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projets de nos ennemis. Je me propose pour aller en Angleterre. J'y paroitrai comme réfugié et j'emploierai tout le zèle d'un sincère ami de son pays pour connoître ce que vous aurez intérêt de savoir et vous en instruire. Il y a plusieurs jours que l'idée de m'offrir à vous sons ce rapport est combattue par la crainte que vous ne regardiez cette offre comme un moyen de fuir et que cela ne vous paroisse une faiblesse qui me diminue dans votre esprit; mais j'ai songé que la mission dont je demandois à me charger n'étoit pas assez dépourvue de périls pour que celui qui s'en chargeoit pût passer pour un lâche; et si je crains une captivité qui m'entasseroit avec des hommes qui sont mes ennemis, j'ai trop peu peur de la mort pour que je croie qu'il n'y ait quelqu'un qui imagine que je fais un pas pour la fuir. Vous pourriez m'objecter que c'est me présenter bien tard pour servir la République, et que vous ne pouvez pas me regar ler comme un de ses amis. Je réponds que ce n'est que dans une miss.on secrète que je puis être utile et que nulle part je ne l'aurai été avant l'époque à laquelle nous sommes. Quant à ma profession de foi la voici : je n'ai pas désiré la République, parce que je prévoyois que de grands orages seroient attachés à sa fondation. Depuis qu'elle est établie, je suis son partisan et son dósenseur parce que les plus grands malheurs, la perte de la liberté, seroient la suite de sa destruction. Voilà ma pensée tout entière et tous les amis de la liberté qui ont voté pour la monarchie dans un temps où, au surplus, comme vous le savez, on ne pouvoit parler que de monarchie, doivent reconnoitre à ce langage quelq:27 sincérité... »

En même temps il adressait la lettre suivante à Robespierre :

« Mon ancien collègue et ami,

» Je vous adresse un mémoire que je présente au comité de Salut public, c'est à vous que je l'adresse, parce que c'est vous qui avez le plus manifesté votre énergique haine contre les Anglois, et qu'il me semble que, plus habile, vous sentirez plus que tout autre limportance de ruiner cet affreux gouvernement. Continuez, soyez le sénateur qui disoit sans cesse : « Que Carthage soit détruite ». Vous fondez votre gloire bien avant; votre belle motion de discuter sans cesse les crimes du gouvernement anglois n'a jamais été assez connue, aussi a-t-elle jusqu'à présent été bien mal exécutée. Voyez, mon ancien collègue, si la proposition que je fais peut être utile. J'abhorre ces Inglois, et leur mise au profit le ma patrie, seroit un grand

bonheur pour moi. Croyez au surplus, que si je n'ai pas toujours été de votre avis, j'aime maintenant autant que vous la République ; elle est établie, tous les amis de la liberté doivent la soutenir, vous sentirez qu'une prompte décision est nécessaire, si vous acceptez mon offre, et il n'y a pas un moment à perdre. Je vous salue.

Celui qui vous remet cette lettre ignore quel en est l'objet. Si le comité de Salut m'accepte, nul autre que lui et moi ne doit savoir cette mission'. >>

On ne se jette pas plus naïvement dans la gueule du loup: Robespierre répondit à « son ancien collègue et ami » en signant l'ordre de le faire arrêter en même temps que deux autres ex-constituants Thouret et d'Esprémesnil. Ceci se passait en février 1794. Tous les trois comparurent en même temps devant le tribunal révolutionnaire et furent condamnés à mort et exécutés le 22 avril, comme coupables « d'avoir conspiré depuis 1789, en faveur de la royauté ! » Le Chapelier n'avait pas encore cinquante ans révolus.

On rapporte qu'au moment de monter dans la fatale charrelie, Le Chapelier aurait dit à son ancien adversaire d'Esprémesnil : Monsieur, on nous donne dans nos derniers moments, un terrible problème à résoudre - Lequel ? C'est de savoir, quand nous serons sur la charrette, à qui de nous deux s'adresseront les huées du peuple. – A tous deux, répondit d'Esprémesnil?.

La veuve de Le Chapelier, Marie-Esther de la Marre, née à Rennes le 4 juin 1765, se remaria à Rennes, le 10 nivôse an VIII, à Jacques-Joseph-Guillaume-François-Pierre Corbière, avocat, qui devait devenir ministre sous la Restauration et mourir à Rennes, au milieu de ses livres, le 12 janvier 1833 : elle lui survécut trois ans et mourut à Rennes le 6 octobre 1856.

i Collection des mémoires relatifs à la Révol. fr. publiés par Berville et Barrière. Papiers de Robespierre, Paris, Baudouin, 1828, in-8°, 1, p. 273. à 279.

Biographie bretonne. Sur Le Chapelier, voyez encore La nouv. Biog. des contemp. d'Arnault. La Biog. unir. Notice par Michaud ;

- La Biog unir. porl, des contemp. de Rabbe, etc.

Alfred-Pierre-Marie Le Chapelier, fils unique du constituant, né en Saint-Eustache de Paris le 30 novembre 1790, fut receveur général des finances à Versailles, et mourut à Rennes le 10 janvier 1848, ne laissant d'Ernestine-Alphonsine de Léon, morte en 1872, que deux filles encore vivantes, toutes les deux nées à Rennes et qui ont épousé, l'une, en 1855, le comte de Talhouët de Boisorhant, l'autre, en 1859, le comte de Saint-Germain. Le nom est donc aujourd'hui éteint.

(A suivre).

RENÉ KERVILER.

DE

BOIS-GROLLAND

EN POITOU

(Suitet).

CHAPITRE V

Histoire de Bois-Grolland depuis l'année 1297 jusqu'à la dis

persion des religieux. - Archives de la préfecture de la Vendée.

Après avoir analysé. Le Cartulaire de Bois-Grolland, qui s'arrête à l'année 1297, c'est dans les archives de la préfecture de la Vendée que nous avons trouvé la suite de l'histoire de la vieille abbaye royale.

Monsieur Barbaud, archiviste du département, a mis complaisamment à notre disposition 1692 pièces et 11 registres infolio contenant 1125 feuillets. L'abrégé de ces nombreux documents remplirait plusieurs volumes dont la lecture serait aussi monotone que peu récréative.

Qui est à choix est souvent à malaise : l'embarras consistait à élaguer beaucoup et à ne mettre en relief que les faits de nature à faire connaitre le caractère des religieux ou celui des personnes avec qui ils eurent des démêlés.

A partir du XIII° siècle, non-seulement les dons deviennent

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plus rares, mais les droits de l'abbé sont fréquemment méconnus par des gentilshommes qui, avec meutes et chevaux, foulent impitoyablement les récoltes du monastère : insultes et menaces sont les réponses faites à de justes observations. Souvent les héritiers de pieux donateurs cessent de payer les rentes fondées par leurs ancêtres ou rofusent de rendre l'hommage dů pour la concession de terres dont ils recueillent les fruits.

Autrefois, nous l'avons prouvé, ces différends étaient traités à l'amiable; désormais, un bienveillant arbitrage sera rarement accepté. L'on préférera s'adresser aux tribunaux et comme les diverses juridictions donneront gain de cause aux religieux, même quand ils auront pour adversaire le très haut et très haut puissant prince de Talmond, il nous est permis d'affirmer le bon droit et la parfaite loyauté des moines de Bois-Grolland.

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1200. – Raoul, seigneur de Taunay, du consentement de Raoul et de Guillaume, ses enfants, confirme, sous la condition de certaines redevances, le don que Pierre Colez et Pétronille, sa femme, avaient fait à l'abbaye de Bois-Grolland, d'un marais situé près de Champagné, le tout avec l'agrément de Pierre de Volvire et de Hugues de Luçon ses chevaliers, et en présence d'Ostence, abbé de Moreilles, et de plusieurs autres.

1206. – Raoul de Taunay fait don à l'abbaye de tous les droits qui lui appartenaient dans les marais ques les religieux possédaient dans son fief près de Champagné.

1206. Hugues de Luçon, chevalier, du consentement de sa femme Agaice, accorde aux religieux les droits de terrage et de dime qui lui appartenaient dans les marais susdits.

1208. - Raoul de Machecoul, chevalier, seigneur de Luçon,

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