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La foudre te loue
Et combat pour toi;
L'éclair, la tempête
Couronnent ta tête
D'un triple rayon ;
L'aurore t'admire,
Le jour te respire,
La nuit te soupire,
Et la terre expire
D'amour à ton nom !

Et moi, pour te louer, Dieu des soleils, qui suis-je ?

Atome dans l'immensité,

Minute dans l'éternité,
Ombre qui passe et qui n'a plus été,

Peux-tu m'entendre sans prodige ?

Ah! le prodige est ta bonté !
Je ne suis rien, Seigneur, mais ta soif me dévore;
L'homme est néant, mon Dieu, mais ce néant t'adore,

Il s'élève par son amour;
Tu ne peux mépriser l'insecte qui t'honore ;
Tu ne peux repousser cette voix qui t'implore,

Et qui vers ton divin séjour

Quand l'ombre s'évapore,
S'élève avec l'aurore,
Le soir gémit encore,

Renaît avec le jour.
Oui, dans ces champs d'azur que ta splendeur inonde,

Où ton tonnerre gronde,

Où tu veilles sur moi,
Ces accents, ces soupirs animés par la foi,
Vont chercher, d'astre en astre, un Dieu qui me réponde,
Et d'échos en échos, comme des voix sur l'onde,

Roulant de monde en monde,
Retentir jusqu'à toi.

HYMNE DE L'ENFANT À SON RÉVEIL.

(LE MÊME.)
O père qu'adore mon père !
Toi, qu'on ne nomme qu'à genoux!
Toi, dont le nom terrible et doux
Fait courber le front de ma mère !
On dit que ce brillant soleil
N'est qu'un jouet de ta puissance;
Que sous tes pieds il se balance
Comme une lampe de vermeil.
On dit que c'est toi qui fais naître
Les petits oiseaux dans les champs,
Et qui donne aux petits enfants
Une âme aussi pour te connaître !

On dit que c'est toi qui produis
Les fleurs dont le jardin se pare,
Et que, sans toi, toujours avare,
Le verger n'aurait point de fruits.
Aus dons que ta bonté mesure
Tout l'univers est convié;
Nul insecte n'est oublié,
A ce festin de la nature.
L'agneau broute le serpolet,
La chèvre s'attache au cytise,
La mouche au bord du vase puise
Les blanches gouttes de mon lait !
L'alouette a la graine amère
Que laisse envoler le glaneur,
Le passereau suit le vanneur,
Et l'enfant s'attache à sa mère.
Et pour obtenir chaque don,
Que chaque jour tu fais éclore,
A midi, le soir, à l'aurore,
Que faut-il ? prononcer ton nom!

a

O Dieu ! ma bouche balbutie
Ce nom des anges redouté,
Un enfant même est écouté
Dans le chœur qui te glorifie!
On dit qu'il aime à recevoir
Les veux présentés par l'enfance,
A cause de cette innocence
Que nous avons sans le savoir.
On dit que leurs humbles louanges,
A son oreille montent mieux,
Que les anges peuplent les cieux,
Et que nous ressemblons aux anges
Ah! puisqu'il entend de si loin
Les veux que notre bouche adresse,
Je veux lui demander sans cesse
Ce dont les autres ont besoin.
Mon Dieu, donne l'onde aux fontaines,
Donne la plume aux passereaux,
Et la laine aux petits agneaux,
Et l'ombre et la rosée aux plaines
Donne au malade la santé,
Au mendiant le pain qu'il pleure,
A l'orphelin une demeure,
Au prisonnier la liberté.
Donne une famille nombreuse
Au père qui craint le Seigneur,
Donne à moi sagesse et bonheur
Pour que ma mère soit heureuse !
Que je sois bon, quoique petit,
Comme cet enfant dans le temple,
Que chaque matin je contemple,
Souriant au pied de mon lit.
Mets dans mon âme la justice,
Sur mes lèvres la vérité,
Qu'avec crainte et docilité
Ta parole en mon caur mûrisse!

(1) Pron. balbuci.

Et que ma voix s'élève à toi
Comme cette douce fumée
Que balance l'urne embaumée
Dans la main d'enfants comme moi !

LE RÊVE D'UNE JEUNE FILLE.

(LAMARTINE; MM. ÉMILE DE GIRARDIN.*) L'alouette, au matin répondant la première, S'élève du sillon pour héler la lumière; C'est l'heure où, sur nos yeux, la langueur du sommeil, Prête à s'évanouir, lutte avec le réveil ; Où les songes légers que l'aube fait éclore Se lèvent de nos cours, riants comme l'aurore, Où, déjà transparents, nos rêves ne sont plus Qu'un fantôme animé de nos désirs confus !

J'avais laissé bien loin les écueils de la vie :
Je touchais à la rive, et voyais sans envie
Mille fraîches beautés éclore en leur saison,
A ce soleil pour moi si bas à l'horizon !
L'espoir qui les guidait, en les trompant sans cesse,
N'était plus dans mon cœur qu'un parfum sans ivresse.
Le mien d'un monde à l'autre avait déjà monté ;
Immuable, il planait dans l'immortalité!
Mais un astre plus pâle, et dont l'éclat que j'aime
Prête, comme la lune, un jour à la nuit même,
Le souvenir, dorant les sentiers du lointain,
Rappelait mes regards du côté du matin,
Et, ranimant pour moi de chères existences,
De tombeaux en tombeaux me marquait les distances;
Mes regrets adoucis s'y posaient sans frémir.
Ils dorment auprès d'eux j'irai bientôt dormir.

* “Avez-vous fait quelques vers dernièrement ?” demanda un jour Mme. de Girardin à M. de Lamartine.—“Non, je ne travaille plus depuis quelque temps.—C'est impardonnable.—Eh bien, donnez-moi un sujet, et je le commencerai, si vous promettez de le finir.-Soit: Le Réve d'une Jeune Fille.'

Ces regrets qu'en marchant nous laissons en arrière,
Ces vides que la mort fait dans notre carrière,
Ces blessures du temps sont moins tristes le soir.
On est plus près de l'heure où l'on doit tout revoir,
Et chaque amour éteint, chaque amitié ravie,
Semble un gage de plus qu'on jette à l'autre vie.
Mon front avec candeur portait ses cheveux blancs ;
Je ne rougissais pas de ces traces des ans.
Les vieux jours ont leur neige aussi qui les décore;
Le couchant d'un ciel pur, n'en vaut-il pas l'aurore ?
Chaque ride à mon front ajoutait un respect;
La majesté du temps parlait dans mon aspect;
Les enfants à mon col aimaient à se suspendre,
Montaient sur mes genoux, et pleuraient d'en descendre.

Alphonse de Lamartine.
Car j'avais abdiqué le droit de les punir,
Et mes tremblantes mains ne savaient que bénir.
La jalouse beauté me voyait sans alarmes.
L'amour me confiait son espoir et ses larmes.
J'étais heureuse et vieille dans mon vague sommeil ;
Bonheur pur . , . qu'a détruit un rayon du soleil !
Enlevée aux douceurs d'une paix mensongère,
Soudain je vois des fleurs, une écharpe légère,
Et des rubans d'azur, et des parures
Que le soleil rendait plus brillantes encor;
Puis ma robe de bal aux rideaux suspendue !
Et voilà ma jeunesse à ses ennuis rendue !
Que de soins fatigants pour être belle un soir!
Briller est-il un but ? Plaire est-il un devoir ?
Que je hais de ces soins l'importance futile,
La parure si longue et peut-être inutile !
Que je hais ces beaux ans follement enviés,
Et tous ces vains plaisirs si souvent expiés !
Cet âge de l'espoir, ce printemps qu'on regrette
Ne promet que tristesse à mon âme inquiète.
Jeune, je sais déjà qu'en nos sombres destins,
Les beaux jours sont douteux, les orages certains ;
Que d'inutiles væux nos âmes sont bercées,
Qu'on nomme illusions mes plus douces pensées,
Qu'il naît d'amers chagrins sous d'innocents plaisira,
Qu'il faut se défier de ses plus purs désirs ! ...

d'or,

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