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plaie, wound ; harnois or harnais, harness ; vont ravir, are going to take away; croître (augmenter), make greater.

ACT 3. Sc. I. Deuil, mourning ; ombre, ghost ; dérobe ta présence (steal your presence), withdraw; heur (bonheur), happiness ; n'en reviendra point que, will only return; souci, anxiety; médisant, slanderer.

Sc. ÎI. “A force de parler, by a long discourse ; longueur, delay; injure, outrage, offence.

Sc. III. Atteinte, suffering; trame (woof), course; tantôt, sometimes ; malgré, in spite of; il y va de ma gloire, my glory is concerned in it.

ACT 4. Sc. III. Flux, tide ; voiles, sails ; onde, water, waves ; s'enfle, rises ; abusant, deceiving; cris éclatants, sounding cries ; renaît, returns ; de pied ferme, boldly; ténèbres, darkness ; soudain, suddenly; renfort, fresh troop, reinforcement; cède à, is replaced by; reflux, ebbing ; les remporte, takes them back; cependant que, whilst ; cimeterre, scimitar, sabre ; désormais, henceforth.

Chimène, pron. Shimène; Don Diègue, pron. Don Dieg; Don Rodrigue, pron. Don Rodrig; Don Fernand, pron. Don Fernan; Don Sanche, pron. Don Sanshe; Don Arias, pron. Don Ariasse ; Don Alonse, pron. Don Alonze.

SCÈNES DE CINNA.

(CORNEILLE.) ACTE PREMIER.

SCÈNE II.

Emilie, Fulvie.
Em. Je l'ai juré, Fulvie, et je le jure encore,
Quoique j'aime Cinna, quoique mon cour l'adore,
S'il me veut posséder, Auguste doit périr;
Sa tête est le seul prix dont il peut m'acquérir.
Je lui prescris la loi que mon devoir m'impose.

Ful. Elle a pour la blâmer une trop juste cause;
Par un si grand dessein vous vous faites juger
Digne sang de celui que vous voulez venger;
Mais encore une fois souffrez que je vous die
Qu'une si juste ardeur devrait être attiédie.
Auguste chaque jour, à force de bienfaits,
Semble assez réparer les maux qu'il vous a faits ;
Sa faveur envers vous paraît si déclarée,
Que vous êtes chez lui la plus considérée ;
Et de ses courtisans souvent les plus heureux
Vous pressent à genoux de lui parler pour eux.

Em. Toute cette faveur ne me rend pas mon père; Et de quelque façon que l'on me considère,

Abondante en richesse, ou puissante en crédit,
Je demeure toujours la fille d'un proscrit.
Les bienfaits ne font pas toujours ce que

tu penses ;
D'une main odieuse, ils tiennent lieu d'offenses :
Plus nous en prodiguons à qui nous peut haïr,
Plus d'armes nous donnons à qui nous peut trahir.
Il m'en fait chaque jour sans changer mon courage,
Je suis ce que j'étais, et je puis davantage,
Et des mêmes présents qu'il verse dans mes mains
J'achète contre lui les esprits des Romains;
Je recevrais de lui la place de Livie
Comme un moyen plus sûr d'attenter à sa vie.
Pour qui venge son père il n'est point de forfaits,
Et c'est vendre son sang que se rendre aux bienfaits.

Ful. Quel besoin toutefois de passer pour ingrate? Ne pouvez-vous haïr sans que la haine éclate ? Assez d'autres sans vous n'ont pas mis en oubli Par quelles cruautés son trône est établi; Tant de braves Romains, tant d'illustres victimes, Qu'à son ambition ont immolés ses crimes, Laissent à leurs enfants d'assez vives douleurs Pour venger votre perte en vengeant leurs malheurs. Beaucoup l'ont entrepris, mille autres vont les

suivre : Qui vit haï de tous ne saurait longtemps vivre : Remettez à leurs bras les communs intérêts, Et n'aidez leurs desseins que par des veux secrets.

Em. Quoi! je le haïrai sans tâcher de lui nuire ? J'attendrai du hasard qu'il ose le détruire ? Et je satisferai des devoirs si pressants Par une haine obscure, et des voeux impuissants ! Sa perte, que je veux, me deviendrait amère, Si quelqu'un l'immolait à d'autres qu'à mon père ; Et tu verrais mes pleurs couler pour son trépas Qui, le faisant périr, ne me vengerait pas. C'est une lâcheté que de remettre à d'autres Les intérêts publics qui s'attachent aux nôtres. Joignons à la douceur de venger nos parents La gloire qu'on remporte à punir les tyrans, Et faisons publier par toute l'Italie : “ La liberté de Rome est l'ouvre d'Emilie; On a touché son âme, et son cæur s'est épris ; Mais elle n'a donné son amour qu'à ce prix.”

Je

Ful. Votre amour à ce prix n'est qu'un présent funeste
Qui porte à votre amant sa perte manifeste.
Pensez mieux, Emilie, à quoi vous l'exposez,
Combien à cet écueil se sont déjà brisés ;
Ne vous aveuglez point quand sa mort est visible.

Em. Ah! tu sais me frapper par où je suis sensible.
Quand je songe aux dangers que je lui fais courir,
La crainte de sa mort me fait déjà mourir;
Mon esprit en désordre à soi-même s'oppose;

veux, et ne veux pas, je m'emporte, et je n'ose;
Et mon devoir confus, languissant, étonné,
Cède aux rébellions de mon cœur mutiné.

Tout beau, ma passion, deviens un peu moins forte; Tu vois bien des hasards, ils sont grands, mais n'importe : Cinna n'est pas perdu pour être hasardé. De quelques légions qu'Auguste soit gardé, Quelque soin qu'il se donne, et quelque ordre qu'il tienne, Qui méprise la vie est maître de la sienne. Plus le péril est grand, plus doux en est le fruit; La vertu nous y jette, et la gloire le suit : Quoi qu'il en soit, qu'Auguste ou que Cinna périsse, Aux mânes paternels je dois ce sacrifice; Cinna me l'a promis en recevant ma foi : Et ce coup seul aussi le rend digne de moi. Il est tard, après tout, de m'en vouloir dédire. Aujourd'hui l'on s'assemble, aujourd'hui l'on conspire; L'heure, le lieu, le bras se choisit aujourd'hui; Et c'est à faire enfin à mourir après lui.

ACTE SECOND.

SCÈNE I.
Auguste, Cinna, Maxime, troupe de courtisans.
Aug. Que chacun se retire, et qu'aucun n'entre ici.
Vous, Cinna, demeurez, et vous, Maxime, aussi.

(Tous se retirent, à la réserve de Cinna et de Marime.)
Cet empire absolu sur la terre et sur l'onde,
Ce pouvoir souverain que j'ai sur tout le monde,
Cette grandeur sans borne, et cet illustre rang
Qui m'a jadis coûté tant de peine et de sang,
Enfin tout ce qu'adore en ma haute fortune
D'un courtisan flatteur la présence importune,

N'est

que

de ces beautés dont l'éclat éblouit, Et qu'on cesse d'aimer sitôt qu'on en jouit. L'ambition déplait quand elle est assouvie; D'une contraire ardeur son ardeur est suivie ; Et comme notre esprit, jusqu'au dernier soupir, Toujours vers quelque objet pousse quelque désir, Il se ramène en soi, n'ayant plus où se prendre, Et, monté sur le faîte, il aspire à descendre. J'ai souhaité l'empire, et j'y suis parvenu ; Mais, en le souhaitant, je ne l'ai pas connu : Dans sa possession j'ai trouvé pour tous charmes D'effroyables soucis, d'éternelles alarmes, Mille ennemis secrets, la mort à tous propos, Point de plaisir sans trouble, et jamais de repos. Sylla m'a précédé dans ce pouvoir suprême; Le grand César mon père en a joui de même; D'un vil si différent tous deux l'ont regardé, Que l'un s'en est démis, et l'autre l'a gardé : Mais l'un, cruel, barbare, est mort aimé, tranquille, Comme un bon citoyen dans le sein de sa ville; L'autre, tout débonnaire, au milieu du sénat A vu trancher ses jours par un assassinat. Ces exemples récents suffiraient pour m'instruire, Si

par l'exemple seul on se devait conduire : L'un m'invite à le suivre, et l'autre me fait peur ; Mais l'exemple souvent n'est qu'un miroir trom

peur;
Et l'ordre du destin qui gêne nos pensées
N'est pas toujours écrit dans les choses passées :
Quelquefois l'un se brise où l'autre s'est sauvé,
Et

par où l'un périt, un autre est conservé.

Voilà, mes chers amis, ce qui me met en peine.
Vous, qui me tenez lieu d’Agrippe et de Mécène,
Pour résoudre ce point avec eux débattu,
Prenez sur mon esprit le pouvoir qu'ils ont eu :
Ne considérez point cette grandeur suprême,
Odieuse aux Romains, et pesante à moi-même;
Traitez-moi comme, ami, non comme souverain ;
Rome, Auguste, l'État, tout est en votre main :
Vous mettrez et l'Europe, et l'Asie, et l'Afrique,
Sous les lois d'un monarque, ou d'une république;
Votre avis est ma règle, et, par ce seul moyen,
Je veux être empereur ou simple citoyen.

Cin. Malgré notre surprise et mon insuffisance,
Je vous obéirai, seigneur, sans complaisance,
Et mets bas le respect qui pourrait m'empêcher
De combattre un avis où vous semblez pencher;
Souffrez-le d'un esprit jaloux de votre gloire,
Que vous allez souiller d'une tache trop noire,
Si vous ouvrez votre âme à ces impressions
Jusques à condamner toutes vos actions.

On ne renonce point aux grandeurs légitimes;
On garde sans remords ce qu'on acquiert sans crimes;
Et plus le bien qu'on quitte est noble, grand, exquis,
Plus qui l'ose quitter le juge mal acquis.
N'imprimez pas, seigneur, cette honteuse marque
A ces rares vertus qui vous ont fait monarque;
Vous l'êtes justement, et c'est sans attentat
Que vous avez changé la forme de l'État.
Rome est dessous vos lois par le droit de la guerre
Qui sous les lois de Rome a mis toute la terre;
Vos armes l'ont conquise, et tous les conquérants,
Pour être usurpateurs, ne sont pas des tyrans ;
Quand ils ont sous leurs lois asservi des provinces,
Gouvernant justement, ils s'en font justes princes :
C'est ce que fit César; il vous faut aujourd'hui
Condamner sa mémoire, ou faire comme lui.
Si le pouvoir suprême est blâmé par Auguste,
César fut un tyran, et son trépas fut juste,
Et vous devez aux dieux compte de tout le sang
Dont vous l'avez vengé pour monter à son rang.
N'en craignez point, seigneur, les tristes destinées;
Un plus puissant démon veille sur vos années :
On a dix fois sur vous attenté sans effet,
Et qui l'a voulu perdre au même instant l'a fait.
On entreprend assez, mais aucun n'exécute;
Il est des assassins, mais il n'est plus de Brute :
Enfin, s'il faut attendre un semblable revers,
Il est beau de mourir maître de l'univers.
C'est ce qu'en peu de mots j'ose dire'; et j'estime
Que ce peu que j'ai dit est l'avis de Maxime.

Max. Oui, j'accorde qu'Auguste a droit de conL'empire où sa vertu l'a fait seule arriver, Et qu'au prix de son sang, au péril de sa tête, Il a fait de l'État une juste conquête,

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