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En boucles sur ta blanche épaule
Ces cheveux qui du fer n'ont pas subi l'affront,
Et qui pleurent épars autour de ton beau front,

Comme les feuilles sur le saule ?
Qui pourrait dissi per tes chagrins nébuleux ?
Est-ce d'avoir ce lis, bleu comme tes beaux yeux,

Qui d'Iran borde le puits sombre ?
Ou le fruit du tuba de cet arbre si grand
Qu'un cheval au galop met toujours en courant

Cent ans à sortir de son ombre ?
Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux
Plus éclatant que les cymbales que le hautbois,

? Que veux-tu ? fleur, beau fruit ou l'oiseau merveilleux ? Ami, dit l'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus,

Je veux de la poudre et des balles ?

POUR LES PAUVRES.

(LE MÊME.)
“Qui donne eu pauvre prête à Dieu."-V. H.
Dans vos fêtes d'hiver, riches, heureux du monde,
Quand le bal tournoyant de ses feux vous inonde,
Quand partout à l'entour de vos pas vous voyez
Briller et rayonner cristaux, miroirs, balustres,
Candelabres ardents, cercle étoilé des lustres,
Et la danse, et la joie au front des conviés;
Tandis qu’un timbre d'or sonnant dans vos demeures,
Vous change en joyeux chant la voix grave des heures,
Oh! songez-vous parfois

, que de faim dévoré, Peut-être un indigent dans les carrefours sombres S'arrête, et voit danser vos lumineuses ombres

Aux vitres du salon doré ? Songez-vous qu'il est là sous le givre et la neige, Ce père sans travail que la famine assiége ? Et qu'il se dit tout bas : “ Pour un seul que de biens ! A son large festin que d'amis se récrient! Ce riche est bien heureux, ses enfants lui sourient! Rien que dans leurs jouets, que de pain pour les miens !”

Et puis à votre fête il compare, en son âme,
Son foyer où jamais ne rayonne une flamme,
Ses enfants affamés, et leur mère en lambeau ;
Et, sur un peu de paille étendue et muette,
L'aïeule, que l'hiver, hélas ! a déjà faite
Assez froide

pour

le tombeau ! Car Dieu mit ces degrés aux fortunes humaines. Les uns vont tout courbés sous le fardeau des peines ; Au banquet du bonheur bien peu sont conviés. Tous n'y sont point assis également à l'aise. Une loi, qui d'en bas semble injuste et mauvaise, Dit aux uns: “Jouissez !” aux autres : “ Enviez!” Cette pensée est sombre, amère, inexorable, Et fermente en silence au coeur du misérable. Riches, heureux du jour, qu'endort la volupté, Que ce ne soit pas lui qui des mains vous arrache · Tous ces biens superflus où son regard s'attache ;

Oh! que ce soit la charité !
L'ardente charité, que le pauvre idolâtre !
Mère de ceux pour qui la fortune est marâtre,
Qui relève et soutient ceux qu'on foule en passant,
Qui, lorsqu'il le faudra, se sacrifiant toute,
Comme le Dieu martyr dont elle suit la route,
Dira: “Buvez! mangez! c'est ma chair et mon sang!”
Que ce soit elle, oh! oui, riches! que ce soit elle
Qui, bijoux, diamants, rubans, hochets, dentelle,
Perles, saphirs, joyaux, toujours faux, toujours vains,
Pour nourrir l'indigent et pour sauver vos âmes,
Des bras de vos enfants et du sein de vos femmes

Arrache tout à pleines mains !
Donnez, riches, l'aumône est sæur de la prière.
Hélas ! quand un vieillard sur votre seuil de pierre,
Tout roidi par l'hiver, en vain tombe à genoux ;
Quand les petits enfants, les mains de froid rougies,
Ramassent sous vos pieds les miettes des orgies,
La face du Seigneur se détourne de vous.
Donnez! afin que Dieu, qui dote les familles,
Donne à vos fils la force et la grâce à vos filles;
Afin que votre vigne ait toujours un doux fruit;

Afin qu'un blé plus mûr fasse plier vos granges ;
Afin d'être meilleurs; afin de voir les anges

Passer dans vos rêves la nuit.
Donnez ! il vient un jour où la terre nous laisse.
Vos aumônes là-haut vous font une richesse.
Donnez! afin qu'on dise : "Il a pitié de nous !"
Afin que l'indigent que glacent les tempêtes,
Que le pauvre qui souffre à côté de vos fêtes,
Au seuil de vos palais fixe un mil moins jaloux.
Donnez ! pour être aimé du Dieu qui se fit homme,
Pour que le méchant même en s'inclinant vous nomme,
Pour que votre foyer soit calme et fraternel;
Donnez! afin qu'un jour, à votre heure dernière,
Contre tous vos péchés vous ayez la prière

D'un mendiant puissant au ciel.

LES CONSOLATIONS.

(SAINTE-BEUVE.)

À MME. V. H. “Notre bonheur n'est qu'un malheur plus ou moins consolé."— Ducis

Oh! que la vie est longue aux longs jours de l'été. Et

que le temps y pèse à mon cour attristé ! Lorsque midi sur tout a versé sa lumière, Que ce n'est que chaleur, et soleil, et poussière ; Quand il n'est plus matin, et que j'attends le soir, Vers trois heures souvent j'aime à vous aller voir; Et là vous trouvant seule, ô mère et chaste épouse ! Et vos enfants au loin épars sur la pelouse, Et votre époux absent et sorti pour rêver, J'entre pourtant; et vous, belle et sans vous lever, Me dites de m'asseoir; nous causons; je commence A vous ouvrir mon cour, ma nuit, mon vide immense, Ma jeunesse déjà dévorée à moitié, Et vous me répondez par des mots d'amitié; Puis revenant à vous, vous si noble et si pure, Vous

que, dès le berceau, l'amoureuse nature Dans ses secrets desseins avait formée exprès Plus fraîche que la vigne au bord d'un antre frais,

moi;

Douce comme un parfum et comme une harmonie ;
Fleur qui deviez fleurir sous les pas du génie;
Nous parlons de vous-même, et du bonheur humain,
Comme une ombre d'en haut couvrant votre chemin,
De vos enfants bénis que la joie environne,
De l'époux votre orgueil, votre illustre couronne ;
Et, quand vous avez bien de vos félicités
Epuisé le récit, alors vous ajoutez
Triste et tournant au ciel votre noire prunelle:
“Hélas ! non, il n'est point ici-bas de mortelle
Qui se puisse avouer plus heureuse que
Mais à certains moments, et sans savoir pourquoi,
Il me prend des accès de soupirs et de larmes ;
Et plus autour de moi la vie épand ses charmes,
Et plus le monde est beau, plus le feuillage vert,
Plus le ciel bleu, l'air pur, le pré de fleurs couvert,
Plus mon époux aimant comme au premier bel âge,
Plus mes enfants joyeux en courant sous l'ombrage,
Plus la brise légère et n'osant soupirer,
Plus aussi je me sens ce besoin de pleurer."

C'est que même au delà des bonheurs qu'on envie
Il reste à désirer dans la plus belle vie ;
C'est qu'ailleurs et plus loin notre but est marqué;
Qu'à le chercher plus bas on l'a toujours manqué ;
C'est qu'ombrage, verdure, et fleurs, tout cela tombe,
Renait, meurt pour renaître enfin sur une tombe;
C'est qu'après bien des jours, bien des ans révolus,
Ce ciel restera bleu quand nous ne serons plus;
Que ces enfants, objets de si chères tendresses,
En vivant oubliront vos pleurs et vos caresses ;
Que toute joie est sombre à qui veut la sonder,
Et qu'aux plus clairs endroits, et pour trop regarder
Le lac d'argent, paisible, au cours insaisissable,
On découvre sous l'eau de la boue et du sable.

Mais comme au lac profond et sur son limon noir
Le ciel se réfléchit, vaste et charmant à voir,
Et, déroulant d'en haut la splendeur de ses voiles,
Pour décorer l'abîme y sème les étoiles,
Tel dans ce fond obscur de notre humble destin
Se révèle l'espoir de l'éternel matin;
Et quand sous l'oeil de Dieu l'on s'est mis de bonne heure,
Quand on s'est fait une âme où la vertu demeure ;

Quand morts entre nos bras, les parents révérés
Tout bas nous ont bénis avec des mots sacrés ;
Quand nos enfants, nourris d'une douceur austère,
Continueront le bien après nous sur la terre ;
Quand un chaste devoir a réglé tous nos pas,
Alors on peut encore être heureux ici-bas;
Aux instants de tristesse on peut d'un oeil plus ferme
Envisager la vie et ses biens et leur terme,
Et ce grave penser, qui ramène au Seigneur,
Soutient l'âme et console au milieu du bonheur.

À M. AUGUSTE LE PRÉVOST. “Quis memorabitur tui post mortem, et quis orabit pro te ? "*_De Imit.

Christi, lib. i. cap. 23.
Dans l'île Saint-Louis, le long d'un quai désert,
L'autre soir je passais ; le ciel était couvert,
Et l'horizon brumeux eût

noir d'orages,
Sans la fraîcheur du vent qui chassait les nuages ;
Le soleil se couchait sous de nombreux rideaux;
La rivière coulait verte entre les radeaux;
Aux balcons, çà et là quelque figure blanche
Respirait l'air du soir; et c'était un dimanche.
Le dimanche est pour nous le jour du souvenir;
Car, dans la tendre enfance, on aime à voir venir,
Après les soins comptés de l'exacte semaine
Et les devoirs remplis, le soleil qui ramène
Le loisir et la fête, et les habits parés,
Et l'église aux doux chants, et les jeux dans les prés;
Et plus tard, quand la vie, en proie à la tempête,
Ou stagnante d'ennui, n'a plus loisir ni fête,
Si pourtant nous sentons aux choses d'alentour,
A la gaîté d'autrui, qu'est revenu ce jour,
Par degrés attendris jusqu'au fond de notre âme,
De nos beaux ans brisés nous renouons la trame,
Et nous nous rappelons nos dimanches d'alors,
Et notre blonde enfance, et ses riants trésors.
Je rêvais donc ainsi, sur ce quai solitaire,
A mon jeune matin si voilé de mystère,
A tant de pleurs obscurs en secret dévorés,
A tant de biens trompeurs ardemment espérés,

paru

* Qui se souviendra de toi après ta mort, et qui priera pour toi ?

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