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S'éveillant avec la nature, Le jeune oiseau chantait sur l'aubépine en fleurs; Sa mère lui portait la douce nourriture

Mes yeux se sont mouillés de pleurs.

Oh! pourquoi n'ai-je pas de mère ? Pourquoi ne suis-je pas semblable au jeune oiseau Dont le nid se balance aux branches de l'ormeau ?

Rien ne m'appartient sur la terre,

Je n'ai pas même de berceau,
Et je suis un enfant trouvé sur une pierre,

Devant l'église du hameau.

Loin de mes parents exilée,
De leurs embrassements j'ignore la douceur;

Et les enfants de la vallée

Ne m'appellent jamais leur sour!
Je ne partage pas les jeux de la veillée;

Jamais sous un toit de feuillée
Le joyeux laboureur ne m'invite à m'asseoir,

Ét de loin je vois sa famille

Autour du sarment qui pétille,
Chercher sur ses genoux les caresses du soir.

Vers la chapelle hospitalière,
En pleurant j'adresse mes pas,
La seule demeure ici-bas

Où je ne sois pas étrangère,
La seule devant moi qui ne se ferme pas !

Souvent je contemple la pierre
Où commencèrent mes douleurs

J'y cherche la trace des pleurs
Qu'en m'y laissant, peut-êt.e, y répandit ma mère.

Souvent aussi mes pas errants
Parcourent des tombeaux l'asile solitaire;
Mais
pour

moi les tombeaux sont tous indifférents. La pauvre fille est sans parents, Au milieu des cercueils ainsi que sur la terre !

J'ai pleuré quatorze printemps
Loin des bras qui m'ont repoussée :
Reviens, ma mère, je t'attends
Sur la pierre où tu m'as laissée !

LA PRIÈRE.
(LAMARTINE, MÉDITATIONS POÉTIQUES.)
Le Roi brillant du jour, se couchant dans sa gloire,
Descend avec lenteur de son char de victoire.
Le nuage éclatant qui le cache à nos yeux
Conserve en sillons d'or sa trace dans les cieux,
Et d'un reflet de pourpre inonde l'étendue.
Comme une lampe d'or dans l'azur suspendue,
La lune se balance aux bords de l'horizon;
Ses rayons

affaiblis dorment sur le gazon,
Et le voile des nuits sur les monts se déplie:
C'est l'heure où la nature, un moment recueillie,
Entre la nuit qui tombe et le jour qui s'enfuit,
s'élève au créateur du jour et de la nuit,
Et semble offrir à Dieu, dans son brillant langage,
De la création le magnifique hommage.
Voilà le sacrifice immense, universel !
L'univers est le temple, et la terre est l'autel;
Les cieux en sont le dôme; et ces astres sans nombre,
Ces feux demi-voilés, pâle ornement de l'ombre,
Dans la voûte d'azur avec ordre semés,
Sont les sacrés flambeaux pour ce temple allumés.
Et ces nuages purs qu'un jour mourant colore,
Et qu'un souffle léger, du couchant à l'aurore,
Dans les plaines de l'air repliant mollement,
Roule en flocons de pourpre aux bords du firmament,
Sont les flots de l'encens qui monte et s'évapore
Jusqu'au trône du Dieu que la nature adore.
Mais ce temple est sans voix. Où sont les saints concerts ?
D'où s'élèvera l'hymne au Roi de l'univers ?
Tout se tait: mon coeur seul parle dans ce silence.
La voix de l'univers, c'est mon intelligence;
Sur les

rayons du soir, sur les ailes du vent,
Elle s'élève à Dieu comme un parfum vivant;
Et, donnant un langage à toute créature,
Prête pour l'adorer mon âme à la nature.
Seul, invoquant ici son regard paternel,
Je remplis le désert du nom de l'Eternel ;
Et celui qui, du sein de sa gloire infinie,
Des sphères qu'il ordonne écoute l'harmonie,

Ecoute aussi la voix de mon humble raison,
Qui contemple sa gloire et murmure en son nom.
Salut, principe et fin de toi-même et du monde,
Toi qui rends d'un regard l'immensité féconde;
Ame de l'univers, Dieu, Père, Créateur,
Sous tous ces noms divers, je crois en toi, Seigneur ;
Et sans avoir besoin d'entendre ta parole,
Je lis au fond des cieux mon glorieux symbole.
L'étendue à mes yeux revèle ta grandeur;
La terre ta bonté, les astres, ta splendeur.
C'est peu de croire en toi, bonté, beauté suprême,
Je te cherche partout, j'aspire à toi, je t'aime !
Mon âme est un rayon de lumière et d'amour,
Qui, du foyer divin détaché pour un jour,
De désirs dévorants loin de toi consumée,
Brûle de remonter à sa source enflammée
Je respire, je sens, je pense, j'aime en toi !
Ce monde qui te cache est transparent pour moi ;
C'est toi que je découvre au fond de la nature,
C'est toi que je bénis en toute créature.
D'un jour intérieur je me sens éclairer,
Et j'entends une voix qui me dit d'espérer.

Oui, j'espère, Seigneur, en ta magnificence:
Partout à pleines mains prodiguant l'existence,
Tu n'auras pas borné le nombre de mes jours
A ces jours d'ici-bas, si troublés et si courts
Témoin de ta puissance et sûr de ta bonté,
J'attends le jour sans fin de l'immortalité.

L'AUTOMNE.

(LE MÊME.) Salut, bois couronnés d'un reste de verdure! Feuillages jaunissans sur les gazons épars ! Salut, derniers beaux jours ! le deuil de la nature Convient à la douleur, et plait à mes regards.

Je suis d'un pas rêveur le sentier solitaire,
J'aime à revoir encore, pour la dernière fois,
Ce soleil pâlissant, dont la faible lumière
Perce à peine à mes pieds l'obscurité des bois.
Oui, dans ces jours d'Automne où la nature expire,
A ses regards voilés je trouve plus d'attraits :
C'est l'adieu d'un ami, c'est le dernier sourire
Des lèvres que la mort va fermer pour jamais.
Ainsi prêt à quitter l'horizon de la vie,
Pleurant de mes longs jours l'espoir évanoui,
Je me retourne encore, et d'un regard d'envie,
Je contemple ses biens dont je n'ai pas joui.
Terre, soleil, vallons, belle et douce nature,
Je vous dois une larme au bord de mon tombeau,
L'air est si parfumé! la lumière est si pure!
Aux regards d'un mourant le soleil est si beau !
Je voudrais maintenant vider jusqu'à la lie
Ce calice mêlé de nectar et de fiel :
Au fond de cette coupe où je buvais la vie,
Peut-être restait-il une goutte de miel !
Peut-être l'avenir me gardait-il encore
Un retour de bonheur dont l'espoir est perdu !
Peut-être dans la foule, une âme que j'ignore
Aurait compris mon âme et m'aurait répondu !
La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphire;
A la vie, au soleil, ce sont là ses adieux;
Moi, je meurs ; et mon âme, au moment qu'elle expire,
S'exhale comme un son triste et mélodieux.

LE MASSACRE DES FRANÇAIS À PALERME.

(CASIMIR DELAVIGNE, LES VÊPRES SICILIENNES.)
Du lieu saint, à pas lents, je montais les degrés,
Encor jonchés de fleurs et de rameaux sacrés.
Le peuple prosterné sous ces voûtes antiques,
Avait du Roi-Prophète entonné les cantiques;

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D'un formidable bruit le temple est ébranlé.
Tout à coup sur l'airain ses portes ont roulé.
n s'ouvre ; des vieillards, des femmes éperdues,
Des prêtres, des soldats, assiégeant les issues,
Poursuivis, menaçants, l'un par l'autre heurtés,
S'élancent loin du seuil à flots précipités,
Ces mots : Guerre aux tyrans ! volent de bouche en bouche;
Le prêtre les répète avec un vil farouche;
L'enfant même y répond. Je veux fuir, et soudain
Ce torrent qui grossit me ferme le chemin.
Nos vainqueurs, qu'un amour profane et téméraire
Rassemblait pour leur perte au pied du sanctuaire, ,
Calmes, quoique surpris, entendent sans terreur
Les cris tumultueux d'une foule en fureur.
Le fer brille, le nombre accablait leur courage
Un chevalier s'élance, il se fraie un passage ;
Il marche, il court; tout cède à l'effort de son bras,
Et les rangs dispersés s'ouvrent devant ses pas.
Il affrontait leurs coups sans casque, sans armure
C'est Montfort ! à ce cri succède un long murmure.
Oui, traîtres, ce nom seul est un arrêt pour vous !
Fuyez !” dit-il superbe et pâle de courroux :
Il balance dans l'air sa redoutable épée,
Fumante encor du

sang

dont il l'avait trempée. Il frappe

un envoyé de la Divinité
Eût semblé moins terrible au peuple épouvanté.
Mais Procida paraît, et la foule interdite
Se rassuré à sa voix, roule et se précipite;
Elle entoure Montfort; par son père entraîné,
Lorédan le suivait, muet et consterné.

Du vainqueur, du vaincu, les clameurs se confondent;
Des tombeaux souterrains les échos leur répondent.
Le destin des combats flottait encor douteux ;
La nuit répand sur nous ses voiles ténébreux.
Parmi les assassins, je m'égare; incertaine,
Je cherche le palais, je marche, je me traîne.
Que de morts, de mourants ! Faut-il qu'un jour nouveau
Eclaire de ses feux cet horrible tableau ?
Puisse le soleil fuir, et cette nuit sanglante
Cacher au monde entier les forfaits qu'elle enfante!

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