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Ces efforts étaient inutiles, car le for vendémiaire an XII, un décret, daté de Paris, accordait à Nantes un lycée. Le décret était ainsi conçu :

Le gouvernement, sur le rapport du ministre de l'intérieur, arrête :

· Art. 1er. Dans le cours de l'an XIII, il sera établi un lycée dans la ville de Nantes.

Ce Lycée sera établi dans le local des Ursulines et le cidevant Séminaire.

Art. 2. – L'arrondissement de ce lycée sera composé du département de la Loire-Inférieure et de celui des Côtes-duNord. (Pourquoi aller chercher si loin ?)

Art. 3. — La municipalité de Nantes prendra les mesures convenables pour qu'au 1er brumaire an XIII, le lycée soit pourvu, conformément à l'état ci-joint, de tout ce qui sera nécessaire pour recevoir cent élèves le for frimaire et cinquante de plus le 1er pluviôse.

Comme nous le verrons plus tard, les mesures ne purent être prises et la ville de Nantes attendit un lycée jusqu'en 1807.

(La suite prochainement).

Abbé RICORDEL.

(Notes de M. l'abbé Bertho, rédigées d'après les souvenirs de M. Sagory). Nous nommerons également le citoyen Guimar, auteur des Annales nantaises, qui avait été, dès l'âge de quatorze ans, professeur au collège d'Ancenis. Il ouvrit, probablement en l'an IV, dans la Basse-Grande-Rue, 5, une maison d'éducation, pompeusement appelée Lycée de la jeunesse. A défaut d'autres choses, il put enseigner à ses élèves « le stile républicain.

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Cassard à Saint-Malo M. Moreau. Croisières du Saint

Guillaume. Croisières de la Duchesse-Anne. Cassard présenté à Louis XIV. Croisières du Jersey.

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à pell

En 1702, la guerre de la succession d'Espagne éclate. Jean Bart meurt inopinément; et tandis que Duguay-Trouin ajoute à sa gloire, déjà pourtant si grande, un autre breton peu surgit, s'élève, et prend place aux côtés de son aîné, dans cette éblouissante pléiade d'hommes distingués, qui illustrent los contrôles de la marine, sous la brillante période du règne de Louis XIV. Brest, Saint-Malo, Nantes, les vieilles cités de la duchie de Bretaigne » tressaillent d'allégresse et de noble fierté aux échos qui, presque chaque jour, rapportent au loin les exploits homériques accomplis par leurs valeureux enfants.

Pendant trois ans, de 1702 à 1703, le silence se fait autour de notre marin. Commandant en sous-ordre, il se prépare, s'instruit, s'exerce à la lutte, développe son expérience et acquiert un sang-froid contre lequel viendronts'émousser les dangers et le nombre des ennemis. M. P. Levot, dans l'article qu'il consacre à Cassard, avoue celle lacune, et reconnait devoir aux recherches de M. Cunat, les renseignements puisés aux archives de la marine à Saint-Malo, qui fournissent des détails jusqu'alors inconnus sur les croisières de 1703 à 1707'.

Nous reproduirons en partie c.'s délails, mais amplement, développés et complétés à l'aide des mentions inscrites sur les registres du Conseil des prises”. Il faut toutefois remarquer que pendant les trois premières années de la guerre, bien que les capitaines des corsaires de Nantes, de Saint-Malo et des divers ports français, aient enlevé de nombreux bâtiments à l'ennemi, aucun fait n'est inscrit au nom de Cassard.

En 1703, celui-ci arrive à Saint-Malo, accompagné par M. Moreau, négociant nantais. M. de Pontchartrain, ministre de la marine qui, vu la fâcheuse position du trésor royal, accordait les vaisseaux de l'État aux particuliers désireux d'armer en course, céda le Saint-Guillaume à la société formée par M. Jean Moreau, el Cassard reçut du comte de Toulouse, amiral de France, sa commission d'armement en course, datée du 27 juin 1705.

M. J. Moreau, ayant fait élection de domicile, chez M. V. Maugendre, l'un de ses associés , cautionna, au nom de la société, l'armement et le capitaine pour 15,000 livres tournois. Alors, dans les premiers jours de juillet, le Saint-Guillaume fut prêt à mettre à la voile. C'était une petite corvette armée de trois canons de trois livros, quatre de deux livres, quatre d'une livre, et montée par soixante-huit hommes d'équipage,

· Biographie bretonne, par P. Levot, art. Cassard. M. Charles (unat, lieutenant de vaisseau en retraite, est l'auteur de l'Histoire de Robert Surcouf, 184?; de l'llistoire du bailli de Suffien, 1852 ; de Saint-Valo illustré par ses marins, 1857 et de divers ouvrages sur la marine.

9 Arch. nationales, Série G. 493 515; jugements du Conseil des prises. Cette collection, importante au point de vue de l'histoire de la course, est composée pour la période de 1902 à 1715, de ving-trois registres, in-fol., contenant les décisions du Conseil, sur toutes les prises jugées en France. Les prises conduites dans les ports neutres ou amis n'y figurent pas bien entendu. T. V. NOTICES. IVC ANNÉE, 3° LIV.

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tant Français qu'étrangers, fils de famille et gens non propres au service'.

Tout cela porte à croire que ce fut le début du jeune marin sur la scène, où il allait rapidement conquérir une si haute réputation d'habileté et de bravoure. Avec une certaine notoriété, il eût plus facilement trouvé un commandement, surtout à l'aide des armateurs de sa propre famille. Vié, son aîné de deux ans, et son émule, montait déjà avec succès le Beaulieu, depuis 1704. Une autre remarque vient encore corroborer notre opinion, c'est que le nom de Cassard, si souvent reproduit dans la suite, est écrit d'une manière fautive dans l'unique mention que conservent, de cette première croisière, les registres des prises.

a Rapport du 20 août 1705. Jacques Cassart, commandant la frégate du roi le Saint-Guillaume, a rançonné le 22, l'anglais EXPÉDITION DE CORCK, pour dix-huit cents livres, monnoie de France. »

Le Saint-Guillaume, vint désarmer à Saint-Malo, et reprit la mer le 6 mars 1706, se rendant sur les côtes sud d'Irlande. Là Cassard, déguisant sa nationalité, suivit les sinuosités du rivage, comme pouvait le faire un modeste caboteur du pays. Le 31 mars, à hauteur de Dublin, il rançonnait l'Anglais la FLEUR DE MAY, pour 80 livres sterlings. Le lendemain c'était le tour du JAMES, pour 140'; de l'ExPÉDITION, 140'; le 4 avril, le Douff de Belfort souscrivait une lettre de 130', et le RECOVERY 45. Afin d'assurer le paiement de sa rançon, chaque bâtiment laissait un otage au capteur. A la suite d'une chasse et d'un coup de vent, le Saint-Guillaume relâchait à Brest, le 9 avril.

Mais la course avait des règlemenis sévères, dont l'oubli

* Il n'est peut-être pas inutile de faire remarquer que, par sa protection intelligente et sa confiance dans la capacité de Cassari, M. Moreau a ouvert la voie qui donna à la marine un de ses officiers les plus distingués et à la ville de Nantes une de ses gloires. C'assard n'avait pas tout à fait vingt-six ans lors de la première croisière du Saint-Guillaume.

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était rigoureusement réprimé. Le DOUFF, portait à son bord un capitaine de compagnie, et seize soldats de recrues, passagers, que Cassard, ne retint pas prisonniers contrairement aux prescriptions de l'ordonnance de 1703. Le Conseil des prises, séant à Fontainebleau, le 21 septembre 1706, lui adjugea la rançon, mais le condamna « en l'amende de dixsept cents livres, appliquables à notre profit, en paiement de laquelle il sera contraint par toutes voies deues et raisonnables. »

Le 20 avril, le Saint-Guillaume quittait Brest, où il rentrait le 29, d'après le rapport de Cassard, « portant que le jour précédent à la hauteur d'Ouessant, il a pris, après combat, le bâtiment la CATHERINE ET ELISABETH de Middelbourg, de 14 canons, chargé de froment, bierre et autres marchandises, qu'il escorte. )

Le 2 mai, l’actif corsaire appareillait de nouveau, pour les côtes d'Irlande, où, reprenant ses allures d'embarcation côtière, ses canons à fond de cale, ainsi que la majeure partie de ses « fils de famille et gens non propres au service », il renconna le 24 mai, « un bâtiment nommé le FORT DE Wich, de Mergal, pour 200 livres sterlings, a retenu le pilote, ; le même jour a rençonné l'OEILLET ou CORONATION pour 501 sterlings. » Le 28 du même mois, à hauteur de Dublin, le JEAN DE SALTES et le ROBERT ET JEAN DE SALIONS se rachetaient l'un pour 50, l'autre pour 60 livres sterlings. S'élevant au large, Cassard rencontra le Saint-Denis, corsaire de SaintMalo, capitaine le sieur Pierre Desvaux-Lemaigre, en compagnie duquel il renconna un certain nombre d'Anglais; entre autres l'ELISABETH DE BELFAST, pour 200'; la MARTHE de Dublin, pour 30'; un bâtiment non nommé qui paya « comptant, en plusieurs espèces de monnoye, 30' sterlings partagées immédiatement par moitié. » Séparé de sa conserve par le gros temps, le Saint-Guillaume revint vers les rives irlandaises, où, le 17 juin, il mettait à contribution le GUILLAUME ET JEAN de Glascow pour 280'; le 22, le JAMES pour 30' et le

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