, les assiégés demandent une composition que Gouyquet accorde et qu'approuve le maréchal de Brissac, lieutenant général du roi en Bretagne. Il ne paraît pas que cette affaire ait été suivie criminellement.

Tels sont ces deux faits : l'un se produisant au lendemain de la cessation des hostilités générales et suivi d'une répression sévère: – l'autre plus difficile à expliquer et plus coupable, puisqu'il se produit en pleine paix ; et qui pourtant demeure impuni, pour une cause qui nous échappe.

J'ai insisté sur ces deux faits pour les motifs suivants :

Premièrement, quand on lit l'enquête à laquelle j'emprunte les détails qui précèdent, un fait se dégage d'abord : c'est le zèle et l'empressement de tous, gentilshommes et habitants des villes et campagnes à réprimer ces « entreprises.

» Au premier appel de Gouyquet, les gentilshommes accourent.

Appartenant à sa femme Catherine de Kergorlay.

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