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ie diocèse de Nantes, en effet, ne possédait pas seulement des établissements où les aspirants ay sacerdoce pouvaient s'instruire dans les lettres humaines; il avait de plus une maison destinée à leur formation cléricale, un séminaire.

M. Gabriel de Beauveau avait acheté (1642) la tenue et la maison de Malvoisine, dans le but d'y établir un séminaire diocésain. Son projet fut béni du Ciel, et bientôt, avec le concours de M. Olier, le pieux fondateur de la Compagnie de Saint-Sulpice, il en acheva l'exécution. Autorisé par lettres patentes du Roi (avril 1670); dirigé, tantôt par des sulpiciens, tantôt par des prêtres diocésains de la communauté de SaintClément (1073-1728) ; pourvu d'un cours de théologie par arrêt du conseil du Roi (1722), en dépit des efforts tentés par le bureau de ville et le parlement de Bretagne, cet établissement florissait, et était devenu, pour le diocèse, une vraie pépinière de prêtres instruits, vertueux et dévoués.

Tel était l'état de l'enseignement ecclésiastique au diocèse de Nantes, en 1789. Mais la Révolution éclate, et, quelques mois après, de tant de maisons prosperes, il ne reste plus que des ruines.

La constitution civile du clergé chassa les recteurs de leurs presbytères, et avec eux, les jeunes enfants, espoir du sacerdoce; les professeurs des collèges furent remplacés par des laïcs ou des assermentés, eux-mêmes bientôt dispersés; si bien qu'en 1792, les portes de toutes ces précieuses maisons étaient fermées.

Dix mois après, la guerre civile ensanglantait nos campagnes, et l'échafaud épouvantait nos villes. Au milieu de ces émotions terribles et de continuels dangers, qui donc pouvait songer à l'instruction, pour laquelle le calme est si nécessaire ? D'ailleurs, les hommes de dévouement, formés par la Religion, n'en avaient plus la possibilité, et l'entreprise était trop hasardeuse pour tenter l'ambition des autres. De plus, la loi des suspects, en multipliant outre mesure les prisonniers, rendait nécessaire la multiplication des maisons d'arrêt, et le grand nombre des malades et des blessés, résultat de la famine et des combats, exigeait de nombreux hôpitaux : les collèges, ainsi que toutes les communautés religieuses' devinrent des hôpitaux, des prisons, quelquefois des casernes.

La vie intellectuelle fut, pour un temps, suspendue dans la France; la patrie des arts, des lettres et des sciences retomba dans la barbarie ; et il fut de bon ton, il fut de rigueur même, sous peine de payer de sa tête une expression trop aristocratique, de parler le langage des halles et des corps de garde, non-seulement dans les rues et les salons transformés en clubs, mais jusque dans les travaux littéraires, témoin Guimar, écrivant au jury d'instruction, pour recommander ses Annales nantaises : « Elles ont au moins le mérite d'être écrites dans le stile républicain'. »

II

Cependant la Convention s'émut de cet état de choses, et un décret parut ordonnant d'établir, dans tous les chefs-lieux de département, une École centrale, pour l'enseignement des sciences, des lettres et des arts. L'Ecole devait comprendre trois sections : dans la première, on enseignerait le dessin, l'histoire naturelle, les langues anciennes et les langues vivantes; dans la deuxième, les éléments des mathématiques, de la physique et de la chimie expérimentales; dans la troisième, la grammaire générale, les belles-lettres, l'histoire et la législation. Le programme était vaste ; en même temps, pour permettre à tous les membres du peuple souverain d'en profiter, on abaissait, jusqu'à l'extrême limite?, le chiffre de la rétribution.

1

+ Arch. lép. Lettre du 29 germinal an IV.
:7 ventöse an III (25 février 1795).
3 Cette rétribution ne devait pas s'élever au-dessus de 25 f.

L'administration nantaise ne perdit pas de temps : l'ouverture d'une École centrale fut annoncée', et dès le 8 germinal un III, on fit appel aux professeurs'.

La rétribution, à l'Ecole centrale, n'élait pas très élevée ; l'instruction l’était trop. Aussi, dès l'an IV, pour « remplir à Nantes la lacune immense qui existe entre l'école primaire et l'École centrale », des professeurs forment une société, et, sous le titre d'Institut des amis réunis, ouvrent, « dans la maison de la Gascherie »,« une école secondaire utile et même nécessaire entre les premiers éléments et le complément de l'instruction. >>

« La maison de la Gascherie n'offrant pas les commodités convenables, » l'Institut fut transféré (6 messidor an VIII), dans « le local des ci-devant Cordeliers », sur la place du Département.

Un professeur habitait la maison et prenait des demi-pensionnaires; les autres élèves avaient la faculté d'apporter leur diner à l'Institut, et d'y rester, sous la surveillance d'un maitre, depuis huit heures du matin jusqu'à six heures de l'après-midi en hiver, et jusqu'à cinq heures en été. L'enseignement comprenait les langues française, anglaise et latine, l'écriture, le dessin, les mathématiques, la géographie et les belles lettres. La maison fournissait des répétiteurs, et les parents pouvaient, en outre, envoyer, à leurs frais, des maîtres d'agrément, hors des heures fixées pour l'enseignement.

' L'Ecole rentrale ne fut inaugurés que le 19 juin 1796 (1er messidor an IV) – Mellinet, la ('ommune et la Milice de Nantes, tom. X, 118-120. Ses cours se faisaient dans l'ancienne communauté des Crsulines.

Parmi ceux qui se présentèrent, on trouve surtout des défroqués : Bonnement, « professeur de belles-lettres », ancien oratorien ; Darbefeuille, « ci-devant co-principal du collège d Ancenis »; Giraud, ancien oratorien, se proposant « pour les lettres » ; Jacques Landron, « originaire de la commune de Guenrouët, district de Savenay, ágé de 53 ans, demeurant pont Sauvetout n° 10, cy-devant vicaire dans la cy-devant paroisse de Notre-Dame, à Nantes, » pour les premiers éléments des langues latine et française. Arch, dép.

3 L'hôtel de la Gascherie est situé rues de la Commune et de l'Hôtel de

L'Institut ne prenait pas d'internes; mais l'un des professeurs recevait des pensionnaires'.

D'après le même article, « les professeurs de l'Institut des amis réunis viennent d'obtenir la récompense de leur zèle et de leur dévouement pour les progrès de l'instruction dans cette commune. L'administraiion municipale leur a donné un témuignage flatteur de sa bienveillance, en leur accordant, par arrêté du 10 prairial, l'ancien collège de l'Oratoire, et en exprimant au préfet de ce département son veu pour qu'il favorise et encourage cet établissement qui, selon les conclusions du commissaire du Gouvernement, « mérite à tous égards, de la part de l'administration municipale, son approbation et les plus grands encouragements , et sur lequel l'administration municipale écrit au préfet, en date du 17 prairial, qu'elle a pris un avis favorable sous le double rapport de l'intérêt du département de la Loire-Inférieure, et de l'intérêt particulier de cette ville. »

Les lauriers des Amis réunis empêchaient-ils de dormir les professeurs de l'École centrale, et leur rendaient-ils la concurrence trop difficile ? Il est certain que la rivalité exista, et que l'école élablie en vertu des décrets du Gouvernement, réclama l'appui du préfet, à défaut de celui de la municipalité qui semblait acquis à l'institut rival. Ces deux faits se dégagent d'une lettre écrite quelques jours après l'ouverture des cours aux Cordeliers', par le citoyen Laënnec, secrétaire du jury d'instruction. Les Amis réunis avaient adressé une pétition au jury; le secrétaire, en envoyant la réponse à Letourneur ajoutait ces mots : « En repoussant les offres

'M. Dufo, rue Vignolle, 3, cours de la Fédération (cours Saint-André). M. Dufo était chargé de la direction, avec Gaullier père et l'illenare. On peut lire dans Mellinet (la Commune et la Milice de Vantes, tome x, pages 89-92), la part de Villenave et de l'Institut national, à la fête de la Jeunesse, célébrée, dans la cour de la mairie, le lendemain de la mort de Charette.

? Letourneur, ancien membre du Directoire, régicide, premier préfet du département, était arrivé à Nantes le 1er germinal an VIII.

3 Arch. dép. – Lettre du 15 messidor an VIII.

insidieuses d'un institut déjà discrédité, le jury saisit avec empressement l'occasion que vous voulez bien lui donner vous-même de recommander à votre bienveillance cette Ecole centrale où manquent, depuis sa création, les objets les plus indispensables, cet établissement vraiment national qui ne peut prospérer qu'à l'ombre des préfectures. »

Malgré le jury, les Amis réunis continuèrent de vivre; ils étaient même assez florissants pour posséder un aumônier'; et le 4 complémentaire an IX, les salles des Cordeliers, élonnées sans doute de ce nouveau concours, voyaient, le jour de la distribution des prix, les jeunes élèves donner au citoyen préfet; au citoyen maire et à beaucoup d'autres, le spectacle d'exercices littéraires et d'une pièce jouée et composée par eux. Cette maison devait subsister jusqu'en 1806'.

L'appui des préfectures ne devait pas prolonger jusque-là la vie des écoles centrales ; une nouvelle loi les supprima le 11 floréal an X (1er mai 1802).

Les anciens professeurs de l'Ecole centrale de Nantes, privés ainsi, de par la loi, de leurs moyens d'existence, tentèrent d'organiser une nouvelle institution. Ils en firent la demande au préfet, réclamant le couvent de la Visitation, ou celui des Ursulines, avec les réparations nécessaires pour y recevoir des pensionnaires. Le maire Paris adopta cette idée et sollicita' la concession du couvent des Ursulines, que la ville réparerait à ses frais.

' M. Billy, qui sonda, dans la chapelle de l'établissement, une congré. gation appelée par le peuple. Société des Jeunes gens rertueux. Arch, de l'éréché. ; Feuille nantaise.

Arch. de l'évêché. Lettre de M. Billy. • Renou, Darbefeuille, Bonnement, Baret, Lamarie, Poirrier. Arch. dép. 5 Archdép. Lettre au préfet, 5 prairial, an XI.

Nous devons ajouter, et d'ailleurs on a déjà compris, que d'autres efforts furent tentés, et que des particuliers ouvrirent des écoles secondaires. Nous pouvons citer M. Broussard, prêtre assermenté, ancien recteur d'Orvault, qui résida à Nantes, pendant la Révolution, et y tint une petite pension.

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