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François Arouet de Voltaire, né à Paris le 21 novembre 1694, fit de brillantes études au collège Louis-leGrand, dirigé par les Jésuites 1. Il fut de bonne heure introduit par l'abbé de Châteauneuf, son parrain, dans une société de beaux esprits et de jeunes seigneurs incrédules, les Conti, les Vendôme, les Şully, les Richelieu, les poètes La Fare et Chaulieu. Exilé en 1726, il se rendit en Angle

terre, où il étudia profondément la langue, la littérature, la philosophie des Anglais. Rentré en France, et inquiété de nouveau à propos de la publication de ses Lettres philosophiques (1734), il se retira au château de Cirey, chez la marquise du Châtelet, où il resta jusqu'en 1740. A cette Sépoque, à la suite d'un voyage à la cour du roi de Prusse, Frédéric II, l'un de ses plus grands admirateurs, il se vit Btout à coup recherché par le ministère qui l'avait jusque

1. L'éducation de Voltaire a été racontée d'une façon intéressante par A. Pierron, dans son livre intitulé Voltaire et ses maitres, Paris, 1866, in.18. DEMOGEOT.

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1 OR DIX-HUITIÈME SIÈCLE là persécuté. En 1745, il obtint par le crédit de Mme de Pompadour le brevet d'historiographe de France, avec une charge de gentilhomme de la chambre du roi; en 1746, il entrà à l'Académie. Sa faveur dura peu. Après avoir été accueilli à Sceaux chez la duchesse du Maine, à Nancy à la cour du roi Stanislas, il se rendit en 1750 à Berlin, et resta pendant trois ans attaché, en qualité de chambellan, à la personne du roi de Prusse. Il parcourut ensuite une partie de l'Allemagne, séjourna dans plusieurs villes de France, Strasbourg, Colmar, Lyon, et finit par se fixer à Ferney, dans le pays de Gex (1758). C'est là qu'il passa les vingt dernières années de sa vie, occupant Paris et l'Europe de ses moindres écrits. En 1778, à quatre-vingt-quatre ans, il fit un voyage à Paris, afin de faire représenter Irène, une de ses dernières productions. Reçu dans la capitale avec un enthousiasme impossible à décrire, accablé d'honneurs de tout genre, il ne put résister à tant d'émotion, et mourut trois mois après son arrivée, chez le marquis de Villette (30 mai 1778). En 1791, ses restes furent solennellement transportés au Panthéon.

La liste complète des oeuvres de Voltaire serait interminable. Poésies sérieuses et légères, sciences naturelles, histoire, métaphysique, pamphlets, Voltaire a touché à tous les genres et a partout réussi. Il faut se borner à citer son épopée, la Henriade (1723); ses tragédies : OE dipe (1718), Mariamne (1724), Zaïre (1732), la Mort de César (1732), Adélaïde du Guesclin (1734), Alzire (1736), Mahomet (1742), Mérope (1743), Rome sauvée (1752), Tancrède et l'Orphelin de la Chine (1760); parmi ses comédies, Nanine (1749); ses travaux historiques : l'Histoire de Charles XII (1731), le Siècle de Louis XIV (1751), l'Essai sur les meurs et l'esprit des nations (1759); ses Commentaires sur Corneille, qu'il écrivit pour doter une nièce du poète; ses Éléments de la philosophie de Newton (1738); ses poésies philosophiques, le Discours sur l'homme, la Loi naturelle ; ses Épitres, si admirables de bon sens, d'élégance, de facilité, et quelquefois

16 de grandeur, enfin cette correspondance infatigable, universelle, pleine de verve, de raison et d'esprit, qui semail la pensée du chef dans toute l'armée philosophique.

1.

Le premier ouvrage de Voltaire est la Henriade, publiée à Rouen en 1723, sous ce titre : la Ligue ou Henry le Grand, in-8.

La première édition des OEuvres complètes de Voltaire qui mérite vraiment ce nom, est l'édition de Kehl, entreprise par le libraire Panckoucke, annotée par Condorcet, surveillée par Voltaire lui-même et terminée par Beaumarchais (1785-1789, 70 vol. in-8). Entre les nombreuses éditions de la première moitié de ce siècle, notons celle de Desoer, Paris, 1817-1820,42 vol. in-8; de Lequien, 1820-1826, 70 vol. in-8; de Dalibon et Delangle, Paris, 1824-1832, 97 vol. gr. in-8; et tout particulièrement l'excellente édition de Beuchot, 1829-1841, 72 vol. in-8, avec commentaire, préfaces, variantes et table analytique. Les plus nouvelles et les plus faciles à acquérir sont celles de Didot, 1859, 13 vol. gr. in-8; de Lahure et Hachette, 1859-1862, 35 vol. in-12, et l'édition toute récente donnée chez Garnier par L. Moland, 1876-1883, 50 vol. in-8. Des cuvres inédites de Voltaire avaient été publiées en 1820 (Pièces inédites, 1 vol. in-8); en 1842 (Correspondance avec le président de Brosses, publiée par Foisset); en 1857 (Lettres inédites, publiées par MM. de Cayrol et François); en 1860 (Correspondance avec la duchesse de Sare-Gotha, publiée par E. Bavoux); Vraies Lettres de Voltaire à l'abbé Moussinot, publiées en 1875 par Courtat.

Signalons aussi l'édition des Lettres choisies de Voltaire par M. Fallex, 2 vol. in-8 et in-12, 1867; et la Philosophie de Voltaire, par E. Bersot (Recueil d'extraits des ouvrages philosophiques de Voltaire), Paris, 1848, in-12.

Il serait impossible de citer ici même les principaux travaux de critique et d'histoire dont Voltaire a été l'objet; bornons-nous à recommander aux curieux les huit volumes de Desnoiresterres, Voltaire et la société française au XVIII° siècle, Paris, 1868-1876, in-8; et l'ouvrage de M. G. Bengesco, Bibliographie de Voltaire, 1882-1885, 2 vol. in-8.

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LA HENRIADE

« Le sujet de la Henriade, dit Voltaire lui-même, est le siège de Paris, commencé par Henri de Valois et Henri le Grand, achevé par ce dernier seul. Le lieu de la scène ne s'étend pas plus loin que de Paris à Ivry, où se donna cette fameuse bataille qui décida du sort de la France et de la maison royale. »

C'est à vingt ans, sous les verrous de la Bastille, que Voltaire esquissa les premiers traits de son poème; une épopée lui apparaissait alors comme le récit pompeux d'un événement guerrier, précédé d'une invocation, orné d'un récit rétrospectif, d'un songe, d'un voyage aux enfers et d'un épisode d'amour. Il s'agissait pour lui d'une contrefaçon d'Homère entrevu au travers de Virgile: ce devait être sa dernière amplification de rhétorique. Malgré tout son talent, il ne pouvait qu'échouer avec bonneur dans une tentative impossible. Les genres littéraires ne dépendent pas du caprice des auteurs; l'épopée homérique était le fruit spontané d'une société naissante : c'était l'histoire chantée, alors qu'on ne pouvait l'écrire. L'imagination, le sentiment, l'admiration naïve, se confondaient avec la mémoire pour développer, dans un langage mélodieux, tout le trésor des traditions humaines que les chantres sacrés dérobaient seuls à l'éternel oubli. Aujourd'hui le livre a tué le chant; l'histoire est là, avec sa vérité plus belle que la fiction.

Voltaire a fait dans la Henriade un habile et élégant tissu de tous les accidents extérieurs de l'épopée antique, il n'y manque que l'âme qui les a jadis créés. Aussi combien il est froid dans tous ces récits imités! Lui-même s'y sent mal à l'aise; il les resserre, il les abrège : on voit qu'il s'impatiente de ce cérémonial épique. Mais, qu'il rencontre sur sa route une idée morale ou politique, qu'il dessine un caractère, qu'il développe le mécanisme d'une constitution, expose un dogme religieux ou philosophique, déroule le tableau des merveilles du commerce et de l'industrie, aussitôt l'intérêt sérieux qu'il attache à ces objets, l'émotion vraie qu'il ressent, donnent à son style une

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