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L'ÉPISCOPAT NANTAIS

A TRAVERS LES SIÈCLES

1.

SAINT CLAIR

Il est universellement reconnu pour le premier évêque de Nantes. Mais à quelle époque vint-il en Bretagne ? on ne peut l'assurer. Le Légendaire manuscrit de l'Eglise de Tréguier, et, probablement d'après lui, l’Ordinaire de 1.263, (manuscrit composé à cette date par Hélie, grand chantre de la cathédrale de Nantes et contenant l'indication des fêtes et des offices qui se célébraient dès la plus haute antiquité dans le diocèse"), disent simplement que St-Clair fut envoyé par le Pontife Romain, qui lui donna le clou qui perça la main droite de St-Pierre, lors de son martyr. Malheureusement, ces livres ne nomment pas le Pontife romain qui dépêcha le saint Apôtre dans l'Armorique. Faut-il donc admettre avec Albert de Morlaix que, disciple immédiat des apôtres, il fut envoyé par St-Lin pour évangéliser nos pères? Ne vint-il, au contraire, comme l'indique une tradition de l'Eglise de Nantes, qu'à la fin du premier, ou au commencement du second siècle, ou enfin, comme l'assurent certains auteurs, vers la fin du III° siècle, sous le pontificat de St-Euthychius et le règne de l'Empereur Probus ? Cette dernière opinion est celle de Travers.

Quoiqu'il en soit, l'apostolat de St-Clair se rattache à la

' Il est aujourd'hui conservé à la bibliothèque de Ste-Geneviève à Paris. prédication primitive de l'Evangile dans les Gaules, et Nantes eut le bonheur de posséder le premier siège épiscopal fondé en Bretagne.

D'après Albert-le-Grand, Clair aurait pénétré en Armorique par Vitré, où il fit abattre les temples de Pan et de Cérès. Mais Travers attribuerait plus volontiers ce fait à un saint Clair, qui fut martyr dans le Vexin (diocèse de Rouen), si toutefois l'on pouvait assurer, que l'infâme Pan et la déesse Cérés aient été adorés à Vitré. Pour nous, d'accord avec Travers, nous aimons mieux croire que le S. Clair, évêque de Nantes, arriva dans cette ville, et par conséquent en Bretagne, par l'Aquitaine ou Poitou, qui n'était alors séparée de Nantes que par la Loire.

St-Grégoire de Tours ne dit rien de St-Clair; il ne dit pas non plus que St-Gatien ait envoyé des missionnaires à Nantes ou ailleurs. Un semblable témoignage doit détruire sans retour l'opinion de ceux qui pensent que notre premier évêque, est venu de Tours, ainsi que l'assure dom Lobineau sans aucune preuve. Clair était probablement romain; nos légendes le font descendre d'une famille illustre et sans doute elles n'auraient pas tort, s'il était prouvé qu'il appartenait aux familles des Septicius, des Erectius et des Junius, auxquelles le surnom de Clarus fut assez ordinaire, comme on le trouve dans Pline, Cassiodore et dans les fastes consulaires.

Travers fait de St-Clair, sinon le premier évêque, au moins le premier évangélisateur des villes et pays de Vannes et Quimper, ce qui n'a du reste, rien d'inadmissible', puisque ces contrées ne furent, ecclésiastiquement organisées que plus tard, à quelque date que l'on place l'arrivée de St-Clair.

Accompagné du diacre Adéodat, Clarus, conduit par l'ins. piration de Dieu, arriva donc à Nantes et y bâtit, sur la colline où s'éleva plus tard la basilique de St-Similien, un modeste oratoire, qu'il dédia aux apôtres Pierre et Paul, et

Chroniques et légendes de Bretagne.

où il déposa le clou vénéré, dont il était porteur'. Après avoir établi la religion catholique dans le comté nantais, St Clair passa, comme nous l'avons dit tout à l'heure, dans les pays limitrophes où il remplit ses fonctions d'apôtre. Enfin, plein de jours et de mérites, il vint mourir à Réguiny, au pays de Vannes, le 1er octobre, et son corps fut transféré, au moins en partie, de là, à Nantes quelques siècles après. Mais, quand les Normands commencèrent à ravager la Bretagne, le corps du saint Evêque fut transporté à Bourges, nous dit Pierre le Baud' ; d'Argentré ajoute que ce fut en l'an 878. Albert-le-Grand affirme que le corps fut porté à l'abbaye de St-Aubin d'Angers. En effet, la première chronique d'Angers, parle, sous l'année 1070, d'une translation d'un St-Clair, mais sans préciser si c'est celui de Nantes. L'église de Tulle revendique encore le corps du premier évêque de Nantes, qui lui fut, dit-elle, apporté d'Angers. Ne pourrait-on pas concilier toutes ces assertions, en disant que le corps de notre saint fut transféré d'abord à Bourges, puis à Angers et ensuite à Tulle.

A St Aubin d'Angers, on possédait au grand autel, du temps de Travers, une précieuse châsse que l'on assurait être celle de St-Clair, mais ses restes n'y étaient plus dès le XVIII° siècle. L'Eglise de Nantes possédait le crâne du saint Pontife que lui avait cédé l'église de Réguiny, en échange de plusieurs parcelles de ses reliques. Tous ces précieux restes ont été dispersés en 1793. Le tombeau de St Clair, à Réguiny, est dans une chapelle construite dans le cimetière et dédiée au saint évêque, dont la statue en costume épiscopal, est couchée sur la pierre.

Dans les années qui viennent de s'écouler, de très longues discussions ont été entamées au sujet de l'apostolicité de

• Une autre version placerait l'oratoire de saint Clair à l'emplacement ou se trouve aujourd'hui la Cathédrale, mais nous penchons beaucoup pour la première hypothèse.

Chroniques et légendes de Bretagne.
T. V. NOTICES. IV° ANNÉE, 1re LIV.

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St Clair. Nous ne reviendrons pas sur des débats et des polémigues, très savantes à coup sûr, qui dénotent de la part de leurs érudits auteurs des études approfondies ; qu'il nous soit seulement permis de dire qu'à notre avis, la question n'a pas fait un pas depuis que la commission liturgique, réunie en 1859, a donné son avis sur ce sujet. Le seul pivot autour duquel ont gravité les historiens est toujours le manuscrit du chantre Hélie et l'interprétation de son texte.

Sans rien conclure donc, et tout en laissant à de plus doctes que nous l'heureuse fortune de trancher définitivement ce neud gordien, disons simplement qu'il est doux au cæur de tout breton appartenant au diocèse de Nantes, de se laisser aller à la croyance que le premier apôtre de notre noble cité fut contemporain des apôtres et fut envoyé en Armorique, sinon par S. Pierre lui-même, du moins par un des pontifes qui lui succédèrent immédiatement sur le siège de Rome'.

L'église de Nantes et celle de St-Brieuc célèbrent la fête de S. Clair le 10 octobre, jour auquel les Bollandistes en font aussi mention.

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Il est à croire que la chaine des successeurs de saint Clair fut plus d'une fois interrompue pendant les persécutions du II° et du III° siècle. Ennius est le seul, dont le nom soit parvenu jusqu'à nous ; et encore l'époque à laquelle il occupa le siège épiscopal de Nantes demeura-t-elle incertaine. Cependant tout porte à croire que ce fut vers l'an 290, sous les empereurs Dioclétien et Maximin.

1 Ce qui semble donner du crédit à cette opinion, c'est la note ci-dessous due aux études de M. le Comte de l'Estourbeillon sur les saints d'autrefois et les anciennes frairies du Comté nantais, qui prouve que le souvenir de S. Lin (successeur immédiat de S. Pierre) est toujours accolé dans le diocèse à celui de S. Clair. J'est-il pas permis d'après cela, d'induire avec grand fondement que le Pontile romain qui envoya S. Clair en Bretagne, ne fût autre que S. Lin lui-même. « Dans plusieurs paroisses rurales du « diocèse de Nantes, en particulier à Derval, Puceul, Guenrouët, Plessé, « Malville et Guérande, ce souvenir semble être demeuré dans la tradition « populaire. A Puceul, deux des anciennes frairies de la paroisse ont, * l'une, pour patron : S. Clair (avec une antique fontaine qui porte son du diable. » De l'Estourbeillon. Les Saints d'autrefois et les anciennes frairies du Comté nantais. Mss:

Augustin du Paz, Claude Robert, et le P. Jacques de longueval donnent à Ennius la qualité de saint, iinsi que le manuscrit de la reine Christine de Suède, rédigé à la fin du XIIe siècle, au temps de l'évêque Robert ; mais cette qualification ne parait appuyée sur aucun monument authentique.

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Saint Similien est mentionné dans le martyrologe sous les noms de : Simillinus, Similianus, Emilianus, et dans le manuscrit de la reine de Suède sous ceux de Similius et de S. Similinus. S. Grégoire de Tours (de Gloria Martyrum, L. I, cap. 60.), l'appelle également ainsi.

Il est encore nommé Sambin. Il vivait à la fin du III siècle et au commencement du IV. C'est le troisième évêque de Nantes connu. Appelé à gouverner l'Eglise de Nantes vers l'an 296, sous le pontificat de S. Marcellin, pape, il mourut le 16 juin 310. Celte date est celle qui nous a paru la plus rationnelle quoiqu'elle soit bien controversée. Ainsi Travers veut que la mort du saint évêque ait eu lieu en 330.

Ceux qui n'admettent l'épiscopat de S. Clair qu'au IIIe siècle, placent nécessairement à la même époque le martyre des

nom et où l'on va de temps immémorial en pèlerinage), et l'autre, pour * patron S. Lin. Un immense territoire formant ces deux frairies porte « encore le vieux nom breton d'Enguerlin, An ker Lin. La ville ou le village * de Lin. A trois lieues de là, en Derval, une région maintenant « presque déserte, située entre le territoire susnommé et la frairie de « S. Clair, en cette seconde paroisse, port» le nom d'Enguerdel quondani,

Enguerdieul, et Enguerdeul, du breton An Ker: dieul ou diaoul, La ville

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